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[Vendanges 2026] En Champagne, des degrés problématiques ?

Auteur

Claire
Amadei

Date

24.08.2026

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Jamais les vendanges ont débuté aussi tôt en Champagne. Dès le 6 août les premiers coups d’épinette ont été donnés dans l’Aube. Une précocité exceptionnelle qui présente surtout une particularité cette année, tous cépages et terroirs confondus : la haute teneur en sucre des raisins. Et, avec elle, des potentiels de degré alcoolique particulièrement élevés qui inquiètent.

Cette année, les vendanges ont pris tout le monde de vitesse et le millésime 2026 restera comme celui d’une précocité exceptionnelle. Les dates officielles fixées par le Comité Champagne (CIVC) s’échelonnent du 8 au 22 août selon les communes et les cépages. À Montgueux, dans l’Aube, des raisins ont même été récoltés dès le 6 août, sur dérogation. Une situation totalement inédite, conséquence notamment d’un cycle végétatif très en avance et d’une maturation accélérée par les fortes chaleurs.

Maturité à toute vitesse et rendements faibles

Nathalie Sélèque, exploitante-récoltante et propriétaire du domaine familial Champagne Jean Sélèque, à Pierry (Premier Cru), près d'Épernay a pu le constater dans ses parcelles : « C’est une année très particulière, nous n’étions pas vraiment préparés à un début de vendanges si précoce. Il manque des vendangeurs pour la récolte. Les raisins sont mûrs très tôt. Avec une légère différence pour nos parcelles en vieilles vignes où la maturité est moins précoce. L’état sanitaire global est vraiment excellent ».

Nathalie Sélèque dans ses vignes ©DR

Chardonnay, pinot noir, meunier, coteaux de l’Aube, Vallée de la Marne ou Côte des Blancs : partout, ou presque, les analyses témoignent de maturités avancées. Dans les rangs des vignes, on observe parfois un peu de millerandage, certaines grappes sont échaudées. Les rendements sont moindres également, en raison des épisodes de gel successifs (mars et avril). Les gelées ont en effet détruit environ 40 % des bourgeons de l'ensemble de l'appellation. Combinées au stress hydrique qu’a fait peser la canicule sur les vignes, les rendements s’avèrent bien inférieurs à l’an dernier. Les premiers chiffres donnent 6500kg/ha près d’Épernay, et une moyenne de 5500 kg/ha en Côte des Bars. Pour Manuel Henon, directeur général du champagne Chassenay d’Arce, « ces chiffres devraient remonter car les parcelles qui mûrissent le plus vite et que l'on cueille en premier sont en général celles où les rendements sont les plus faibles. Les approvisionnements de ces derniers jours proviennent de parcelles où les rendements sont plus importants et cela devrait faire remonter le rendement moyen à 6600 kg/ha ».

Sur les côteaux sud d’Épernay, Julien Chopin, le président de la coopérative vinicole de Monthelon-Morangis, constate lui aussi une campagne singulière : « L’annonce des bans des vendanges au 12 août a un peu chamboulé le modèle champenois. Tous les cépages sont ouverts en même temps, quasiment. Il a fallu nous adapter rapidement. Nous avons commencé par rentrer les chardonnays au pressoir, alors que d’habitude nous commençons toujours par les meuniers. Une décision qui s’explique par des analyses qui donnent des taux de sucre entre 11,25 et 12,65. Les chardonnays ne pouvaient plus attendre. Ce que l’on constate également, c’est qu’il y a moins de rendement. Avec des poids de grappes très acceptables, on a tout de même moins de jus que les années précédentes. Le temps de presse est impacté, il est plus long » explique-t-il.

Des potentiels alcooliques qui atteignent des sommets

Taux de sucre potentiels alcooliques sont partout relativement élevés. À l’Institut Œnologique de Champagne, Sébastien Goulard, œnologue conseil du laboratoire de Mardeuil, avance des chiffres pouvant atteindre 14 degrés. Ailleurs, d’autres ont pu faire état, notamment dans le Sézannais, de 15 degrés potentiels. Une teneur en sucre élevée n’est évidemment pas synonyme, à elle seule, de problème qualitatif, toutefois, le potentiel alcoolique est directement lié à cette concentration en sucres. Or, le cahier des charges champenois est strict. Il fixe un plafond de degré alcoolique à 13 % de volume d’alcool après la prise de mousse. Au-delà, il est impossible de commercialiser sous l’appellation Champagne. Le sujet devient donc réglementaire, et quelque peu acrobatique quand on sait que le processus de fermentation et de prise de mousse rajoute jusqu’à 1,2 degré d’alcool supplémentaire !

En termes d’acidité, autre point d’inquiétude, Sébastien Goulard relève qu’« au regard des degrés, elle est tout de même pas mal pour ce qui est des prélèvements faits dans les cuvées. En revanche, les acidités relevées dans les tailles sont faibles. Nous sommes à quatre et demi d’acidité en moyenne, pour un PH qui se situe à 3,10 ou 3,15. Les équilibres sont certes riches mais nous ne sommes pas sur quelque chose qui serait complètement à plat en termes d’aromatiques ». Les niveaux d'acidité sont en effet cruciaux : ils garantissent la fraîcheur, le potentiel de garde et l'équilibre du champagne.

Manon Lefevre, œnologue chez champagne Vincent d’Astrée, la coopérative de Pierry, partage cette position. Elle ajoute que le profil aromatique des moûts est rassurant : « avec des baies plus petites et la peau plus épaisse, on pouvait s’attendre à des goûts végétaux très présents, mais la bascule aromatique s’est bien faite. Ensuite, cette année il va falloir prendre des notes et réfléchir aux améliorations à apporter pour les années à venir ! ».

Pressoir champagne Vincent d'Astrée, coopérative de Pierry ©DR

Quels leviers ?

Alors, comment vinifier lorsque la matière première entre en cave avec un potentiel alcoolique aussi élevé et des acidités relativement basses ?

« Tirer des millions de bouteille avec un départ à 13 degrés, ça peut inquiéter beaucoup. Mais il ne faut pas s’affoler pour autant car les degrés commencent à chuter un peu : dans ma cuverie je vois arriver des meuniers qui sont moins forts en degrés et ma moyenne redescend. On va aussi utiliser les vins de réserve. C’est comme au tennis, il faut attendre la balle de match ! Les vendanges ne sont pas encore finies » rappelle Sébastien Walasiak, le Chef de Cave de Champagne Collet (COGEVI).

Chez Chassenay d’Arce, Manuel Henon évoque un autre recours : « Pour contrer la chute des acidités, nous avons, avec Romain Aubriot, notre chef de caves, la solution de retravailler en endogène. Nous faisons notre propre crème de tartre et cela nous permet de pouvoir agir directement sur l’équilibre des vins en garantissant la qualité sans recours exogène ».

De telles maturités et potentiels alcooliques interpellent donc aujourd’hui vignerons et œnologues, qui pressentent que la problématique persistera dans les années à venir. Aussi, le millésime 2026 représente, pour toute la Champagne, une année test.