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[Vendanges 2026] De l’aval à l’amont, les vignobles ligériens accélèrent 

Vendangeurs du Centre-Loire ©Anatole Gonon

Auteur

Lucie
de Azcarate

Date

31.08.2026

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Le millésime 2026 marquera les mémoires par sa précocité et sa qualité. Dans la Loire, certaines appellations auront commencé et terminé leurs vendanges en août plutôt qu’en septembre. Ce décalage n’est pas neutre, c’est une nouvelle donne qui requiert d’accélérer pour préserver les équilibres des vins et les rendements. 

En juin dernier, en pleine canicule, Marlène et Romain Bussard du Domaine Montgilet en Anjou noir, tablaient sur un début de vendanges le 17 août. Les vagues de chaleur successives qui ont traversé la France pendant l’été, auront eu raison du pronostic : « Lorsque nous sommes revenus de vacances début août, les raisins évoluaient très vite, il fallait qu’on attaque sans trop attendre. Nous avons donc commencé un samedi, férié, le 15 août. C’est l’avantage de travailler en famille ! » À Reuilly, dans le Centre-Loire, les vendanges ont même commencé le 12 août pour les quelque 60 ha de pinots gris. Mais ce sont les crémants qui détiennent le record de précocité. Tributaires de la méthode traditionnelle, il ne faut pas que le degré potentiel des raisins dépasse les 12 %, si bien que dès le 10 août dernier, des équipes de vendangeurs étaient déjà à pied d’œuvre dans les vignobles d’Anjou-Saumur. Les records de précocité passés, les vendanges dans le vignoble ligérien devraient continuer jusqu’à la mi-septembre, voire jusqu’à la fin octobre pour les moelleux et liquoreux. Ces prolongations illustrent à merveille la variété des terroirs et des cépages qui bordent le fleuve le plus long de France.

Vendanges au Domaine Montgilet, vignoble biologique en Anjou ©DR
Vendanges au Domaine Montgilet, vignoble biologique en Anjou ©DR
Surveillance de l'évolution de la fermentation au Domaine Montgilet, vignoble biologique en Anjou ©DR
Vendanges au Domaine Montgilet, vignoble biologique en Anjou ©DR

Les constantes du millésime : belle qualité, quantités limitées

Que les raisins soient ramassés avant la mi-août ou en passe d’être récoltés, tous sont exempts de pression fongique. La chaleur du printemps et de l’été favorise un état sanitaire irréprochable : « Il n’y a pas un grain pourri qui arrive en cave, remarque Fabrice Doucet, directeur et œnologue conseil du CEPS SICAVAC (Centre d’Expérimentation de Production et de Sélection du service interprofessionnel de conseil agronomique, de vinification et d’analyse du Centre). Sur toute la saison, la pression fongique a été nulle, si bien que les travaux à la vigne ont été plutôt confortables ».

Vendanges en Centre-Loire ©Anatole Gonon

Revers de la médaille, la sécheresse ampute les rendements. Alors que la fleur, conditionnée par le millésime précédent, promettait une récolte abondante : « Nous avions une très belle sortie de grappes par rapport aux années précédentes, elles étaient belles et en quantité, se remémore Agathe Renault, responsable d’exploitation au Château de l’Hyvernière dans le Muscadet. Ensuite les vignes ont souffert du manque d’eau ».

Sur les rives de la Loire, tout le monde s’accorde sur la qualité du millésime et l’état sanitaire irréprochable des raisins. Il faut néanmoins en payer le prix avec des rendements limités, c’est la rançon des canicules successives.

