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Ratafia, le secret bien gardé de la Champagne

alexis leconte

Alexis Leconte président de l'association des Ratafias, Marcs et Fines de Champagne ©ClaireAmadei

Auteur

Claire
Amadei

Date

12.02.2026

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Et de quatre ! Le très convivial Chaudron de l’Association des Ratafias, Marc et Fines de Champagne s’est tenu pour la quatrième fois fin janvier. Un évènement annuel qui était accueilli par la distillerie Jean Goyard, à Aÿ-Champagne.

Le Chaudron, qui tire son nom des chaudrons de cuivre traditionnellement utilisés pour la transformation des vins en spiritueux, s’impose désormais comme le rendez-vous annuel des spiritueux champenois. Année après année, ce rendez-vous gagne en importance et s’affirme comme un temps fort pour une filière qui entend désormais faire des spiritueux champenois bien plus qu’un héritage. Le ratafia s’impose en particulier comme un moyen concret de diversification économique, au service de la résilience du vignoble.

Un moment de transmission

En ce début d’année 2026, le petit monde des spiritueux champenois s’est réuni dans l’ambiance chaleureuse de la distillerie Jean Goyard, institution centenaire installée au pied des coteaux d’Aÿ-Champagne depuis 1911. Né dans un esprit de partage entre distillateurs et vignerons, le Chaudron marque depuis quatre ans le rendez-vous incontournable de début d’année pour les quatre cent trente membres de l’Association des Ratafias, Marc et Fines de Champagne.

Les Moussé, les Moutard, les Boizel, les Delcourt, Caillez Lemaire, Feuillatte, Mandois, Dumangin … et de nombreux autres opérateurs y présentaient des produits reconnus par une Indication géographique protégée, obtenue en 2015. Autour des alambics, ce temps d’échange est un moment qui permet d’aborder les méthodes de vinification de chacun, les assemblages, les élevages, mais aussi, et d’autant plus en ce début d’année marqué par un recul des ventes de champagne, les modèles économiques et les débouchés commerciaux.

Dans un contexte économique marqué par l’inflation des coûts de production, l’augmentation des droits de douane américains, et une prudence accrue des consommateurs, le ratafia champenois, le marc de champagne et la fine champenoise apparaissent en effet comme des produits à forte valeur ajoutée, capables de générer de nouveaux revenus sans augmenter les surfaces plantées.

Le ratafia champenois se distingue

Au cœur des dégustations, le ratafia champenois tire tout particulièrement son épingle du jeu et  illustre parfaitement cette dynamique. Facile à intégrer dans une gamme existante, le ratafia séduit par sa souplesse commerciale : consommation à l’apéritif, accords gastronomiques, cocktails et mixologie. Des expressions les plus fruitées aux cuvées plus complexes, parfois élaborées à partir de réserves perpétuelles, ou selon la méthode de la soléra, les assemblages mettent en lumière la richesse des cépages champenois sous un autre prisme que celui des bulles.

©ClaireAmadei
©ClaireAmadei

À ce titre, quelques cocktails ont été présentés, en association de sirop de fraise et de limonade pour la légèreté ou encore comme une déclinaison champenoise du mojito, avec de la menthe et de l’eau gazeuse. La « ratatonic » se démarque, lui, par l’association d’un trait de tonic et de jus citron. De quoi ravir tous les palais. Autant d’usages qui ouvrent la porte à de nouveaux circuits de distribution et, on l’aura compris, à une clientèle plus jeune, moins attachée aux codes traditionnels du champagne. 

« C’est un beau produit » affirme Alexis Leconte, Président de l’Association depuis 2022. « Nous avons réussi à revenir au ratafia par le biais de la gastronomie. C’était assez confidentiel comme production. Et aujourd’hui les grandes maisons de champagne s’y mettent aussi ». Pour les grandes maisons comme pour les champagnes de vignerons, ces spiritueux représentent un levier de diversification immédiat, une réponse concrète aux ventes en berne valorisant des vins tranquilles et des sous-produits de la vinification tout en renforçant l’identité territoriale. Dans un contexte où chaque litre compte, le ratafia, le marc et la fine permettent d’amortir les aléas du marché du champagne, sans renier l’excellence champenoise.

Longtemps cantonnés à une consommation locale et confidentielle, produits de terroir, le ratafia champenois, le marc de champagne et la fine champenoise trouvent aujourd’hui une nouvelle place dans le paysage viticole régional. Portés par une reconnaissance officielle, un regain d’intérêt des consommateurs et une dynamique collective affirmée, ces spiritueux incarnent une voie d’avenir pour la Champagne. À l’image de ce quatrième Chaudron, l’Association confirme une ambition claire : structurer la filière, renforcer la visibilité de ces produits et accompagner leur montée en gamme. Le ratafia champenois n’est plus un produit annexe, mais bien un atout stratégique pour l’avenir économique de la Champagne viticole.

Terre de Vins aime

Ratafia Champenois Solera de Champagne Caillez Lemaire : présenté en bouteille de 75 cl, ce ratafia distillé à Damery a remporté la médaille d’or au concours agricole général 2025. Elaboré exclusivement à partir de meunier, et selon la méthode de la solera, son nez séduit immédiatement par des arômes très fruités. En bouche il se développe vers la vanille, l’orange sanguine et la noix.

Ratafia Apeiron – Champagne Alexis Leconte : trois ratafias, trois cépages uniques. Le Meunier se révèle très fruité et gourmand, sur une robe ambrée. Le chardonnay se distingue par une robe jaune paille dorée, et des saveurs très fraîches, la gamme aromatique s’étendant de l’ananas aux agrumes. La version Pinot noir affiche une belle robe cuivrée pour une bouche toute en fruits à noyau, prune et mirabelle, puis en épices douces.