Le Château Latour, un des cinq premiers Grands Crus Classés 1855 dans le Médoc, vient d’annoncer aux professionnels son retrait du système de vente en primeur avec le négoce, une spécificité à Bordeaux respectée par l’ensemble des propriétaires, a-t-on appris lundi.

« A partir du millésime 2012 nos vins seront mis en marché au moment où nous estimerons qu’ils sont prêts à boire, et, non plus comme ces dernières années en primeurs », indique le directeur de Château Latour, Frédéric Engerer, dans une lettre envoyée vendredi aux courtiers et négociants bordelais.

Instauré dans les années 70 pour aider les propriétés à vendre leur vin, le système dit des primeurs permet aux maisons de négoce d’acheter et payer aux propriétés le vin près de deux ans avant leur mise sur le marché. Ce système permet aux propriétés d’être payées pour un produit non encore commercialisé et ainsi peuvent financer leurs récoltes suivantes. Mais depuis les envolées des prix dues à la spéculation, entre la vente en primeur et le prix du marché, Château Latour voit une marge substantielle lui échapper. Par exemple, un Château Latour 2008 en primeur s’est vendu 150 euros la bouteille alors que celle-ci se négocie aujourd’hui près de 800 euros auprès du consommateur.

« Leur décision est purement mercantile », estime un négociant. Mais Château Latour, propriété de l’industriel et collectionneur François Pinault, assure de son côté vouloir seulement « répondre à la demande des amateurs pour des vins prêts à boire » et « proposer ces millésimes sur une durée plus longue ». Dans sa lettre, le directeur du château, Frédéric Engerer, regrette qu’actuellement ses vins « soient malheureusement bus trop jeunes ».

Cette décision est « prise avec beaucoup de scepticisme », dit un courtier bordelais spécialisé dans les grands crus. « Le risque est que le marché se détourne de ce vin-là et se tourne vers d’autres premiers grands crus », estime-t-il.