Lundi 6 Juillet 2026
JB-Delerue
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Date
06.07.2026
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Noblesse oblige chez Lanson : quand d’autres cuvées spéciales multiplient les millésimes, la sortie de la Noble Champagne reste un événement rare, réservé aux années exceptionnelles dont la fraîcheur saura résister aux quinze ans de vieillissement imposés. Le chef de caves Hervé Dantan nous en dit plus sur les secrets de cette cuvée, à l’occasion de la sortie du millésime 2012 et d’une verticale consacrée aux plus belles éditions depuis le premier opus créé en 1979.
En 1979, il y avait dans la gamme un millésime, le classique, composé majoritairement de pinot noir et qui jouait davantage sur la richesse et la matière de ce cépage. Aujourd’hui encore, il est assez bodybuildé et explosif d’un point de vue aromatique. Quand la famille Lanson a voulu faire une cuvée de prestige, elle a pris le contrepied, en cherchant à faire quelque chose autour de la finesse du chardonnay mais complété par un petit pourcentage de pinot noir (30%). Il faut noter que cet assemblage était assez révolutionnaire par rapport aux cuvées spéciales de l’époque dont l’archétype était au contraire une construction autour de 60 % de pinot noir et 40 % de chardonnay, avec cette idée que le chardonnay devait toujours être au service du pinot noir. À l’époque, le chardonnay était en effet considéré comme moins noble, et n’avait pour rôle que de ramener de la verticalité. L’idée de Lanson était de créer un vin qui soit la quintessence du style de la Maison, en poussant tous les curseurs de la fraîcheur et de l’élégance. Ainsi, les chardonnays sont exclusivement issus des grands crus de la Côte des blancs. Ils sont associés à des pinots noirs de Verzenay, au Nord de la Montagne, plus « chardonnays comptatibles » au sens où ils sont vraiment dans la même définition de fraîcheur. Ajoutez à cela le blocage systématique des fermentations malolactiques et vous obtenez des champagnes qui ont une capacité de garde presqu’illimitée. De fait, nous ne les mettons sur le marché qu’au bout de quinze ans.
Le premier millésime est 1983. C’était la période où le marché du blanc de blancs se développait et cette cuvée a été le premier blanc de blancs de notre gamme avant même que nous ayons un blanc de blancs non vintage. Cela correspondait aussi à une envie chez nous pour Noble Champagne de pousser encore plus loin les curseurs de finesse et de fraîcheur. L’année était incroyable, avec un hiver et un printemps très pluvieux qui ont précédé un été très chaud. Un peu comme en 2018, les ressources en eau laissées par l’hiver ont permis d’avoir un fort rendement et d’éviter la surconcentration qu’aurait pu apporter cet été très solaire, en ramenant au contraire de l’élégance, tout en ayant une belle maturité. Cela explique peut-être aussi ce choix de faire en 1983 un Noble Champagne Blanc de blancs, en faisant l’impasse sur le Noble Champagne classique, car le pinot noir supporte moins bien les fortes charges et aurait sans doute donné des vins moins convaincants, avec des profils trop dilués.
Mon prédécesseur Jean-Paul Gandon me confiait que pour Victor Lanson c’était, par excellence, le millésime classique champenois. En effet, tout s’est passé à merveille, avec un hiver très froid, un printemps et un été sans aucun excès de quelque nature que ce soit, ni trop chauds, ni trop pluvieux. Tout ceci a favorisé une maturation lente et régulière, gage de finesse, qui a débouché sur une vendange plutôt tardive avec cependant une acidité qui n’était pas excessive. Il y avait ainsi juste ce qu’il fallait d’élégance et de matière pour faire un très grand millésime. Et aujourd’hui encore, lorsque l’on goûte 1979, le vin n'a pas pris une ride. Ce qui le caractérise, c’est d’abord cet univers de torréfaction, avec ces notes de café, de chocolat, de pain grillé, et ces agrumes confits qui ramènent cette fraîcheur toujours aussi vibrante.
J’aime particulièrement la trilogie 1988, 1989, 1990. Le millésime 1988, que nous avons servi sur une déclinaison terre préparée par le chef cuisinier Jérémy Galvan, se caractérise par ses notes de champignon, d’humus, de tabac, avec en bouche une minéralité saline liée à la dimension plutôt froide de l’année. 1989 au contraire est une année solaire. Le profil change du tout au tout. On part sur quelque chose de plus généreux, avec des fruits exotiques comme la mangue, les fruits de la passion, tout en ayant là aussi des notes d’évolution, mais plus gourmandes qui nous emmènent sur le brioché et le moka. L’avantage de Noble, avec le blocage des fermentations malolactiques notamment, c’est que l'on dispose de la vitalité nécessaire pour porter un tel millésime, ce qui évite de tomber dans la lourdeur. 1990 représente une forme de point d’équilibre entre les deux, associant à la fois la fraîcheur de 1988 et la richesse de 1989. Il constitue ainsi une sorte d’équation parfaite.
2012 pour Noble Champagne classique et 2008 pour Noble Champagne Blanc de blancs. 2012 a des similitudes avec 1990 au sens où on retrouve une association de richesse et de fraîcheur, même si cette dernière est encore plus marquée. C’est un millésime qui a été très compliqué. La vigne a subi une succession d’événements climatiques qui ont rendu la campagne particulièrement éprouvante. Le rendement a été entamé à la fois par le gel, la grêle, le mildiou et l’échaudage. Mais au final la maturation s’est déroulée dans de bonnes conditions. La période de canicule en juillet/août combinée à la faible charge, a amené une belle concentration au raisin, tandis que le retour à des températures plus fraîches en septembre a permis de conserver une belle acidité. C’est un peu comme si on avait obtenu un 2008 avec le même niveau de fraîcheur mais avec davantage de muscle et d’aromatique.
Noble Champagne 2008 classique a beaucoup plu aux voyageurs de première classe de la compagnie British Airways, ce qui a absorbé une grande partie du volume. Mais en réalité, ce décalage nous convient bien, parce que le chardonnay est par nature toujours plus tendu que le pinot noir, et si vous combinez à cela la fraîcheur et la minéralité de 2008, ainsi que le blocage des malos, ce supplément de vieillissement a permis de mieux équilibrer cette vivacité.
Les chardonnays sont en général issus d’Avize, Cramant, Mesnil-sur-Oger et Chouilly, mais avec des variations en fonction des caractéristiques du millésime. Dans les années chaudes, on renforcera la présence du Mesnil-sur-Oger qui est le plus tendu et le plus minéral des quatre. Dans les années froides, Chouilly, qui a plus de rondeur, sera la vedette. Enfin, dans les années classiques avec un profil intermédiaire, Avize, Cramant, et parfois Oger, dont les profils sont plus équilibrés, constitueront le cœur de l’assemblage.
Oui, avec un système d’allocation, afin de respecter quand même le patrimoine de la maison. Nos clients ont aussi la possibilité d'acheter une cave privée dans notre maison, pour y stocker leurs vins dans les meilleures conditions.

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