Vendredi 9 Octobre 2026
Vendanges sur les Terres d'Ampuis ©B.Favre
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Date
09.10.2026
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2026, millésime de tension et de résilience, particulièrement précoce dans le Rhône septentrional, s’annonce très prometteur malgré une sécheresse prolongée et plusieurs canicules. À ce stade, les vins impressionnent déjà par leur concentration, leur équilibre et, surtout, leur capacité à conserver de la finesse. 2026 pourrait même devenir un millésime exceptionnel.
Il faudra bien sûr attendre les dégustations de printemps pour affiner les vins et les jugements, mais les premières impressions recueillies dans le Rhône septentrional dessinent déjà un très joli millésime 2026. Certes précoce, marqué par plusieurs épisodes caniculaires, il a d’abord suscité de sérieuses inquiétudes avant de révéler des équilibres que les vignerons n’attendaient pas. Dans l’ensemble, les vendanges ont débuté avec près de deux semaines d’avance comparées à la moyenne des dernières années, parfois dès la mi-août, et se sont déroulées rapidement. Pourtant, derrière cette précocité spectaculaire se cache une année loin d’être uniforme avec un comportement divers selon les parcelles.
À la Cave de Tain, le directeur Ludovic Beau résume le paradoxe d’un millésime commencé sous les meilleurs auspices avant de basculer dans l’inquiétude. L’hiver et le printemps très arrosés avaient constitué des réserves d’eau importantes, générant une sortie de grappes généreuse. Mais après « quasiment 90 jours sans pluie, moins de 100 mm au lieu des 250 a minima dont nous avions besoin, nous avons craint le pire début août. On voyait les vignes se déconfire d’heure en heure. Heureusement, les quelques pluies du 15 août ont été salvatrices. On a démarré très tôt ; les blancs étaient déjà rentrés fin août. C’était inédit, et inédit également que les vendanges ne soient pas terminées quand on commence la récolte des pêches et des abricots. »
Cette précocité constitue l’un des marqueurs forts de 2026. Au Domaine Chave à Mercurol-Veaune (26), en Crozes-Hermitage et Hermitage, Yann Chave parle même d’un record : « C’était la première fois que je vendangeais si tôt le 18 août ; déjà des vendanges fin août, on en avait eu rarement, mais là, c’est un record. Et des vendanges étalées sur trois semaines alors que l’on est sur un monocépage, la syrah, c’est également très rare. Cela nous a permis de faire du sur-mesure en attendant la maturité optimale de chaque parcelle puisqu’il faisait beau ».
Le choix d’attendre, parcelle par parcelle, apparaît justement comme l’une des clés du millésime. Car si les températures ont été exceptionnellement élevées, la maturation n’a pas suivi partout le même rythme. Antoine Dupré, directeur de Vidal-Fleury, souligne cette hétérogénéité entre les secteurs : « Avec un vignoble très sain et des grappes qui avaient bien mûri, les épisodes pluvieux de 10-15 mm au mois d’août ont fait la différence. Grâce à ça, les raisins ont pu grossir, ce qui a été moins le cas, par exemple, à Saint-Joseph ».
Ces pluies estivales, modestes mais opportunes, ont joué un rôle déterminant. À la Maison Guigal, le directeur général Philippe Guigal confirme que la pluie d’environ 20 mm en août a permis de relancer la maturation avant les vendanges. Le millésime ne se résume donc pas à une succession de canicules, la vigne ayant su profiter des ressources hydriques accumulées.
La surprise vient aussi des blancs. Après plusieurs semaines de chaleur, beaucoup redoutaient des acidités faibles et des vins lourds. Les premiers constats sont nettement plus rassurants. Antoine Dupré insiste sur cette bonne surprise. « On pensait que la canicule allait les déstabiliser le vin avec très peu d’acidité, mais pas du tout. On a des très jolis volumes et un bel équilibre ». Chez Domaine Chave, le constat rejoint celui de Vidal-Fleury, avec une explication par les volumes et l’état hydrique des sols. « Les blancs vont être moins lourds qu’en 2025, grâce à ‘une dilution positive’ par les volumes et aux sols gorgés d’eau. Il a plu jusqu’en mai, ce qui nous avait fait craindre d’avoir à faire beaucoup de traitements mais avec la canicule en juin qui ne s’est jamais vraiment arrêtée, jusqu’aux 70 mm de fin août, la vigne n’a finalement pas souffert du stress hydrique. »
Pour les rouges, le tableau apparaît aussi intéressant même si Philippe Guigal évoque pour Côte Rôtie une récolte rouge moyenne de l’ordre de 30 à 35 hl/ha, plus normale pour les blancs autour de 40 hl/ha. Dans plusieurs secteurs, les raisins ont mûri très rapidement, au prix d’une surveillance permanente des parcelles. Le résultat semble néanmoins plus équilibré que ce que les températures pouvaient laisser craindre. Yann Chave se satisfait d’un 2026 comparable à 2018 et 2023. « Les milieux de coteaux de Cornas et Saint-Péray, avec moins de pluies, ont davantage souffert de la canicule. Mais en plaine et en plateau, il n’y a pas eu de problème. On est même sur des degrés raisonnables à 13-14 en moyenne, avec des tanins soyeux et moins de puissance que 2025 grâce à une “dilution positive”, puisqu’on a des volumes plutôt à 44 hl/ha alors qu’on n’en avait à peine 30 en 2025. »
Cette notion de « dilution positive » est peut-être l’une des expressions les plus éclairantes pour comprendre 2026. L’année avait tout pour produire des vins solaires, puissants et alcoolisés ; elle semble finalement conduire, dans de nombreux cas, vers davantage de définition et de fraîcheur de texture. Les degrés restent néanmoins un point de vigilance. Antoine Dupré reconnaît que les températures élevées ont fait monter les niveaux d’alcool, une donnée d’autant plus sensible que les consommateurs regardent désormais attentivement le degré affiché sur les bouteilles.
La grande inconnue reste évidemment la garde même si les premiers constats apparaissent optimistes. Philippe Guigal refuse de parler trop vite de « millésime du siècle », mais estime que « 2026 pourrait rester dans les mémoires. Je pense que c’est un millésime dont les gens vont se souvenir longtemps. On peut parler de vins hors normes dans le bon sens du terme. Ce sera sans doute un millésime de grande garde, voire de collectionneur, dans le sens où nous avons là une expression très noble et racée de la syrah septentrionale ».
La syrah apparaît ainsi comme l’une des grandes gagnantes de l’année. Reste encore à transformer les promesses en certitudes. « Dans une période de crise peu réjouissante, faire un très beau millésime avec des volumes est quand même réconfortant, même s’il va falloir le vendre. Je ne suis ni bordelais ni champenois, mais on saura dans un an si c’est un très bon millésime ou un millésime exceptionnel ».
« Cette récolte est une très bonne nouvelle car nos voisins bourguignons ont des volumes très bas qui vont leur permettre de garder les prix stratosphériques pratiqués ces dernières années. Tandis que les Rhodaniens avec des vins excellents et des volumes vont pouvoir maintenir les prix » conclut Philippe Guigal. « Ça peut être une belle opportunité pour la vallée du Rhône de gagner ou regagner des marchés ».


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