Le président de la République Française « souhaite que le bio continue à se développer ». C’est ce qu’a affirmé François Hollande, dimanche à Bordeaux, lors de sa venue pour l’inauguration de Vinexpo 2015. Une phrase passée assez inaperçue dans la presse, où le débat brûlant sur une éventuelle clarification de la loi Evin continue de faire rage. Ce soutien présidentiel pour plus de viticulture biologique est « partagé aussi par Terre de Vins », lui a répondu immédiatement Sylvie Tonnaire via twitter, rédactrice en chef du magazine… ainsi que par une multitude de vignerons français, de plus en plus nombreux à « se convertir » tant en surface agricole qu’en nombre, et ça dans toutes les appellations de France. Alors que le syndicat de Pomerol organisait la dégustation de ses vins de 2009 à 2013, ce sont ici des histoires de bio qui ont été choisies, représentant à ce jour moins de 10% de la prestigieuse appellation de la rive droite bordelaise.

L’Enclos, passion et raison

Parmi les dernières propriétés à avoir fait le choix du bio sur Pomerol, il était possible hier de déguster L’Enclos, propriété du couple américain Stephen et Denise Adams (également propriétaires de Château Fonplégade, grand cru classé de Saint-Emilion certifié bio pour la première année en 2014). Aux manettes en cave, Stéphane Krochmaluk, ancien ingénieur informatique de la région parisienne, ayant fait le choix de quitter Paris et de se reconvertir dans le monde du vin à Bordeaux en 2009. Cinq ans plus tard, il n’est rien de moins que maître des chais de L’Enclos et de Fonplégade… Avec 38 parcelles disséminées sur 8 hectares, « c’est un peu comme si j’avais 38 casseroles sur le feu pendant les vendanges », confie-t-il en souriant. Le choix du bio ? « Pour les propriétaires américains, qui possèdent également deux propriétés « organic » dans la Napa Valley, c’est impensable de faire autrement qu’en bio. » Un choix, qui selon lui, ne peut être fait que si les moyens financiers injectés sont conséquents : « il faut être fou pour faire le choix du bio à Bordeaux, avec un climat si comme le nôtre. Ou avoir les capacités financières et l’assumer. Le bio coûte deux fois plus cher, et il faut que tout le monde accepte de travailler quand c’est nécessaire, les week-ends y compris si la vigne en a besoin… » Pourtant d’autres propriétés, plus petites en taille et en structure financière, ont fait le choix du bio, sans le regretter. Stéphane l’explique à travers une foi quasi religieuse : « Pour ceux qui ont moins de moyens, c’est un vrai sacerdoce. Ça a quelque chose de religieux, de passionné. Que je respecte beaucoup. On sait que la passion est toujours éloignée de la raison », conclue Stéphane Krochmaluk.
L’Enclos 2011 est un vin de haute-couture : nez de framboise légèrement encensée, il offre une bouche fraîche, ciselée et délicate. Rafraîchissant et très élégant, avec une particularité intéressante, 3 % de malbec dans son assemblage. Etonnante trouvaille, à l’ouest du plateau de Pomerol, en face de Pétrus…
Environ 45 €
33500 Pomerol, 05 57 74 80 51

