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Le Languedoc en ordre de bataille  

@Photographie DR

Auteur

Willy
Kiezer

Date

09.02.2026

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À Montpellier, le Conseil interprofessionnel des vins du Languedoc (CIVL) a déroulé ses « raisons d’y croire » : un marché 2025 en léger recul, mais un vignoble qui se réorganise autour de l’export, de l’accompagnement des entreprises et d’un pôle technique offensif. Sous la présidence de Pierre Bories, négociant-vigneron en Corbières, la feuille de route se veut résolument tournée vers la valeur plus que vers le volume.

Un marché chahuté, des signaux de reprise

Le décor est posé d’entrée : contexte international instable, inflation qui pèse sur le ticket moyen en restauration, modération de la consommation et appétence croissante pour des vins plus frais, moins alcoolisés. Dans ce paysage chahuté, les AOP du Languedoc et les IGP Sud de France accusent un recul global de 5,7 % des sorties de chais en 2025, avec 1,532 million d’hectolitres contre 1,626 million l’année précédente.

Dans le détail, les AOP Languedoc représentent environ 600 000 hl (-8 %) et les IGP Sud de France 933 000 hl (-4 %). Les rouges génériques payent le plus lourd tribut, quand les blancs, les rosés d’IGP et les effervescents résistent mieux, en phase avec la tendance de fond à la recherche de vins plus légers. Le rosé pèse désormais plus de la moitié des volumes commercialisés en AOP régionale.

Mais derrière ce bilan global en baisse, certaines appellations affichent au contraire des courbes très dynamiques : Terrasses du Larzac progresse de 20,5 % en volume, Crémant de Limoux de 7,5 %, et l’IGP Haute Vallée de l’Aude bondit de plus de 31 %. Autant de cas d’école que le CIVL cite volontiers comme sources d’inspiration pour d’autres AOC en décroissance, preuve qu’un positionnement lisible, des styles affirmés et un travail fin des marchés peuvent encore créer de la croissance.

Côté valorisation, l’interprofession estime le chiffre d’affaires à près de 320 M€ pour les AOP du Languedoc et 270 M€ pour les IGP Sud de France en 2025. Les cours du vrac AOP et IGP progressent d’environ 1 %, et plusieurs segments tirent leur épingle du jeu : Crémant de Limoux, rouges d’AOP positionnés sur les gammes hautes, Picpoul de Pinet, ainsi que les IGP de territoire en rosé et blanc.

Pierre Bories, un négociant-vigneron combatif à la barre

À la tribune, le plan de route est porté par Pierre Bories, représentant du collège du négoce et nouvelle voix du CIVL. Installé à Montséret (Aude), au Château Ollieux Romanis, il a repris la propriété familiale au début des années 2000, l’a convertie en bio puis en biodynamie, et a structuré autour d’elle plusieurs domaines et un négoce sous la bannière « Artisans Partisans ».

Habitué des marchés internationaux, il affiche une ligne claire : faire progresser la part de marché des appellations du Languedoc en s’appuyant sur l’analyse fine des données économiques et sur une stratégie export assumée. L’homme ne minimise pas la conjoncture, mais refuse de se laisser tétaniser : « Le contexte international, les guerres, Trump… On sait que la traversée va se faire avec des grosses vagues et des tempêtes, mais on va y arriver », assume Pierre Bories, combatif, devant la salle.

Cette ambition se traduit aussi dans la présence collective à Wine Paris 2026 : 184 entreprises co-exposantes sous pavillon CIVL (contre 169 en 2025), pour environ 1 320 m² de surface, avec un panel qui va du petit stand de 5 m² aux espaces individuels de 16 m² et aux comptoirs collectifs AOP / IGP.

Cap Export, Terroirs & Millésimes et œnotourisme : la boîte à outils

Pour transformer l’essai, le CIVL met en avant un dispositif d’accompagnement très structuré. Le programme Cap Export, lancé en partenariat avec l’agence régionale Ad’Occ, a réuni plus de 60 entreprises en 2025 autour de sessions thématiques : fondamentaux de l’export, marketing culturel (« Sell Your Wine in English »), coaching individuel, outils de prospection, travail avec des agents commerciaux, ou encore focus pays sur le Québec avec, à la clé, l’accueil d’acheteurs et un voyage professionnel adossé à Terroirs & Millésimes.

Cap Export doit monter encore en puissance en 2026, avec l’idée de donner aux vignerons des clés de lecture de plus en plus fines des marchés, et de mieux cibler les pays où les AOP du Languedoc sont sous-représentées. Pour Pierre Bories : « c’est une condition de survie comme de conquête : parler la langue du client, mais aussi parler chiffres, marges, circuits, logistique ».

Terroirs & Millésimes, opération emblématique de l’interprofession, revient du 31 mai au 6 juin 2026 avec six jours d’immersion dans les appellations (Languedoc, Grés de Montpellier / Picpoul de Pinet, Faugères, Pic-Saint-Loup, Terrasses du Larzac). En plus de la trentaine de journalistes français et internationaux habituels, un groupe d’acheteurs sera cette année associé au dispositif, pour renforcer le lien direct entre vignoble et marchés.

En parallèle, le CIVL mise sur l’œnotourisme, présenté comme un axe majeur de différenciation. Là encore, Pierre Bories insiste sur le potentiel sous-exploité de la région :
 « On a un terrain de jeu à l’infini dans notre beau Languedoc, il faut jouer cette carte à fond », glisse-t-il, en évoquant la montée en gamme de l’accueil dans les domaines, les partenariats avec les acteurs du tourisme et la construction d’une destination « Languedoc » plus lisible pour le grand public.

Recherche, technique et adaptation au climat

Dernier pilier de la stratégie : un pôle technique interprofessionnel régional particulièrement actif. Au programme, le projet Divadocc pour identifier le matériel végétal le plus tolérant aux stress hydrique et thermique, la poursuite du déploiement des variétés Bouquet, la création d’un observatoire régional de la diversité végétale et un axe « pilotage de l’irrigation » pour mieux gérer la ressource en eau dans un contexte de sécheresses répétées.

Le CIVL a également lancé, à l’été 2025, le portail Viti-incendie pour accompagner les professionnels dans la gestion des conséquences quantitatives et qualitatives des feux sur leurs vins. Un portail plus large du pôle technique doit voir le jour en 2026, pour référencer projets, résultats de recherche et outils à destination des ODG et des entreprises.

Dans un paysage viticole mondial marqué par une production en baisse et des stocks qui se résorbent, le Languedoc veut croire que la fenêtre est là pour les vins de milieu et haut de gamme. Entre data, export, œnotourisme et innovation technique, le CIVL affiche une stratégie de long cours : redonner de la valeur aux AOP et IGP, sécuriser les entreprises, et continuer à faire du vignoble languedocien un terrain de jeu crédible pour les marchés internationaux comme pour les amateurs.