Après une année prompte à faire stresser les vignerons médocains, les vendanges des raisins rouges commencent sur la péninsule. L’œnologue et directrice générale de Crédit Agricole Grands Crus (Châteaux Grand Puy Ducasse, Meyney, Blaignan…) délivre, entre deux coups de sécateur, ses premières impressions.

Comment s’opère ce début de vendanges ? 

Les vendanges ont commencé le 14 septembre dernier sur notre propriété de Bourgogne (Domaine du Château Philippe le Hardi, ex-Château de Santenay), et plus récemment, pour profiter de l’été indien, le 24 septembre sur nos jeunes plants de merlot aux châteaux Grand-Puy Ducasse et Meyney. Nous envisageons une fin de récolte des merlots sur ces deux propriétés médocaines cette fin de semaine. Dans le Nord Médoc, sur notre vignoble du château Blaignan, le top départ n’est pas encore donné, mais nous envisageons la récolte des jeunes vignes dans la semaine du 4 octobre. En synthèse, des vendanges plus tardives qu’en 2020 (une semaine ½ plus tard à Bordeaux, 3 semaines en Bourgogne) et des rendements prévisionnels stables dans le meilleur des cas, à la baisse la plupart du temps. 

Qu’en est-il de l’état sanitaire ?

Les mesures sanitaires mises en place l’an passé sont toujours de rigueur, mais nous les appréhendons mieux désormais et l’organisation de la récolte sera, d’un point de vue logistique, sans doute plus sereine. Il n’en demeure pas moins qu’il est de plus en plus compliqué de trouver des vendangeurs et que, comme bon nombre de propriétés, ce sujet nous préoccupe fortement.  

Quelle ont été les grandes étapes de ce millésime ? 

Compte tenu des conditions climatologiques, la situation s’est révélée très variable d’un vignoble à l’autre… Par chance moins de 5 % des surfaces de notre propriété pauillacaise (château Grand-Puy Ducasse, 5èmeGrand Cru Classé 1855) ont été partiellement touchées par le gel. Quant au vignoble de château Meyney à Saint-Estèphe, il a été totalement épargné. Le gel a touché de façon plus significative les bas de butte de notre propriété du Nord Médoc (château Blaignan) et de nombreuses parcelles de notre vignoble bourguignon (on évalue les pertes à plus de 60 % sur les blancs et plus de 30 % sur les rouges), sans pour autant réduire la récolte à néant, comme ce fut malheureusement le cas sur notre propriété de la rive droite (Clos Saint-Vincent, Saint-Emilion Grand Cru). 

Les conditions du millésime ont mis nos nerfs à rude épreuve et ne nous ont accordé que peu de moments de répit. Malgré une vigilance de tous les instants, le mildiou s’est montré particulièrement agressif cette année et nos vignobles n’ont pas été épargnés. 2021 sera, à n’en pas douter, un millésime de vigneron(ne), mais ce sera aussi un millésime de tri sélectif car peu de surfaces auront été totalement épargnées et trier le moins bon du meilleur fera la différence cette année.

À ce stade, en termes de qualité de raisins, à quel millésime précédent ce 2021 ressemble-t-il ? 

À ce stade, et au doigt mouillé, je pourrais penser au 2014 pour Bordeaux. J’ai moins de repères pour la Bourgogne. Mais j’espère que vous ne m’en voudrez pas si je suis un jour amenée à réfuter cette comparaison !