Domaine Gombaude-Guillot, les “derniers des Mohicans”
Claire Laval n’a jamais pu imaginer son domaine de 8 hectares, au cœur du plateau de Pomerol, sans agriculture biologique et elle en parle volontiers à qui est prêt à l’écouter. « J’étais une des premières à faire de l’agriculture biologique à Pomerol, une démarche pas forcément facile à expliquer dans les années 1990 », explique la vigneronne au regard franc. Pour « une expression originale des terroirs, l’agrobiologie chez nous depuis 1998 est soumis à un cahier des charges précis, un garantie d’élaboration naturelle des vins ». Six générations de femmes et d’hommes qui se sont succédé sur ces terres argileuses du plateau de Pomerol, aujourd’hui pilotées par Olivier Techer, le fils de Claire. Cette famille de vignerons engagés, qui n’ont eu de cesse d’entendre leur téléphone sonner depuis leur apparition et témoignage dans le documentaire controversé Vino Business, dénonçant notamment l’arrivée massive des investisseurs étrangers sur le plateau de Pomerol. Des vignerons qui peuvent être également radicaux s’ils le jugent nécessaire : en 2013, constatant que le millésime n’offrait pas la qualité attendue, ils décident de ne pas faire de premier vin, en « attendant vivement 2014 ». Un choix économique lourd de conséquence… A l’occasion de la dégustation du syndicat pour Vinexpo, c’est le millésime 2011 qui avait été choisi, une approche de Pomerol dans la finesse, une bouche à la fois délicate et pleine de fruit, épicée et fumée sur la finale. Un vin soyeux qui supportera l’épreuve du temps tout en douceur.
Environ 45 €
33500 Pomerol, 05 57 51 17 40

Château Mazeyres, comme un air de Saint-Emilion
A la tête de ces terroirs de plateau, depuis 1992 (SOGECAP en est propriétaire), Alain Moueix : une figure de la biodynamie grâce au travail mené depuis 2006 au Château Fonroque, sa propriété de Saint-Emilion. Derrière le stand, c’est Stéphany Lesaint qui accueillait les dégustateurs : « après des essais successifs, Mazeyres est devenu à 100 % bio et biodynamique en 2012 ». Dans le verre, le 2010 présenté (assemblage classique de Pomerol avec 80 % de merlot et 20 % de cabernet franc) se révèle entre puissance et légèreté, offre une matière tannique douce et une fraîcheur de fruit encore entier, juteux et expressif. Curiosité d’encépagement à Pomerol, « du petit verdot se fait replanter cette année, pour sa capacité à allonger les vins et à les redresser, personne ne fait ça à Pomerol », confie Stéphany Lesaint. Faire de grands vins nécessite de s’en donner les moyens, Mazeyres fait incontestablement partie de cette famille.
Environ 30 €
33500 Libourne, 05 57 51 00 48

La Rose-Figeac, étoile Despagne
Yann Cheron est urbaniste, mais il aime autant les vins et l’histoire du domaine que sa femme Nathalie Despagne à la tête des quatre hectares de la Rose-Figeac, propriété du sud-est de Pomerol acquise en 2013, à la suite de la donation familiale de Françoise Rapin et Gérard Despagne. En bio 2009 (première certification), Rose Figeac 2011, non filtré, est une expression quasi pure du merlot (90 %, le solde en cabernet franc), sur le fruit rouge et avec une arête acide bien droite et nette. Notes de petites groseilles, de gelée de framboise, un peu de poivre et épices douces en finale, le vin est « très féminin, c’est ce que souhaite faire Nathalie ». Féminin ou masculin, (chacun voit midi à sa porte), le vin est surtout délicat et de très belle facture.
Environ 30 €
33500 Libourne, 05 57 25 04 92

D’autres propriétés de Pomerol travaillant en agriculture biologique : Château la Croix-Taillefer (vignobles de Romain Rivière qui accueille dès cet été une nouvelle salle de dégustation pour des repas vignerons), le Château Bellegrave (de Jean-Marie et Pascale Bouldy), le Château Beauregard (ancienne propriété de la Banque Populaire, rachetée par la famille Motier détenant les Galeries Lafayette et la famille Cathiard, passé en bio certifié en 2010), château de Valois (Vignobles Leydet)…

Laure Goy
Photo d’ouverture : « Claire Laval (Domaine Gombaude-Guillot) et Stéphane Krochmaluk (maître de chai de l’Enclos) et leurs vins, à l’occasion de la dégustation organisée par le syndicat des vins de Pomerol dimanche 14 juin, premier jour de Vinexpo 2015  »

La rose Figeac