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L’Inde a soif de vin européen : pourquoi tout va basculer après 20 ans d’attente

Auteur

Sixtine
Claret

Date

27.01.2026

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Après deux décennies d’âpres discussions et de faux départs, le paysage du commerce international vient de connaître une belle avancée. L’Union européenne et l’Inde ont enfin scellé ce que Bruxelles qualifie de « mère de tous les accords », mettant fin à vingt ans d’attente et de négociations au sujet des droits de douane. Signé à New Delhi lors d’une visite stratégique de la présidente de la Commission européenne, ce pacte de libre-échange ne se contente pas de fluidifier des échanges qui pesaient déjà 120 milliards d’euros en 2024 ; il replace l'Europe dans la course au moment même où les tensions douanières imposées par les États-Unis redéfinissent les alliances mondiales.

Ce changement de donne est particulièrement spectaculaire pour les exportations européennes, et plus précisément pour la filière viticole. Jusqu’à présent, l’Inde appliquait des droits de douane de 150 % sur les importations de vin. Cette barrière rendait le prix des bouteilles européennes exorbitant que les classes moyennes ne pouvaient surmonter. Sous ce nouvel accord, le contexte change radicalement : les droits de douane en vigueur passeront d’abord par un palier intermédiaire dès l’entrée en vigueur du traité, avant d'être abaissés à environ 20 % pour les vins dépassant les 10 euros, et à 30 % pour ceux dont le prix se situe entre 2,50 et 10 euros. Selon la Fédération des Exportateurs de Vins et Spiritueux de France (FEVS), cette ouverture historique concerne également les spiritueux, dont la taxe sera abaissée à 40 %.

L’Autralie et la Nouvelle-Zélande aussi dans les starting-blocks

Cette percée est d'autant plus stratégique que l’Australie avait déjà pris une longueur d'avance sur ce marché. En signant dès 2022 l’Australia-India Economic Cooperation and Trade Agreement, Canberra a déjà vu ses droits de douane réduits, ce qui a entraîné une hausse nette de la consommation de ses vins en les rendant davantage accessibles pour le marché indien. La Nouvelle-Zélande serait aussi sur le point de conclure un accord. Pour l'Europe, ce pacte arrive à un moment charnière, désormais pays le plus peuplé au monde, l'Inde convertit sa puissance démographique en une force de frappe économique qui redéfinit les priorités des exportateurs mondiaux. Cette dynamique alimente une classe moyenne qui s’élargit rapidement, 340 millions de personnes concernées, portées par un pouvoir d’achat en hausse et une curiosité accrue pour les produits importés. Pour la filière viticole européenne et française il s’agit désormais de s’imposer dans un environnement concurrentiel où certains acteurs sont déjà bien installés. Le défi consiste maintenant à bâtir des réseaux de distribution solides et à travailler en profondeur l’image des vins européens auprès des consommateurs indiens. Si l’impact sur les volumes restera sans doute progressif à court terme, cette fenêtre d’opportunité pourrait, à plus long terme, transformer l'Inde en un terrain de croissance, là où le vin importé restait, jusqu’ici, un marché de niche.