Mardi 31 Mars 2026
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31.03.2026
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À Carcassonne, les Vignobles Foncalieu ont dévoilé leurs nouvelles cuvées à Terre de Vins et esquissé les contours d’une coopération viticole en pleine transformation. Innovation, export, renouvellement générationnel : l’ensemble audois revendique une vision moderne d’un modèle parfois décrié, mais qui continue de prouver sa capacité d’adaptation.
Au pied des remparts de Carcassonne, les verres s’alignent sur la table du Le Comptoir de la Cité. Une vingtaine de cuvées défilent, pour tous les goûts, tous les styles et également quelques propositions plus inattendues. Derrière cette dégustation orchestrée par les Vignobles Foncalieu, se dessine bien plus qu’une simple présentation de gamme : une réflexion sur l’avenir du modèle coopératif. « La coopération, c’est notre colonne vertébrale, confie Jean-Marie Cassignol, le président. Elle ne tient que si les vignerons adhèrent vraiment aux orientations que nous prenons et si l’information circule dans les deux sens, entre le marché et la vigne. C’est ce qui nous permettra d’être encore là demain. » Au rayon des chiffres, les Vignobles Foncalieu rassemblent 619 vignerons pour près de 5 000 hectares de vignes. L’essentiel de la production relève de l’IGP Pays d’Oc (95 %), le reste se partageant entre les appellations Saint-Chinian, Corbières et Minervois. L’ensemble affiche 55 millions d’euros de chiffre d’affaires, dont 70 % en bouteilles et 30 % en vrac.
Autre indicateur révélateur : la répartition des couleurs. Chez Foncalieu, elle s’établit à 30 % de blancs, 40 % de rosés et 30 % de rouges. Un équilibre qui correspond plutôt bien aux tendances actuelles… mais qui n’a rien de récent. « Cette répartition existe depuis longtemps, rappelle Jean-Marie Cassignol. Nous avions déjà la conviction qu’il fallait être présents sur tous les marchés. » Une intuition stratégique qui porte aujourd’hui ses fruits à l’export. La coopérative réalise de belles performances en Suède, notamment sur les rosés, également en Allemagne, au Royaume-Uni et aux États-Unis, qui restent un débouché solide malgré les incertitudes du commerce international.
L’innovation fait partie intégrante de cette stratégie. Les Vignobles Foncalieu développent ainsi plusieurs pistes pour répondre aux nouvelles attentes des consommateurs : vins à faible degré d’alcool, cuvées effervescentes, ou encore vins issus de cépages résistants. La gamme Esprit Artisan illustre notamment cette démarche, avec des vinifications issues de variétés comme le Souvignier Gris, capables de réduire fortement les traitements à la vigne. « Sur ces cépages, on coche beaucoup de cases, explique le président. Environnementales, agronomiques et économiques. » Aujourd’hui, environ 15 000 hectolitres sont commercialisés en bio, tandis que 85 % de la production bénéficie d’un label environnemental ou de certification. L’offre Foncalieu se décline autour de plusieurs marques fortes : Cosette, Le Versant, Petit Paradis, Sur tes pas, Esprit Artisan, chacune pensée pour un univers de consommation spécifique. « Aujourd’hui, on ne peut plus simplement vendre du vin. Il faut créer des univers, des marques, des moments de consommation. C’est comme ça qu’on existe sur les marchés », souligne Audrey Arino, la responsable marketing.
Cette logique de positionnement passe aussi par des passerelles avec la gastronomie. Les Vignobles Foncalieu ont récemment noué un partenariat avec le chef doublement étoilé Franck Putelat, figure emblématique de la scène culinaire carcassonnaise. Le célèbre chef a notamment imaginé deux recettes autour des vins du Château Haut-Gléon, un domaine des Corbières emblématique de la cave acquis en 2012, et désormais présents sur la carte de son restaurant La Table de Franck Putelat. « C’est une belle manière d’inscrire nos cuvées haut de gamme dans un univers gastronomique et de renforcer leur visibilité auprès d’un public de prescripteurs », prolonge la directrice marketing.

