Dans chaque numéro de « Terre de Vins », avec sa chronique « L’école du vin », Jacques Orhon, maître sommelier et « écrivin », apporte son éclairage d’expert sur toutes les subtilités de la dégustation, du service, de la conservation, de la viticulture… Retrouvez ici ses meilleurs conseils.

Sans vouloir jouer à l’ampélographe, spécialiste de l’étude des cépages qui vise à connaître leur aptitude physiologique et culturale, ainsi que la morphologie de la vigne, il est intéressant de comprendre la différence entre les variétés hybrides et les cépages métis. Et c’est d’autant plus important que plusieurs cépages métis se sont installés dans le vignoble français depuis quelques décennies, notamment dans le Sud du pays.
Les œnophiles chevronnés connaissent la plupart des cépages classiques qui appartiennent à l’espèce vitis vinifera (cabernet sauvignon, chardonnay, syrah, merlot, grenache, mourvèdre, riesling, etc.).

Hybride ou métis, il s’agit du résultat d’un croisement. Le nom d’hybride (producteur direct) fait référence à une famille de cépages issus du croisement entre les vignes européennes (vitis vinifera) et les vignes américaines (vitis labrusca ou vitis riparia). N’ayant finalement pas été retenus pour régler la crise du phylloxera (parasite de la vigne qui a éradiqué une grande partie du vignoble européen à partir de 1865; pour des raisons qualitatives, on a privilégié la technique du greffage), on en cultive dans certains coins de la planète, pour leur résistance au froid par exemple.

Caladoc et marselan

Quant aux cépages métis, ils sont le fruit du croisement de variétés appartenant à la même espèce, en l’occurrence vitis vinifera.
On en compte plusieurs dans l’Hexagone, mais si l’on reste dans le sud de la France, regardons de plus près le caladoc et le marselan, deux cépages résistant à la sécheresse et aux parasites, ce qui induit moins de traitements et en conséquence un coût de revient moins élevé. Utilisés généralement dans les assemblages, ils donnent des résultats étonnants tant du point de vue de la qualité des vins que de la quantité.
Le premier, créé en 1958, issu du croisement du grenache avec le cot (plus connu sous le nom de malbec) est très apprécié en rosé, tandis que le second, de plus en plus considéré en Languedoc, est le résultat d’un croisement entre le grenache et le cabernet-sauvignon. Mis au point en 1961 par les chercheurs de l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) et l’ENSAM (l’École Nationale Supérieure Agronomique de Montpellier), il donne des vins rouges assez intenses, parfois rustiques, charnus, fruités, tanniques et quelque peu épicés. On peut trouver du marselan dans la vallée du Rhône, en Espagne et en Californie.
Regardez bien les étiquettes et les contre-étiquettes de certains vins du Sud de la France, dont les vins IGP (à Indication Géographique Protégée, anciennement Vins de Pays) et vous verrez peut-être la mention de ces cépages métis qui font parler d’eux.