La disparité des situations

À ce jour, impossible de donner une estimation globale de la perte de récolte due à la sécheresse d’autant que les situations sont disparates. Seul le Muscadet, avec une situation homogène entre les différentes exploitations et terroirs, peut déjà faire part d’un chiffre. Dans le Pays nantais, les vendanges ont débuté dans la précipitation : « nous avons commencé nos contrôles de maturité le 10 août et le soir même, avec nos premières analyses sur l’ensemble des parcelles témoins du vignoble, nous nous sommes rendu compte qu’il fallait démarrer sans attendre » se remémore François Robin, délégué à la communication de la Fédération des Vins de Nantes. Commencées dès le 11, elles sont déjà finies et on déplore environ 20 % de perte par rapport au potentiel initial : « sur nos parcelles où on avait un rendement possible à 50 hl/ha, par exemple, nous sommes plus proches de 40 ou de 30 » corrobore Agathe Renault qui terminera de récolter les vins de pays du secteur dans le courant de la semaine. 

Pour le Centre-Loire, François Bouteille se réjouit que les « feuillages soient encore verts ». Même si les jeunes ceps souffrent davantage et les pieds de vigne, tout juste plantés, accusent de nombreuses pertes. De plus, les ressources en eau ne sont pas les mêmes selon les situations. Si les appellations Sancerre et Pouilly-Fumé ont bénéficié d’orages après le 14 juillet, avec un apport de 40 à 50 mm, Menetou-Salon n’a pas reçu d’eau pendant l’été. À Reuilly, les intempéries ont été moins clémentes avec de la grêle qui a amenuisé le potentiel de production.

Outre les conséquences de la sécheresse sur les rendements, l’exposition des grappes au soleil peut entraîner un phénomène de grillure. Certains cépages sont plus sujets à ces « coups de soleil », comme les chenins. La famille Lebreton du Domaine Montgilet semble avoir trouvé la parade en renonçant à effeuiller les vignes, même si le résultat conduit à une plus grande hétérogénéité des maturités au sein des parcelles : « sur les grappes les plus protégées du soleil, quelques raisins sont encore un peu verts, tandis que du côté le plus exposé, certaines baies commencent à flétrir avec un début de passerillage. Ce n’est pas une situation inédite, mais elle est certainement exacerbée par le millésime » observe Romain Bussard.

Les vendanges s’organisent selon la précocité des cépages. Melon de Bourgogne, pinot gris et chardonnay sont ramassés en premier. Dans le Centre-Loire, l’essentiel des pinots noirs a été récolté, le sauvignon blanc suit. Surtout ces conditions de chaleur imposent aux vignerons de surveiller la progression des maturités comme le lait sur le feu. Ils doivent être prêts à de brusques accélérations pour éviter de ramasser des grains trop mûrs. 

La leçon d’un millésime précoce : se hâter

« Nous avons du mal à intégrer que nous avons vendangé au mois d’août. Les journées sont plus longues et plus chaudes qu’en septembre, le soleil est plus haut. Si bien que nous avons sous-estimé les vitesses de maturation parce que nous n’avons pas pris en compte des périodes d’ensoleillement plus longues et la chaleur emmagasinée qui est restituée la nuit » remarque Fabrice Doucet. Des vendanges en été, signifient donc une accélération de la maturation et un bouleversement des repères : « Nous avons eu rapidement des sauvignons blancs ou des chardonnays qui étaient aux alentours de 13,5 %, voire 14 %. Mais quand on dégustait, les pellicules étaient encore très épaisses, au niveau œnologique, les raisins n’étaient pas forcément prêts » témoigne Romain Bussard. De fait, il faut gérer des décalages exacerbés entre le potentiel alcoolique (maturité technologique) et la maturité phénolique. « On ne savait pas comment traiter ces jus-là. Mais ce qui est fou c’est que malgré des degrés potentiels très élevés, nous avons conservé de belles acidités qui laissent espérer de belles finales », ajoute-t-il.

Désormais, nous sommes prévenus. Des vendanges en août ne représentent pas seulement un retour de vacances prématuré, elles sont synonymes d’accélération. « Nous n’avons pas les mêmes cinétiques. Quand on vendange en septembre, on peut parfois se permettre de pousser les maturités en comptant sur une belle arrière-saison, tandis que la chaleur d’août nous presse » conclut Agathe Renault.

Vendangeurs en Centre-Loire ©Anatole Gonon