(photo Brian Reynaud)
(photo Brian Reynaud)

A cheval sur toute la zone du Médoc, Vincent Bache-Gabrielsen s’apprête à enclencher les vendanges. Consultant pour les vignobles Mulliez et directeur des propriétés de Jacky Lorenzetti, il délivre à Terre de Vins ses premières sensations et impressions.

Vous avez la chance de travailler sur des vignobles qui parcourent tout le Médoc, commençons par les plus au Sud, les Châteaux Belle-Vue et Bolaire, propriétés de la famille Mulliez…
C’est très surprenant car le vignoble a mieux résisté à la sécheresse en rapport à ce qu’on pouvait imaginer. Nous sommes sur des graves maigres et les vignes ont eu un joli comportement avec très peu de stress. Au final, on retrouve une évolution semblable à celle dans le Nord du Médoc sur des sols argileux. Au 12 septembre, les pellicules sont toujours assez dures, elles méritent de s’affiner mais avec un très beau potentiel phénolique, au niveau des intensités colorantes, au niveau des tannins. On gagne encore en richesse et on enclenche à partir du 24. Donc, il n’y aura pas d’énormes écarts entre les zones. A noter, dans le Sud, que les petits verdots ont la même maturité cette année que les cabernets. D’habitude, ils sont plus précoces.

Sur Margaux, beaucoup de viticulteurs se plaignent cette année du mildiou sans parler des lapins et des frelons qui picorent les grains, qu’en est-il au Château d’Issan, propriété d’Emmanuel Cruse et de Jacky Lorenzetti ?
Je n’interviens pas au Château d’Issan mais Emmanuel Cruse m’a dit être très content des premiers contrôles des maturités. C’est une bonne nouvelle car, vers Margaux, il est vrai que la pression du mildiou était importante. A Issan, Emmanuel Cruse émet des comparaisons avec 2005 et 2009, c’est très encourageant.

On arrive à Pauillac, au Château Pédesclaux qui depuis quelques années progresse à très grands pas…
C’est la première propriété qui va commencer les vendanges en se lançant sur quelques parcelles de merlots autour du 20 septembre. Le fruit est très intéressant, c’est profond, il faut affiner ici ou là quelques pellicules en donnant du temps mais dans l’ensemble, c’est très joli. Et comme dans le Sud, les cabernets sauvignons sont très prometteurs. Les enchaînements de vendanges entre les cépages seront rapides car il y a de la précocité dans les cabernets. Les pellicules sont déjà tendres avec de jolis aromatiques. La fierté est aussi d’avoir conduit 50% du vignoble en bio, au prix d’une énorme débauche d’énergie mais nous y sommes parvenus et sans véritable perte de volume car la floraison était généreuse.

Enfin, quelle est la situation au Château Lilian Ladouys à Saint-Estèphe ?
C’est une grosse étape, un tournant puisqu’on est passé de 45 hectares à 80 hectares. Donc, c’est une découverte de nouvelles parcelles mais on connaissait déjà très bien les terroirs. Là aussi, le millésime solaire impose de la précocité avec un début des vendanges vers le 24 ou 25 septembre. Les pellicules sont plus fermes, des tannins plus costauds que dans le Sud mais ils sont très prometteurs.

Il est délicat de spéculer mais à la veille des vendanges, à quel autre millésime ressemble-t-il ?
Ce qui est incroyable en 2018, c’est que nous avons eu deux pluies sur le Nord de 15 millimètres au tout début septembre et il y a une semaine. Alors qu’au Sud, ce n’est que 5 millimètres à chaque fois. Et cette répartition a été idéale, la date, l’endroit et le volume ont été parfaits. C’est un millésime béni des Dieux. Au final, 2018 me fait penser à 2009, c’est un joli point de comparaison. J’en ai discuté avec Emmanuel Cruse comme avec Yves Delsol le directeur du Château Tronquoy-Lalande, analytiquement c’est très proche de 2009. Nous serons sur un profil solaire avec une base tannique importante.