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[Vendredi Spi] Old Pulteney, le malt qui écoutait la mer

Old Pulteney©F.Hermine

Auteur

Frédérique
Hermine

Date

31.07.2026

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Perdue à la limite septentrionale de l'Écosse, cette distillerie est riche d'une histoire tourmentée de deux siècles mais bien ancrée dans une identité maritime.

La Mer du Nord est omniprésente sur les quais de la petite ville de Wick au nord des Highlands, en terre écossaise. Elle souffle un vent froid en bourrasques, plein d'embruns, qui s'engouffre dans les rues, s'infiltre dans les maisons et dans les chais de la plus septentrionale des distilleries, hormis celles des îles Orcades. Cet élément imprègne les chais, caresse les fûts depuis des décennies et confère au whisky Old Pulteney son surnom de The Maritime Malt. Wick paraît presque hors du temps. Pourtant, au milieu du XIXe siècle, cette petite cité était l'un des ports de pêche les plus prospères d'Europe grouillant de plus d'un millier de bateaux tandis que près de 7 000 ouvrières remplissaient les fûts de sel et de harengs. Les fameux « Silver Darlings », les harengs argentés, faisaient la fortune de la ville. D'autres tonneaux, surnommés les « gold barrels » remplis de whisky quittaient plus discrètement le port. À l'époque, on disait que Wick vivait de deux trésors : l'argent du hareng et l'or du whisky. Une prospérité qui fit naître jusqu'à quarante-cinq pubs dans la ville.

Old Pulteney©F.Hermine
Old Pulteney©F.Hermine

Des alambics inédits

James Henderson, distillateur clandestin, ouvre une distillerie officielle en 1826 pour profiter de l'essor économique spectaculaire de la ville. Elle prend le nom de Pulteney, un quartier de Wick. Mais le whisky au fil du temps va finalement s'appeler Old Pulteney, en hommage au politicien William Pulteney qui défendait les emplois dans les ports des Highlands. À cette époque, aucune route praticable ne relie réellement Wick au reste de l'Écosse. Tout arrive par bateau, l'orge, le charbon, les marchandises, et tout repart également par la mer. Les ouvriers de la distillerie sont d'ailleurs souvent aussi pêcheurs selon les saisons. Henderson investit dans des alambics en cuivre à la silhouette inédite qui demeure aujourd'hui l'une des signatures de la maison. Leur forme particulière participe à produire un distillat à la fois ample, huileux et élégant. Mais pendant un siècle, jusqu'en 1926, les whiskies de la maison sont élaborés à partir de malt tourbé, une facette oubliée de l'histoire d'Old Pulteney.

L'arrêt pendant la Prohibition

La distillerie reste aux mains des Henderson jusqu'au début des années 1920 avant une succession de propriétaires. Plusieurs facteurs finissent par avoir raison de la distillerie : les difficultés économiques, l'effondrement du marché du hareng, l'éloignement géographique et la montée du mouvement de « tempérance » qui conduit au vote de la prohibition de l'alcool à Wick (comme dans une cinquantaine de villes écossaises). En 1930, les alambics s'arrêtent. La production ne reprendra qu'en 1951, après le rachat par l'avocat Robert Cumming puis par Hiram Walker qui engage une rénovation complète des installations. Les aires de maltage disparaissent, comme dans nombre de distilleries écossaises, et les équipements gagnent en efficacité. Allied Breweries reprend ensuite le flambeau avant que la distillerie n'entre finalement en 1995 dans le portefeuille d'Inver House Distillers, aujourd'hui dans le groupe International Beverage, ouvrant ainsi un nouveau chapitre marqué par un développement international. Aujourd'hui encore, malgré son rayonnement mondial, Old Pulteney, avec une production d'un million de litres d'alcool par an, demeure une petite maison à l'échelle du scotch whisky. De six petits alambics, la distillerie est passée à deux, beaucoup plus grands, pouvant contenir jusqu'à 5 000 litres, et s'est recentrée sur le marché du single malt.

