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90 ans à la tête du Marquis de Terme 

©Marquis de Terme

Auteur

Jean-Charles
Chapuzet

Date

30.04.2026

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Les primeurs 2025 sonnent pour la famille Sénéclauze le 90ème millésime à la tête du Grand Cru Classé 1855 de Margaux, le Château de Marquis de Terme. L’occasion d’une dégustation verticale et de la réimpression d’un livre signé Bernard Ginestet.  

Paloma Sénéclauze a choisi son moment pour célébrer l’arrivée de sa famille en 1935 au Château Marquis de Terme. Plutôt que la sortie du 2025 en livrable, elle a préféré, à raison, que le monde du vin soit à Bordeaux à l’occasion des primeurs. Une façon de montrer combien les vins de ce lieu ont progressé et combien une marge de manœuvre demeure : « Notre vision désormais, du terroir au chai, nous emmène à l’horizon de 2035 pour le centième anniversaire, beaucoup de choses sont encore à faire », explique-t-elle.  

La pluie de 1935

Paloma voit loin, ce n’était pas le cas de son ancêtre Pierre, ab ovo, lors de son arrivée dans le Médoc en 1935 : il pleuvait des cordes. L’anecdote se trouve dans le livre de Bernard Ginestet, Je suis le Marquis de Terme (William Blake and Co Edit.). Pierre Sénéclauze est Pied-Noir, né à Oran en 1903 et les affaires de la famille sont florissantes. Le commerce du vin cartonne et Pierre entend profiter d’un passage en métropole pour chiner une propriété, un Grand Cru Classé de préférence. La famille a de l’argent à revendre et les prestigieuses endormies du Médoc ne valent pas grand-chose. La crise de 29 et la prohibition sont passées par-là. 

Bref, Pierre est guidé par un ami bordelais vers Pichon Baron mais, au niveau de Cussac, les essuie-glaces de la Citroën 7 CV traction peinent à libérer la vue des passagers. Demi-tour. En repassant par Margaux, devant le Château Marquis de Terme, le pilote informe que ce domaine va être aussi mis en vente et que les vins produits y sont excellents. À croire une accalmie, Pierre Sénéclauze propose une somme sitôt rendu à la gare de Bordeaux où il doit prendre un train pour Marseille. L’affaire fut conclue comme ça et la famille placera un régisseur pour s’occuper du quatrième grand cru classé au rang du classement de 1855. Même en 1962, lorsque la famille doit quitter fissa l’Algérie pour les raisons que l’on sait, les Sénéclauze vivent entre Paris et Marseille, entre l’activité immobilière dans la capitale et le commerce du vin autour de la cité phocéenne. 

©Marquis de Terme

Marquis de Terme is back

Il faut le louer, ce cru de Margaux ne prend pas le train des folles années viniques de 1980, 1990 et même de 2000. Les vins sont bons, ils tiennent la route, l’attestent le 1955, le 1975, le 1985, le 1995 et plus encore le grandiose 2005 – les fameux millésimes en 5 ! –, le terroir est là, mais la propriété se fait discrète. Les Sénéclauze ont d’autres chats à fouetter, le cru ronronne tandis que ses voisins redorent leur blason – et le positionnement ! – à l’aune de la mondialisation du commerce du vin, les marques de 1855 en tête. La famille décide de mettre des moyens au début des années 2010 et un directeur, Ludovic David, qui a de l’envie et des idées. 

Le vignoble d’une quarantaine d’hectares est restructuré, un nouveau chai sort de terre, l’élevage est revu – un restaurant trouve même sa place au sein de la propriété –, les vins gagnent très vite en précision, en matière. Le velours, la minéralité et le côté graphite de ce coin de Margaux s’invitent à la signature des vins du Château Marquis de Terme, avec quelques pépites, le 2015, le 2016, le 2018, le 2019, le 2020 ou encore le 2022. Les grands millésimes s’enchainent, conjugaison de conditions météorologiques favorables certes mais aussi d’une équipe affairée à produire le meilleur.

En 2024, pour la première fois, un membre de la famille Sénéclauze vient présider aux destinées du Marquis de Terme. Très vite, les observateurs comprennent que la solaire Paloma, petite-fille de Pierre, est brillante – elle apprend vite – à proportion d’être engagée – de l’individuel au collectif via l’Union des Grands Crus ou la Commanderie du Bontemps. « Je n’étais pas forcément préparée à ça mais le vin me fascine, je me suis installée ici, j’arrive dans une conjoncture particulière mais j’ai beaucoup d’ambition pour ce château », confie-t-elle. On n’a pas fini d’entendre parler de Paloma et de déguster son Marquis, un très beau primeur 2025 oblige et prévient.