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Coupe du Monde : Philippe Troussier, du banc de touche aux rangs de vignes

Philippe Troussier

Philippe Troussier

Auteur

Mathieu
Doumenge

Date

10.06.2026

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Entraîneur français à la carrière internationale, ayant dirigé de nombreuses sélections en Asie (il est une superstar au Japon) et en Afrique, Philippe Troussier s'invente depuis une douzaine d'années une nouvelle vie en tant que vigneron, du côté de Saint-Émilion. Avec le même goût de la compétition.

C'est le genre de CV qui donne le tournis. Ou la bougeotte. Philippe Troussier, 71 ans, né le 21 mars 1955 à Paris, est le genre d'homme en mouvement perpétuel, dont l'esprit n'est même pas effleuré par la notion de retraite. Il a d'abord connu une première vie sur les terrains de foot : joueur à l'AS Angoulême, au Red Star, au FC Rouen et au Stade de Reims, entre la fin des années 70 et le début des années 80. Défenseur. Puis une deuxième vie, toujours dans le foot, mais cette fois en tant qu'entraîneur. Et là, accrochez-vous : en plus de 40 ans de coaching, Philippe Troussier a piloté grands clubs (Olympique de Marseille), clubs français de moindre envergure (Vichy, Alençon, Créteil), clubs étrangers (Kaizer Chiefs en Afrique du Sud, FUS Rabat au Maroc, FC Ryukyu au Japon, Shenzhen Ruby en Chine...) et un nombre impressionnant de sélections, principalement entre Afrique et Asie. Jugez plutôt : Côte d'Ivoire, Nigeria, Burkina Faso, Afrique du Sud, Japon, Qatar, Maroc, Vietnam...

Une carrière de globe-trotter qui lui a permis d'exporter son savoir-faire footballistique sur toute la planète, de glaner quelques titres (champion d'Asie avec le Japon en 2000, notamment, ce qui lui a valu un statut de superstar au pays du Soleil Levant, devenant même un personnage de manga) et de compiler souvenirs et anecdotes à ne savoir qu'en faire. Surnommé le "Sorcier Blanc", l'homme est insatiable, et comme si le ballon rond ne suffisant pas comme passion, il s'est également entiché du vin il y a une douzaine d'années - quand on se forge le goût du vin en partageant des bouteilles de Haut-Brion ou de Cheval Blanc avec le boss d'Adidas, ça peut aider.

Bien que natif de Paris, Philippe Troussier a été élevé dans la Sarthe. Ce fils de boucher a toujours entretenu une relation forte avec ses racines rurales et agricoles, si bien que, lorsqu'il a découvert l'univers du vin, c'est avant tout le rapport à la terre qui l'a attiré, mais aussi la dimension culturelle et conviviale du vin, la notion de partage et de savoir-vivre qu'il véhicule. "Ma rémunération en tant qu'entraîneur me permettait d'investir, j'ai eu vent d'une vente de vignes à Saint-Émilion. J'ai commencé par acheter 1,2 hectare du côte de Saint-Sulpice-de-Faleyrens en 2014. Il n'y avait pas d'installations techniques, j'ai d'abord été hébergé par un voisin pour mes vinifications et mes élevages. On a ensuite fait construire un chai, qui vient de fêter ses 10 ans".

Une gamme complète sur 3,9 hectares

Progressivement, Philippe Troussier acquiert d'autres terroirs :x 2,5 hectares supplémentaire sur une autre unité de sols sablo-graveleux, et 30 ares sur de beaux argilo-calcaires de Saint-Étienne-de-Lisse - hissant la superficie totale de son vignoble à 3,9 hectares. Un joli "terrain de jeu" pour celui qui met un point d'honneur à construire une gamme de vin très complète, chaque cuvée déclinant une identité de terroir spécifique. Sur le plan technique, Philippe Troussier s'appuie sur l'expertise de Ludwig Vanneron, œnologue passé notamment par l'équipe de feu Michel Rolland.

La gamme des vins s'articule autour de plusieurs références, dont les noms et l'habillage font ostensiblement référence au passé footballistique du propriétaire : "Sol Béni", le porte-drapeau du domaine, est un assemblage de différentes parcelles, 70% merlot 30% cabernet franc, élevé entre barriques neuves et d'un vin, œufs en béton, jarres et cuves inox ; "Grain Bleu" est une cuvée "plaisir" 95% merlot 5% cabernet franc, très axée sur la fraîcheur et le fruit ; "Flat 3 by Kantoku" (le surnom de Philippe Troussier au Japon) est une cuvée dédiée au marché nippon ; "Coup du Chapeau" est la grande cuvée en rouge, 100% merlot, issue de terroirs argilo-calcaires ; enfin "Extra Time" est un blanc issu d'achat de raisins en Entre-deux-Mers, 55% sauvignon 45% sémillon.

Une gamme plutôt complète pour une production qui n'excède pas les 20 000 bouteilles par an et, jusqu'à présent, s'est majoritairement concentrée sur l'export mais se développe progressivement en France via de beaux établissements comme La Grande Épicerie. La cuvée "Coup du Chapeau", disponible autour de 65 €, peut atteindre 160 € au Japon : nous avons dégusté le millésime 2025 à la barrique et le merlot bien mûr se signale par sa jolie densité de fruit et la souplesse de ses tanins.

Toujours la priorité au collectif

"Chaque cuvée a sa place dans le 'collectif', comme au football", souligne Philippe Troussier qui s'appuie aussi sur l'expertise des Vignobles K pour continuer de "hisser son niveau de jeu". Toujours très actif en dehors de ses vignes, l'ex-coach s'apprête à s'envoler pour le Japon avant la Coupe du Monde (on a bien essayé de lui demander un pronostic mais il est resté plutôt neutre, même s'il reconnaît les grandes qualités de l'Équipe de France). Engagé dans des associations caritatives comme "Les Bleus de la Vigne" ou "Mouillons le Maillot", il continue de montrer que la notion d'engagement pour le collectif ne se joue pas que dans les vestiaires du sport de haut niveau : elle s'incarne aussi au quotidien, en continuant de donner de son temps et de son énergie pour les autres. C'est sans doute cela, la plus belle leçon du foot... et du vin.