Typicité et longévité

L'histoire d'Old Pulteney ne se raconte pourtant pas uniquement à travers ses archives. Malcolm Waring, entré à la distillerie en 1990 et qui en est aujourd'hui le directeur, le maître distillateur et la mémoire vivante, en connaît chaque recoin. « J'aime mon métier et la façon toujours traditionnelle dont je fabrique le whisky. Je reste convaincu que seul l'élément humain avec son ressenti d'odorat et de goût peut faire le travail. » Les recettes n'ont guère changé depuis deux siècles. L'eau provient toujours du Loch Hempriggs, situé à quelques miles au sud de la ville, l'orge maltée est brassée puis fermentée dans de grandes cuves avant une distillation lente dans les deux alambics en cuivre. « Le style d'Old Pulteney a conservé son caractère côtier et cette minéralité typique du littoral. Quand on se promène dans les chais, on ressent cette empreinte marine qui n'est pas un argument marketing et qui accompagne tout le vieillissement dans les fûts de bourbon et de sherry. » La situation géographique unique et excentrée, à l'extrémité septentrionale de l'Écosse, constitue autant un privilège qu'un casse-tête. Une réalité économique que Malcolm Waring résume avec franchise. « Notre distillerie est très isolée, et acheminer le whisky vers les marchés extérieurs coûte plus cher. Mais c'est aussi ce qui définit notre identité. » Une authenticité qui explique aussi la place particulière qu'occupe Old Pulteney au sein du groupe. « Malgré des volumes modestes, la maison est devenue une marque mondiale, l'une des locomotives du groupe et elle bénéficie du plus gros investissement marketing. Le fait que la distillerie ait fermé pendant un certain temps a également contribué à sa notoriété car la marque possède une véritable histoire. Peu de maisons peuvent se targuer d'une telle longévité. »

Old Pulteney©F.Hermine
Old Pulteney Malcom Waring2©F.Hermine

Un engagement territorial

À Wick, cette histoire ne se limite pas aux murs de la distillerie. Old Pulteney demeure l'un des principaux employeurs de la région avec une vingtaine de salariés issus presque exclusivement du territoire. Mais son engagement dépasse largement le simple cadre économique. « Nous sommes très impliqués dans la vie locale en termes d'emplois directs, mais nous sommes aussi partie prenante d'un projet communautaire via notre chaudière biomasse. L'eau chaude produite par la distillerie alimente des habitations voisines et le système de chauffage de l'hôpital. Aujourd'hui, nous avons atteint la capacité maximale de notre chaudière mais nous cherchons à pérenniser le projet en étudiant, pour l'alimenter, la plantation d'essences à croissance rapide comme le sapin de Douglas. » La distillerie participe également au Harbour Lifeboat Festival, soutient plusieurs projets patrimoniaux locaux et contribue à la préservation de l'Isabella Fortuna, considéré comme le plus ancien bateau de pêche en bois encore à flot en Écosse. Une manière de rappeler que l'histoire du whisky à Wick est indissociable de celle de la mer.

Des whiskies personnalisés

Le visiteur qui pousse la porte de la distillerie découvre que l'histoire occupe autant de place que les fûts. Une grande fresque photographique raconte l'âge d'or de Wick, le port saturé de voiliers, les montagnes de tonneaux, les pêcheurs et les employés de la distillerie photographiés en 1886. Chaque année, la distillerie accueille près de 15 000 visiteurs. Ils participent à des ateliers de dégustation mettant en lumière différentes maturations ou en accord avec des chocolats. Au magasin, les amateurs apprécient tout particulièrement de remplir eux-mêmes une bouteille directement depuis un fût de bourbon ou de sherry sélectionné pour l'occasion. Ils appliquent ensuite la cire à la main, récupèrent une étiquette, déjà signée par Malcolm Waring, et complètent eux-mêmes les informations sur le flacon. Une façon de repartir avec un whisky véritablement unique, mais aussi avec un morceau d'histoire d'Old Pulteney.


Terre de Vins a aimé

En 2026, Old Pulteney célèbre ses deux cents ans avec un exceptionnel 30 ans et un très confidentiel 50 ans.

30 ans - 50,4 % vol. (1000 bouteilles) 1 990 €

L'un des rares whiskies écossais de cet âge pour lequel le maître distillateur était là à la distillation et à la sortie du fût. Vieilli d'abord en fût ex-bourbon puis quelques mois en sherry oloroso. Une attaque douce, harmonieuse sur des arômes de toffee, cranberry, épices douces, tabac blond, bananes séchées, caramel au beurre salé.

50 ans - 40,8 % vol. (200 bouteilles) 22 900 €

La plus haute expression pour l'anniversaire de la distillerie dans une carafe en cristal livrée dans un coffret en chêne. Un assemblage principalement de fûts ex-bourbon et un peu de fûts de chêne européen. Notes iodées sur des arômes de toffee, chocolat, vanille, cranberry, bananes flambées, agrumes, oranges confites, épices, fruits tropicaux.

Flotilla vintage 2012 46 % vol. 57,90 €

Créé pour le marché français, ce single malt est vieilli dans d'anciens fûts de bourbon. Arômes vanillés, cacao, agrumes, finale iodée. À consommer en highball ou avec des huître

Old Pulteney©F.Hermine