Le Grand Théâtre de Bordeaux accueillait hier soir, non pas un balais ou un opéra, mais une Vinexpérience organisée par « Terre de Vins » pour le grand public, en parallèle de Vinexpo. Les vins de Pomerol étaient à l’honneur, et leur succès est allé crescendo auprès des amateurs.

Les quelques centaines d’amateurs qui se pressaient hier soir (malgré la chaleur) dans l’enceinte majestueuse du Grand Théâtre de Bordeaux ne venaient pas pour assister à « La Traviata » ni au « Lac des Cygnes » : c’est dans le verre que le spectacle avait lieu, avec une grande dégustation de vins de Pomerol, deuxième Vinexpérience organisée par « Terre de Vins » en marge du salon Vinexpo. Trente propriétés étaient réunies avec, en guide de chef d’orchestre, Jean-Marie Garde, président de l’appellation et propriétaire de Clos René. « C’est très beau d’être dans le centre de Bordeaux et dans ce lieu emblématique », s’enthousiasmait-il. « L’appellation Pomerol a depuis longtemps participé à Vinexpo, nous avions même, à une époque, un partenariat avec Sauternes, mais c’était bien sûr réservé aux professionnels. Avec « Terre de Vins », nous avons pris l’habitude de venir à la rencontre du grand public, d’abord à Paris puis aujourd’hui à Bordeaux avec les Vinexpériences. C’est formidable de venir à la rencontre des amateurs, qui peuvent parfois penser que Pomerol est une appellation intimidante ou inaccessible – l’occasion leur est donnée de découvrir une large gamme de styles, de terroirs, de prix, tout en ayant toujours ce fil conducteur typiquement pomerolais, la rondeur, l’amabilité, ce profil de séducteur subtil qui fait notre réputation. C’est une belle opération reconquête auprès des amateurs bordelais et français, qui vont pouvoir se dire, qui sait, qu’il serait temps de réapprovisionner leur cave en Pomerol ! »

Un avis partagé par Camille Poupon, des vignobles Fayat, qui faisait déguster Château Fayat : « C’est formidable de réunir une trentaine de propriétés dans une action collective, ce qui n’arrive pas souvent, a fortiori autour d’un millésime commun, 2014 (un autre millésime était présenté, au choix des propriétés, NDLR). Cette Vinexpérience permet d’ouvrir Vinexpo au grand public, cela montre que les temps forts réservés aux professionnels du vin peuvent et doivent s’ouvrir aussi aux amateurs. D’ailleurs on constate bien la curiosité, l’engouement des visiteurs, qui aiment déguster et posent beaucoup de questions’.

Parmi les « stars » présentes à la dégustation figurait en particulier La Fleur Pétrus, dont le stand était littéralement pris d’assaut. Ce qui n’empêchait pas Edouard Moueix de servir, avec le sourire, ses nectars aux dégustateurs en herbe. « Il faut l’avouer, à la Fleur Pétrus, nous sommes mauvais en communication, on a tendance à rester très discret, mais depuis quelque temps nous avons changé d’approche, nous participons davantage à des événements, surtout auprès des consommateurs, et des consommateurs français ». Aujourd’hui, les quelque 40 000 bouteilles produites annuellement par ce vignoble de 18 hectares (14,5 en production) partent à 80% à l’export, mais pour Edouard Moueix, il est important de ne pas négliger le marché national, « surtout en accompagnant les autres producteurs de l’appellation sur de tels événements ».

Pomerol, ce n’est pas que des châteaux de grand prestige comme La Fleur Pétrus, mais des pépites à prix accessible comme Château Mazeyres, vignoble d’un peu plus de 25 hectares conduit en bio et biodynamie (en cours de certification Biodyvin) sous la houlette d’Alain Moueix, du château Fonroque à Saint-Emilion. « Comme quoi, on peut être le troisième vignoble en taille de l’appellation Pomerol, et être en bio, voire même garder de beaux rendements, puisqu’on a fait 43 hl/ha en 2016 », sourit Stéphany Lesaint. « Nous travaillons avec conviction pour tirer le meilleur de nos terroirs, les dynamiser, notamment à travers des élevages en œuf béton. Nous voulons produire un ‘vin sensible’ qui soit aussi accessible en prix, et à ce titre nous avons été ravis de l’accueil réservé par de grands sommeliers lors du dernier Sommeliers Dating organisé à Paris par « Terre de Vins ». Nous avons été référencés chez deux nouveaux étoilés ! »

Le bio, ce n’est pas non plus une nouveauté pour François Despagne. Le propriétaire du château Grand Corbin Despagne, cru classé de Saint-Emilion passé en culture biologique depuis 2004, faisait déguster hier son micro domaine pomerolais, Château Le Chemin. Un vignoble d’un hectare, conduit en bio depuis 2006 et certifié depuis 2009, premier millésime où François a repris la main sur cette parcelle jusque-là détenue par son père. « Le bio, ce n’est pas une mode, c’est une vague. C’est une mentalité à laquelle on doit totalement adhérer, sinon ce n’est pas la peine de s’y mettre. Pour moi c’est une évidence, sur toutes mes propriétés. On redevient réellement vigneron ». En l’occurrence, son châtezau Le Chemin est l’une des pépites de cette soirée, en particulier le millésime 2012 : un 100% merlot associant éclat de fruit, gourmandise, finesse, élégance, extrême buvabilité, trame longue et finale délicatement fumée. Tout ce qu’un grand Pomerol devrait être, à environ 40 € prix public.

Photos Pierre Martinez