Jean Merlaut, propriétaire – entre autres – du château Gruaud Larose, grand cru classé 1855 (AOC Saint-Julien), prend le contrôle de la marque d’eau minérale Abatilles, dont la source se trouve à Arcachon (Gironde).

La source des Abatilles, ou plutôt la société qui en assure l’exploitation, vient de changer de mains. Aux côtés d’associés, Jean Merlaut, qui est entre autres le principal propriétaire du célèbre cru médocain Gruaud Larose, vient d’acquérir 70 % des actions. Roger Padois, qui a énormément contribué, depuis quatre ans, au renouveau de l’entreprise et de la marque, en garde pour sa part 30 %.

Les Abatilles appartenaient jusqu’à 2008 au puissant groupe Nestlé, par ailleurs propriétaire entre autres de Perrier. Le géant n’avait pas donné à sa petite filiale tous les moyens nécessaires pour se développer, si bien que ses ventes s’étaient tassées, et qu’elle perdait plusieurs centaines de milliers d’euros par an. D’où sa décision de la mettre en vente.

Roger Padois en était alors devenu copropriétaire à 50/50 avec Olivier Bertrand, homme d’affaires présent entre autres dans des segments très divers de la restauration, comme la célèbre brasserie parisienne Lipp, et plusieurs fast-foods franchisés Quick.

Le redressement

Sous l’impulsion de ce nouveau tandem, dans lequel la direction opérationnelle était assurée par Roger Padois, natif d’Arcachon, les Abatilles ont connu une nouvelle jeunesse, qui s’est traduite par une forte hausse de ses ventes. Deux décisions stratégiques ont entre autres joué un rôle clé. D’une part, l’entreprise a choisi des bouteilles similaires à celles qui servent de contenant au bordeaux, ce qui a souligné son identité girondine. D’autre part, elle a relancé une version gazeuse, qui avait été expérimentée il y a quelques décennies avant d’être abandonnée. Dans le même temps, elle a créé la marque Source des pins, pour son eau de source naturelle, issue d’un forage voisin, et qui a elle aussi reçu un bon accueil.

Après cette belle étape, Olivier Bertrand souhaitait opérer un recentrage dans ses affaires, tandis que Roger Padois, qui fêtera bientôt ses 65 ans, envisageait de prendre une relative distance. Du coup, l’entreprise, qui emploie 23 salariés, a été discrètement mise sur le marché. Et Jean Merlaut, associé notamment à Hervé Maudet, qui en est devenu le directeur général, en a fait l’acquisition, non sans que d’autres candidats se soient, semble-t-il, manifestés.

Le goût de l’eau

Appartenant à une famille particulièrement présente dans le négoce viticole et la production de grands vins, Jean Merlaut est lui-même le principal propriétaire de Gruaud Larose. Il est actionnaire de Camensac, autre cru médocain, et possède le château Dudon à Baurech. Et il exerce par ailleurs une activité de négoce.

Mais le nouveau maître des Abatilles, qui est par ailleurs maire de Baurech, n’a pas attendu d’acheter la source arcachonnaise pour s’intéresser de très près à l’eau. Dans la foulée de ses activités municipales, il a ainsi été président d’un syndicat intercommunal d’alimentation en eau potable. Et il est partie prenante d’une association, Jardins du monde, qui a entre autres foré des puits au Burkina Faso.

Jean Merlaut dit notamment avoir été séduit par la très grande qualité de l’eau des Abatilles, et admiratif du travail accompli par ses deux prédécesseurs. Il fait valoir également que les Abatilles font partie du patrimoine régional. Un patrimoine auquel il n’est pas insensible dans son activité viticole. De concert avec Georges Pauly, autre figure de l’appellation médocaine Saint-Julien – celle de Gruaud Larose -, il a ainsi racheté il y a quelques années le vignoble de Malagar, qui avait naguère appartenu à l’écrivain François Mauriac.

Bernard Broustet