Jeudi 23 Juillet 2026
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23.07.2026
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Comme chaque année, les deux présidents du Syndicat général des vignerons et de l’Union des Maisons de Champagne se sont accordés sur le rendement qui aura le droit à l’appellation aux prochaines vendanges, en prenant en compte l’état du marché et des stocks. Celui-ci s’élèvera à 8800 kilos, soit encore en léger retrait par rapport à celui de 2025 qui s’élevait à 9000 kilos. Côté campagne viticole, même si certains évoquent les précédents de 1976 et 2003, la configuration climatique semble en réalité complètement inédite.
Les ventes de champagne ont connu une baisse importante depuis 2023, où elles atteignaient 300 millions de bouteilles, et 2025, où elles sont tombées à 266 millions. Aussi, malgré une légère reprise qui a permis d'atteindre 107,1 millions de cols au premier semestre 2026, soit une progression de 1,2 % par rapport à la même période en 2025, le rendement d’appellation a été fixé par le président de l'Union des Maisons de Champagne et le président du Syndicat général des vignerons à 8800 kilos. Il est ainsi en léger retrait par rapport à l’année dernière où il s'établissait à 9000 kilos, et très en retrait par rapport à 2024 où il atteignait 10.000 kilos. L’état des stocks actuels de la Champagne qui se situe à 4,8 années d’expéditions, alors que l’interprofession cherche à retomber à termes en dessous de 4 années, est l'autre grande motivation de cette décision. L’équilibre est subtil et peut vite basculer, car le temps de vieillissement moyen exigé par les élaborateurs de champagne tourne autour de trois ans, ce qui signifie que lorsqu’un vigneron ou une maison vend une bouteille de plus, il doit en mettre trois de plus en cave et inversement, lorsqu’il en vend une de moins, il en a trois de trop en stock.
Mais le rendement agronomique de la Champagne ne devrait de toute façon pas permettre d’aller beaucoup plus haut que ce rendement d’appellation, ce qui, même si cela ne fait pas partie des critères officiels de calcul, a sans doute facilité l’accord des deux parties. Le gel de printemps en entamant 38 % du potentiel de la récolte est en effet passé par là. Et désormais c’est la sécheresse qui menace la vendange. Maxime Toubart, le président du Syndicat général des vignerons, confie : « La situation est tendue, on attend de l’eau, on perd du potentiel de production chaque jour. Malgré tout, je suis surpris, j’ai vu des photos de vignobles du sud de la France où tout est sec. Chez nous, les vignes sont encore vertes. Bien sûr, certains endroits souffrent, là où il y a des sols peu profonds en particulier. Je reste pour ma part optimiste. On est passé de 10.000 kilos potentiels à 8000, on s’oriente vers 7500, mais quinze jours de pluie et cela peut vite remonter. Dans ces conditions, il est très difficile de faire des prévisions. » Le rendement agronomique dépend en effet de deux paramètres, le nombre de grappes et leur poids moyen. Aujourd’hui on connaît le nombre de grappes, mais il est très difficile d’estimer leur futur poids qui sera directement dépendant des pluies éventuelles à venir.
