Mardi 10 Février 2026
Fresque la vigne n'est pas le passé elle est l'avenir-Prix de la Persévérance-Alix Chacun Callen & Maël Gauthier BTS 2 ©MichelSarrazin
Auteur
Date
10.02.2026
Partager
Lors d’un hackathon viticole, les lycéens et étudiants du lycée viticole de La Tour Blanche ont présenté des projets innovants pour dynamiser la filière : fresques artistiques, nouvelles boissons pour les jeunes et reconversion d’un château en lieu d’exception. Cette occasion de faire parler leur esprit entrepreneurial a produit une effervescence d’idées qui a réjoui tous les acteurs de cet événement.
L’annonce des résultats de cet hackaton se déroulait au Château Yquem et était animée par Gabriel Bran Lopez, le fondateur de Fusion Jeunesse qui soutenait ce projet. Mélanie Chenard, la Proviseure du lycée viticole de La Tour Blanche décrit le panel des participants : « Quarante étudiants se sont prêtés au jeu des défis, sur la base du volontariat. L’objectif principal est de cultiver et de développer leur esprit d’entreprise en les faisant travailler sur des défis concrets, ancrés dans des problématiques professionnelles. C’est un bel engagement. » Trois défis étaient proposés :

Le cahier des charges était ambitieux : « Qu’est-ce que le raisin permet encore de créer aujourd’hui et demain ? Peut-on changer le regard sur la vigne et montrer qu’elle est une ressource d’avenir, bien au-delà de la bouteille ? » Le style des six fresques présentées fut très varié, tant par les matériaux mis en œuvre que par le message qu’elles véhiculaient. Un prix coup de cœur a été décerné à Louanne Clipet, Diane Danonville, Justine Dufort et Lisa Chaumont, en BTS 2, pour un triptyque intitulé « De l’or dans les mains », réalisé à base de lies de vin. La fresque relie la biodiversité, les métiers, les spiritueux, la nourriture, la cosmétique ainsi que les possibilités futures du raisin, et célèbre la transformation du raisin et son potentiel infini à travers une approche poétique et artistique.

La consigne était d’ « imaginer la boisson qui parlera à la génération Z : vin, jus, pétillant sans alcool, infusion, spiritueux. Cette boisson devra être en lien avec la viticulture et respecter l’image d’excellence et de qualité portée par le Château La Tour Blanche. » Un défi risqué, car les jeunes, avec leurs codes décalés, auraient pu proposer un produit qui ne correspond pas à l’image d’excellence portée par La Tour Blanche, 1er grand cru classé en 1855. Pourtant, ils ont osé ! Kylian Alonso, Grégoire Lacroix, Thomas Vignes et Gabin Pinto, en BTS 1, ont proposé le kombucha de La Tour Blanche, en canette, et ont remporté le prix. Miguel Aguirre, le directeur de la Tour Blanche ne s’en est pas ému : « il y a quelque chose qui, au fond de moi, m’interpelle un peu en me disant est-ce que l’avenir, c’est vraiment une sorte d’un soda copié ou quelque chose sans alcool ? Il y a une surprise là, qui va peut-être à l’encontre même de ce que moi je pense. Mais il faut écouter cette parole-là et il faut qu’on la traduise d’une certaine façon. Et pour être totalement honnête, le kombucha, je n’avais pas encore entendu parler. Ce qui m’a plu dans l’approche du kombucha, c’est qu’il y a quand même une notion de fermentation et de travail ». Miguel sera attentif à respecter d’une certaine manière l’engagement du lycée. Une expérimentation ? A partir des 2 ha de vignes du château mis à la disposition des jeunes ? À suivre.

La règle était alléchante : les jeunes avaient carte blanche pour réinventer l’avenir d’un site viticole réel et transformer une exploitation en un lieu utile, innovant et durable. Le château Yquem avait accepté, non sans risques, d’être cette exploitation ! Louis Bluck, Nello Bourige, Lilian Franquet et Lukas Menkarska, en BTS 2, ont remporté le prix en proposant le projet Sau-thermes. Le projet se distingue par une approche immersive et pédagogique centrée sur la viticulture et un spa quatre saisons, plutôt que d’être une simple réplique de concepts existants. Le spa serait situé sur la source d’eau originelle du château, avec une fontaine centrale comme point d’entrée, et le parcours serait rythmé par les quatre saisons de la vigne, permettant aux visiteurs d’apprendre le cycle de la viticulture. Un projet qui a pu paraître évident pour un public séduit, car c’est une dimension œnotouristique qu’Yquem n’a pas choisi de développer en restant exclusivement centré sur le vin. Mais l’évidence peut être légitimement discutée. Et lorsqu’on demande à Lorenzo Pasquini, le directeur général du 1er cru supérieur, si ce projet l’inspire, il répond : « Je reste sensible à cet état d’esprit qui consiste à être capable de réfléchir un peu en dehors des codes. Voir cette manière de penser sans barrière nous bouscule, et c’est intéressant. Ça nous amène quelques idées un peu "out of the box", et c’est toujours source d’inspiration. »
La remise des récompenses (bouteilles d’Yquem ou voyage au Québec, où se trouve la base administrative de Fusion Jeunesse) a été l’occasion de tirer des enseignements.
Pour Mélanie Chenard, cet hackathon « a favorisé l’esprit d’entreprise, la prise d’initiative et la confiance en soi chez les futurs professionnels de la vigne. » Dans un discours vivant et très écouté, Jean-Louis Nembrini, vice-président du Conseil Régional de Nouvelle-Aquitaine (et ancien recteur de l’académie de Bordeaux), a opposé cette réunion, « où la parole est donnée aux jeunes, à d’autres instances décisionnelles composées uniquement d’“experts” et de “sachants” qui planifient l’avenir sans inclure la jeunesse. » Il a souligné « le changement positif observé sur le territoire en dix ans, passant d’une vision sombre à une perspective d’avenir optimiste portée par les nouvelles générations. » Et d’insister sur l’importance « d’un “désordre créatif” ». Le représentant du recteur s’est dit « impressionné par la qualité des restitutions, qui honorent le patrimoine et les racines du passé tout en se projetant résolument vers un avenir radieux », aidées en cela « par des valeurs transmises et mises en avant par les jeunes : travail, qualité, écologie, durabilité et innovation. » Il a qualifié le format de cet hackathon « d’original, tout en favorisant l’innovation, la réflexion collective et l’émulation », ce qui n’a pas échappé à Myriam Huet, directrice de l’Agrocampus. Forte de ce succès, elle voit « un développement possible de ce format dans les autres Agrocampus de France » : à juste titre.

Articles liés