La signature d’un accord de distribution du champagne Palmer & Co avec le géant américain Constellation Brands a mis en émoi une partie de la Champagne. Le distributeur est en effet également grand producteur de mousseux californiens baptisés avec usurpation « Californian champagne ».

Il n’est champagne que de la Champagne, répète à l’envie le Comité Champagne qui défend les intérêts du vignoble, maniant avec un art consommé aussi bien la diplomatie et le lobbying que les actions en justice pour protéger la marque collective. A ce jour, la quasi-totalité des pays de la planète ont signé un accord de reconnaissance de l’appellation protégée champagne, à deux exceptions près : la Russie et les Etats-Unis.

C’est pourquoi la signature fin mai d’un accord d’importation et de distribution entre l’Union coopérative productrice de la marque Palmer & Co et l’américain TRU Estates & Vineyards (qui n’avait jusqu’alors aucun champagne dans sa gamme) a mis le feu aux poudres. TRU Estates & Vineyards est en effet la division vins fins du leader américain Constellation Brands, grand producteur de vins mousseux à bas prix, californiens notamment, qui usurpent l’appellation Champagne.

Un mois après que l’affaire ait éclaté au sein de l’interprofession champenoise, le débat est devenu public par tribunes interposées via le quotidien régional L’Union, entre les dirigeants de Palmer & Co d’une part ; Bruno Paillard (PDG du groupe Lanson-BCC et par ailleurs président de la commission Protection de l’appellation au Comité Champagne) d’autre part.

« 80 millions de bouteilles de mousseux étiquetées champagne sont produites par trois acteurs principaux : Constellation Brands, Korbel et E& J. Gallo. On parle de vins blancs génériques de Californie dans lesquels on injecte du gaz carbonique comme on fait du soda. Ils sont vendus de 2,99 à 5 dollars » a déclaré Bruno Paillard à notre confrère L’Union. Et d’ajouter « Palmer a donné un coup de poignard […] au travail de toute la commission et des juristes du CIVC qui ont de quoi être profondément démotivés. […]. Surtout quand je vois les talents qu’on a, l’énergie et l’argent dépensés (entre 1,5 et 2 millions d’eurons par an depuis quinze ans) ».

Henri Quénardel, président de Palmer & Co, joue pour sa part l’apaisement, répondant : « je comprends que ce contrat ne fasse pas plaisir mais je suis persuadé qu’il ne nuit pas à l’appellation. […] J’ai le sentiment qu’à travers des accords commerciaux, on peut avancer plus facilement qu’en étant braqué politiquement. ».

Peine perdue, Bruno Paillard a annoncé sa démission de la de la commission défense de l’appellation au sein du Comité Champagne.