L'avantage de cette sécheresse, c'est que d’un point de vue sanitaire, l’état est quasi parfait, le mildiou est absent et l’oïdium marginal. Maxime Toubart insiste : « La vendange pourrait être belle en termes de qualité, même si, là encore, il est trop tôt pour s’exprimer. » D'autant que, comme le rappelle David Chatillon, le président de l’Union des Maisons de Champagne, le scénario est très atypique et offre peu de points de comparaison dans l’histoire de l'appellation pour se faire une idée du profil futur du vin. « On a tous en tête pour les plus anciens 1976, mais Sébastien Debuisson, le directeur du pôle technique du Comité Champagne, rappelait ce matin que cela avait été certes une grande sécheresse, mais que les températures ne dépassaient guère 32 degrés. Plus récemment, on a eu 2003, sauf que la canicule s’était produite en août, donc en fait très proche de la vendange, avec des conséquences qui n’ont donc rien à voir avec ce que l’on connaît aujourd’hui. » La date d'ouverture de la vendange fixée à ce jour est elle-même inédite, le 15 août, avec sans doute des premiers coups de sécateur dès le 10 août. Maxime Toubart conclut : « une seule chose est certaine, la sécheresse actuelle nous invite à nouveau à nous poser des questions sur l’adaptation au climat des modes de conduite de la vigne et des cépages. Les vignes semi larges apparaissent par exemple particulièrement intéressantes parce qu’elles nécessitent moins d’eau. »
Les origines de la légère embellie que connaissent les ventes de champagne interrogent évidemment. « Le moteur est clairement l’export, notamment l’Union européenne, ce qui n’est pas inintéressant » explique David Chatillon, avant de poursuivre : « la France continue par contre à baisser, mais ce n’est pas une surprise lorsque l’on voit l’environnement économique, politique et social. Le tourisme pourrait toutefois tirer les ventes sur ce marché. On verra à la fin de la saison, mais au printemps on disait que compte tenu de la situation géopolitique au Moyen-Orient, avec l’effet produit sur les compagnies aériennes, l’Asie pour l’Occident était moins une destination et que l’Europe en redevenait une pour les Européens et les Américains. »
En ce qui concerne les Etats-Unis, premier pays importateur, la consommation, sans être en progression, semble se maintenir. David Chatillon insiste : « sur ce marché, il faut rester centré sur les indices de consommation et non pas sur les expéditions dont on sait que les annonces de Trump sur les droits de douane produisent des fluctuations qui ne reflètent pas la réalité de cette consommation. » Le Japon résiste lui aussi plutôt bien. « Sur le plan touristique, c’est un pays qui explose, notamment auprès des touristes asiatiques, car le yen est très bas ce qui les attire… Mais le bon niveau de consommation de champagne là-bas n'est sans doute pas lié seulement à cela. » Le MERCOSUR est quant à lui un marché plein de promesses. « Suite à l’accord commercial conclu avec l’UE, les droits vont baisser et surtout beaucoup de barrières non tarifaires vont sauter. Or ce sont des civilisations du vin. Il n’y a pas tout ce travail d’appropriation, d’éducation à faire. » L’Australie reste aussi une valeur sûre. « On en a un peu moins parlé, car c’est moins spectaculaire, mais un accord commercial a été conclu entre l’UE et l’Australie, et les droits de douane qui étaient très peu élevés vont disparaître. »
Maxime Toubart, en est lui aussi convaincu, la baisse du rendement d’appellation ne doit pas être mal interprétée. On ne saurait l’associer à un recul des ambitions commerciales. « Notre objectif et notre modèle technique et économique restent fondés sur une Champagne à 300 millions de bouteilles, il n’est pas en dessous. » D’ailleurs, différentes initiatives ont déjà été prises pour accélérer la relance, comme la Champagne Week du 19 au 25 octobre à la rentrée prochaine qui remplacera le Champagne Day, ou encore ce grand rendez-vous prévu pour le 5 juin 2027, à Reims, au Parc de Champagne.
Les représentants de l’interprofession continuent par ailleurs leur travail de défense de l’appellation à travers le monde. Maxime Toubart et David Chatillon se sont ainsi rendus récemment en Inde, où ils ont scellé un accord avec le Thé Darjeeling, produit uniquement au pied de l’Himalaya et qui est protégé par une IGP. David Chatillon explique : « Cela ne change pas directement les choses quant à la reconnaissance du nom Champagne en Inde, cependant, c’est le signal que nous avons des alliés sur place pour défendre les IGP. Ce concept a beau être une évidence en Europe, il est ignoré par la plupart des pays du monde. Avoir des alliés de l’intérieur en Inde qui défendent cette cause globale auprès de leur propre gouvernement a beaucoup plus de poids, que lorsque c’est la France ou la Champagne qui viennent plaider. »
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