Profitant de la présentation de sa nouvelle plateforme de marque au salon Wine Paris, Terre de vins est allé déguster ce champagne aux valeurs originales. Alors que le luxe est souvent synonyme d’exclusion, d’élitisme, d’initiation, Montaudon nous propose un vin fédérateur, accessible, venu du cœur…

Les connaisseurs de champagne en ont tous fait l’expérience. Lors d’un repas dominical, ils ont voulu partager avec leurs parents néophytes leur dernière trouvaille : une cuvée non dosée de quelque grand cru exposé face nord dont la minéralité les avait éblouis. Le retour de bâton a été sévère : trop acide, tranchant, un vrai jus de citron !  Face à cette incompréhension, ils ont vécu un moment de solitude terrible. La découverte du champagne ne peut pas commencer par une piste noire qui ne procure de plaisir qu’aux palais entraînés. C’est pourquoi en famille, si vous voulez éviter les disputes, ne parlez jamais de politique et choisissez des cuvées rassembleuses, comme Montaudon !

On ne peut pas plaire à tout le monde ? Sauf lorsqu’on a du talent. Il en faut pour composer ces cuvées généreuses, qui assument ce côté plus gourmand que gourmet et un positionnement « popular premium ». Des champagnes un peu ronds, comme le Brut Tradition (18,90€), avec un dosage de 11 grammes, légèrement au-dessus de la moyenne : c’est un peu le beurre dans la blanquette de veau, on ne préfère pas savoir la quantité exacte, parce qu’on adore et que cela pousse l’expression du fruit ! Alors qu’ailleurs on met surtout l’accent sur la complémentarité du pinot noir et du chardonnay, ici on s’intéresse d’abord à la balance entre le pinot noir (la maison privilégie celui de la Côte des Bar) et le meunier (plutôt de l’Aisne). Les deux cépages représentent 80 % de l’assemblage. Quand le premier apporte de la structure mais peut être parfois un peu anguleux, le second procure davantage de rondeur, de charme, surtout les années où la maturité est difficile à obtenir sur le pinot noir. On garde une pointe de chardonnay pour l’élégance (20 %), mais on a veillé à ne pas choisir les plus exubérants parce qu’ils ne sont là qu’en support.

L’objectif est aussi de restituer le fruit dans son intégralité, notamment en ne se limitant pas à la cuvée et en intégrant une petite proportion de tailles. On retrouve là la même différence qu’entre le pain blanc et le pain complet. Ce dernier est peut-être moins pur, moins aérien, mais il est plus charnu, riche et gourmand. De fait, à la dégustation de la base 2019, on appréciera les beaux amers et la jolie matière de ce vin auquel les cépages noirs ont donné un peu de tanin. L’acidité n’est pas marquée, mais la fraîcheur n’en reste pas moins présente et se manifeste autour d’arômes éclatants de pamplemousse et de pêche blanche.

Une qualité qui séduit de plus en plus à l’export. « Lorsque le champagne fait son entrée dans un pays, le marché s’ouvre par les grandes marques internationales et les premiers prix. Une fois à maturité, il se segmente et arrive le cœur de marché avec les champagnes de bon rapport qualité/prix où nous nous situons. De nombreux pays atteignent cette phase, comme les Etats-Unis, l’Europe proche. Un renversement est donc en train de se produire, alors que 80 % de nos ventes étaient autrefois réalisées en France, en 2021, l’export a représenté deux tiers de nos volumes ! » explique le directeur Sébastien Briend. La maison revendique le fait d’être un champagne accessible, d’un point de vue gustatif, mais aussi physiquement, c’est pourquoi elle ne snobe pas la grande distribution, où elle figure dans le top 10. Ambitionnant de rejoindre le top 5 d’ici 2025, elle vient de se doter d’une force de vente grâce à un partenariat avec Eclor, filiale de distribution d’un autre groupe coopératif, Agrial, leader du cidre en France (Loïc Raison, Ecusson, Kérisac). L’entreprise s’occupe ainsi déjà du placement de toute une gamme de boissons à bulles, y compris de crémants. Il ne lui manquait qu’une belle locomotive champenoise !

http://champagnemontaudon.com