(photo : Pauline Gonnet)
(photo : Pauline Gonnet)

Pour certains, le Beaujolais rime avec nouveau, pour d’autres, avec des vins de qualité issus de crus, et pour d’autres encore avec de magnifiques paysages, évoquant la douceur toscane. Toutes ces perceptions sont exactes, à la nuance près qu’elles devraient systématiquement se cumuler, et non s’exclure.

Administrativement, le Beaujolais fait partie de la Bourgogne viticole, et le vignoble s’étend sur les départements du Rhône (région Auvergne-Rhône-Alpes) et de la Saône-et-Loire (région Bourgogne). L’un des événements fondamentaux de l’histoire du Beaujolais date du 31 juillet 1395, lorsque Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, publia un édit interdisant l’utilisation du gamay en terres bourguignonnes, au motif que ce plant déloyal produit une trop grande quantité de vin, et qu’il est globalement « moult nuysible a creature humain » (en français dans le texte). Bien que le gamay est un descendant du pinot noir, cet édit marqua non seulement le début de l’identité du Beaujolais, mais également la notion d’appellation contrôlée, où un terroir est associé à un ou plusieurs cépages.

Le Beaujolais est majoritairement composé de terroirs granitiques, constituant des sols pauvres et acides, permettant ainsi au gamay de trouver un terroir de prédilection, lui permettant de révéler ses qualités sans tomber dans un caractère surproductif, possible sur des terroirs argilo-calcaires notamment. Sur les 37 000 hectares mondiaux cultivés en gamay, 20 000 sont en beaujolais !

Deux cépages (chardonnay et gamay, cépage noir à jus blanc, à la peau fine, donnant des vins croquants sur la jeunesse), douze appellations, dont deux régionales et dix communales ou locales, émaillent le territoire beaujolais, et parmi elles dix sont des crus : Saint-Amour, Moulin-à-Vent, Chénas, Juliénas, Morgon, Fleurie, Chiroubles, Régnié (qui fut la dernière appellation créée, en 1988), Brouilly et Côtes-de-Brouilly. L’appellation Beaujolais et l’appellation Beaujolais Villages forment deux appellations bien distinctes, la deuxième regroupant 38 communes et les meilleurs coteaux du Beaujolais. Le climat est continental, avec des hivers secs et des vents provenant du nord, permettant de garantir un bon état sanitaire des raisins, ainsi que des étés chauds, favorables à la maturation du gamay, cépage précoce. Mais ce climat n’est pas sans effets négatifs : le gel peut y faire d’importants dégâts, notamment au printemps, ainsi que les orages estivaux.

Une vinification particulière pour des vins diversifiés

Dix crus, deux appellations, des plaines et des coteaux : le Beaujolais et les vins qui en sont issus sont extrêmement diversifiés, et ne méritent en aucun cas un jugement hâtif de vin qui ne serait que primeur, et donc peu appréciable. Il n’existe pas un, mais des beaujolais.

La macération carbonique, typique de la région, est encensée ou décriée selon les amateurs, mais n’est pas non plus systématiquement utilisée, élargissant ainsi la palette des profils de vins. La macération semi-carbonique la remplace parfois : alors que dans la carbonique, les raisins entiers et non foulés sont encuvés en cuves fermées dans lesquelles on ajoute du CO2 – provoquant ainsi une réaction intracellulaire permettant de dégager des précurseurs d’arômes –, puis foulés, le marc est pigé et la macération se poursuit jusqu’à épuisement des sucres.

Le cas particulier du Beaujolais Nouveau

La macération carbonique est utilisée pour les vins primeurs comme pour les non-primeurs, à la grande différence que l’objectif concernant les beaujolais nouveaux est de les vinifier et embouteiller en un temps record, soit environ deux mois entre les vendanges et la commercialisation. Ils doivent en effet être disponibles pour le troisième jeudi de novembre, comme le veut la coutume désormais mondialement répandue, issue d’une note administrative du 13 novembre 1951 (bien que dès le XIXe siècle, certains marchands achetaient déjà des vins « sous le pressoir » à destination des cafetiers lyonnais et parisiens).