Cette approche se lit aussi dans la manière dont les Vignobles Foncalieu se présentent. Dans leurs supports de communication, le terme de coopérative n’est pas particulièrement mis en avant. L’ensemble préfère parler d’un collectif de vignerons, ou simplement de Vignobles Foncalieu. Un choix qui n’a rien d’un reniement. Il traduit plutôt une volonté de s’adresser directement aux marchés, en mettant l’accent sur les vins, les marques et les univers de consommation. « La coopération reste bien sûr le socle du projet », rappelle-t-elle. Cette manière de communiquer témoigne aussi d’une certaine maturité : celle d’un collectif qui assume son identité tout en adoptant les codes d’un marché devenu profondément concurrentiel et international.
Parmi les nouveautés les plus marquantes figure Cheri Club, un rosé frizzanté qui illustre la volonté de Foncalieu d’explorer de nouveaux territoires. Le vin est présenté dans une bouteille fermée par capsule, volontairement décalée dans l’univers du vin. L’objectif : parler à une génération habituée aux boissons hybrides. Assemblage de cinsault et de syrah, légèrement pétillant, Cheri Club assume un positionnement décomplexé. Son étiquette se veut volontairement “instagrammable”, son style joue sur un charme acidulé et une légèreté accessible. Le nom lui-même est pensé comme un appel à communauté : une invitation à rejoindre l’état d’esprit du produit. Il y a vingt ou trente ans, une cave coopérative aurait probablement hésité à lancer un vin de ce type. Aujourd’hui, Foncalieu y voit au contraire une manière d’explorer de nouveaux publics.
Derrière cette dynamique d’innovation, les responsables de Foncalieu restent lucides sur les défis qui traversent la viticulture. Le plus préoccupant concerne le renouvellement des vignerons. Jean-Marie Cassignol se fait alors plus grave : « Quand j’ai commencé en 1994, on installait une centaine de jeunes vignerons par an. Aujourd’hui, la moyenne d’âge de nos adhérents est de 55 ans et on a déjà du mal à installer cinq jeunes par an. » Le président ne cède pourtant pas au fatalisme, même si le constat est sans appel : « On aura des renouvellements, bien sûr. Cela ne suffira pas. Il faudra s’adapter et accepter peut-être de perdre des hectares. L’essentiel, c’est de garder un vignoble vivant et économiquement viable. »
Cette lucidité n’empêche pas l’optimisme. L’année prochaine, les Vignobles Foncalieu célébreront leurs 60 ans d’existence. Leur nom lui-même rappelle leurs origines : Fontiès, Capendu et Montlaur, villages à l’origine du projet coopératif. Depuis, l’ensemble n’a cessé d’évoluer. « Au début, on se battait pour exister, se souvient Jean-Marie Cassignol. Les clients ne voulaient même pas que notre nom apparaisse sur les bouteilles. » Aujourd’hui, les marques du groupe s’exportent sur plusieurs continents et la coopérative continue d’explorer de nouveaux territoires. Preuve, peut-être, qu’un modèle collectif, lorsqu’il accepte de se transformer et de regarder le marché en face, peut encore écrire de belles pages dans le vignoble français.

Issu d’un cépage résistant encore rare dans le paysage languedocien, ce Souvignier Gris séduit par son profil frais et expressif. Le nez évoque les fruits blancs, la poire mûre et une touche florale délicate. La bouche, droite et juteuse, déroule une matière légère mais précise, portée par une belle vivacité. Un vin accessible et sincère qui illustre avec justesse les nouvelles voies explorées par le vignoble.
Sous ce nom intrigant se cache un Corbières au caractère affirmé. Le nez mêle fruits noirs croquants, notes de garrigue et une pointe épicée. En bouche, la matière est ample mais équilibrée, portée par des tanins souples et une fraîcheur bienvenue qui allonge la finale. Un rouge généreux et convivial, fidèle à l’esprit des Corbières tout en conservant une belle buvabilité.

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