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Vin & Hip-Hop : comme une évidence

Le prieuré de Binson à l'heure du Hip-Hop

Le prieuré de Binson à l'heure du Hip-Hop ©Mika Boudot

Auteur

Michaël
Boudot

Date

25.06.2026

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Mardi soir, au Prieuré de Binson, à Châtillon-sur-Marne, la deuxième édition de Vin et Hip-Hop a fait dialoguer cuvées de légende et beats venus des États-Unis. Oxmo Puccino, Dilated Peoples et Sims face à des vignerons de légende. Sur le papier, un choc des cultures. Dans le verre comme sur la piste, une évidence.

Pour accueillir ce grand écart, il fallait un décor à la hauteur. Le Prieuré de Binson n'a pas été choisi au hasard : un ancien prieuré bénédictin fondé au milieu du XIe siècle, posé sur les hauteurs de Châtillon-sur-Marne, face à la Vallée de la Marne et à sa mer de vignes. Le domaine a été racheté en 2024 par l'entrepreneur Franck Deshayes — ancien élève des lieux — et ses associés Grégoire Mahieu et Maxime Mainguet, qui l'ont ressuscité au printemps 2025 en lieu événementiel

Le village a même donné un pape à l’histoire : Urbain II en 1088. La tradition veut qu'avant Rome, il ait été prieur ici même, à Binson. Neuf siècles plus tard, sous les mêmes voûtes, ce sont les basses du hip-hop qui résonnent. De la croisade au rap : peu de lieux assument un tel grand écart.

Loïc Lamy : ouvrir une table plus grande

Aux manettes, Loïc Lamy, du collectif Hautes Côtes. Sa conviction tient en deux phrases : le vin intimide, la musique rassemble. « Elle nous permet d'amener un public complètement nouveau. On veut être inclusifs, ne pas voir toujours les mêmes têtes, ouvrir une table plus grande. » 

Le projet est né à trois : sa compagne américaine Mélina, le vigneron Jérémy Seysses (Domaine Dujac) et lui. « On a grandi avec le hip-hop américain, c'est un pont évident avec la France. » Après la Bourgogne, Los Angeles en mars, la Champagne hier soir — et déjà des amis qui les appellent pour tenter l'aventure dans le Piémont. Delphine Frey l'a vu de ses yeux à l'édition de Los Angeles : « des gens pas amateurs de vin à la base s'y passionner grâce à cette fusion ». La preuve par l'exemple.

Trois noms sur la scène

Côté plateau, le hip-hop dans sa version mondiale. Oxmo Puccino, l'une des plus belles plumes du rap français. Dilated Peoples, légende West Coast venue tout droit de Los Angeles. Et l'Américain Sims. Une culture née de l'autre côté de l'Atlantique, qui n'a jamais cessé de voyager.

Deuxième édition de Vin & Hip-Hop ©Mika Boudot
Deuxième édition de Vin & Hip-Hop ©Mika Boudot
Deuxième édition de Vin & Hip-Hop ©Mika Boudot
Deuxième édition de Vin & Hip-Hop ©Mika Boudot
Deuxième édition de Vin & Hip-Hop ©Mika Boudot

Champagne : le grand écart assumé

Côté verres, le mélange est la règle. Des maisons proches de deux siècles d'histoire — Krug, Billecart-Salmon, Philipponnat — voisinent avec des vignerons d'exception : Elise Bougy, Adrien Dhondt-Grellet, Frederic Savart, Sophie Milesi, Étienne Calsac : un vrai mix 

Le pari, c'est que le champagne reste le héros de la soirée, quel que soit le tempo. Émilien Allouchery résume l'évidence : « Le champagne est un vin de célébration, le hip-hop et la pop des musiques de fête. Ça ne pouvait que matcher. » Pour Matthias Collard, gamin des quartiers entré dans l'univers très codifié du champagne, voir le rap s'inviter ici « met les larmes aux yeux » — une manière, dit-il, de moderniser les codes sans rien renier.

Le public suit. Anna, arrivée en Champagne il y a moins de vingt ans, repart avec un coup de cœur pour les vignerons, « notamment Étienne Calsac ». « C'est exactement ce dont la Champagne a besoin. » Et Juliette Petret résume l'alchimie du lieu : des champagnes de terroir d'un côté, le rap de l'autre, « une osmose totale » sous les voûtes du Prieuré de Binson.

Voilà le fil de la nuit. Pas une soirée  de plus mais une table élargie. Le Prieuré de Binson connaît désormais le hip-hop — et la Champagne se réinvente, elle vient de se trouver un nouveau public à travers le mix des cultures.