Les raisins destinés à l’élaboration de beaujolais nouveaux sont issus de parcelles généralement dédiées à la production des primeurs, générant des raisins arrivant plus tôt à maturité en raison de l’exposition de la parcelle, notamment. Ce qui fut un coup marketing de génie à l’époque a engendré les effets pervers que l’on connaît aujourd’hui : dévalorisation de l’ensemble des appellations auprès des néophytes par la confusion entre les vins primeurs et les non-primeurs, engouffrement de certains vignerons dans la brèche qui ont pu prêter davantage attention à la production rapide de vins primeurs caricaturaux, au détriment de vins plus suivis et plus construits.

Cet amalgame était déjà injuste lors des dernières décennies, mais le devient d’autant plus que le Beaujolais a prouvé que ses vins pouvaient être gastronomiques, de garde, et aller bien au-delà que de simples bons canons gouleyants et axés sur le croquant du fruit. La nouvelle génération de vignerons a beaucoup œuvré dans ce sens, et traduit l’amour et la fierté de son terroir dans ses vins parfois remarquables et aux profils variés dans leur type, mais non dans leur qualité.

Dix crus pour de nombreux plaisirs

À chaque cru ses plaisirs :
Saint-Amour se distingue par ses vins fins, délicats, à la robe rubis sur des arômes de pêche, de kirsch et d’épices, quand Juliénas sera plus sur des arômes de fruits rouges, de pêche et de pivoine.
Chénas est marqué par des notes florales et boisées, Moulin-à-Vent par ses vins plus corsés et généreux, particulièrement aptes au vieillissement, et des arômes également floraux mais orientés sur la rose fanée et l’iris.
Fleurie la féminine se développe sur des arômes veloutés d’iris, de violette et de cassis, et Chiroubles reste dans l’élégance avec des vins tendres, aux notes poivrées accompagnées de muguet et de violette.
Morgon se rapproche de Moulin-à-Vent de par sa structure un peu plus charpentée et ses arômes caractéristiques de cerise, de prune et de kirsch, à tel point que les dégustateurs utilisent un mot ad hoc pour décrire son bouquet : on dit de ces vins qu’ils « morgonnent ».
Régnié produit des vins souples, corsés et aromatiques, respirant la groseille, la mûre, la framboise et la cerise ; quant à Brouilly, plus ferme mais également corsé, il se déploie sur des arômes de fruits rouges et de prune, pendant que sa comparse Côtes de Brouilly doit attendre de vieillir un peu pour exprimer pleinement ses arômes d’iris et de raisins frais, dans un vin racé.

Le vignoble du Beaujolais mérite d’être (re)découvert, sans préjugés, au détour des producteurs et domaines désormais incontournables comme Yvon Métras, Marcel Lapierre, le château des Jacques , Jean-Claude Lapalu, Jean Foillard, Jean-Paul Brun, ainsi que Louis-Claude Desvignes, la maison Duboeuf, le château du Moulin-à-Vent, Dominique Piron, le domaine Labruyère, le domaine de la Pirolette, le château des Ravatys et le château Thivin, qui seront présents et à découvrir lors de l’événement Lyon Tasting, qui aura lieu les 14 et 15 octobre prochains au Palais de la Bourse ; mais également avec la nouvelle génération ou de nouveaux arrivants dans la région, comme les frères Thillardon, Anne-Sophie Dubois, Louis-Clément David-Beaupère, Mee Godard, Claire et Fabien Chasselay, Frédéric Berne au Château des Vergers, Alexandra de Vazeilles au Château des Bachelards (à découvrir ou déguster à nouveau lors de Lyon Tasting), Marc Delienne et Céline & Nicolas Hirsch. Alors que jeudi 16 novembre 2017, nous pourrons lire partout que le Beaujolais nouveau est arrivé, tout le reste du beaujolais est déjà bien en place, et n’attend que d’être dégusté.