Photo : Willy Kiezer
Photo : Willy Kiezer

Le 29 octobre a démarré la toute première étude pour mesurer l’exposition de la population en zone viticole face aux produits phytosanitaires. Baptisée PestiRiv, l’étude est menée par Santé Publique France et l’ANSES et se déroulera en deux phases bien distinctes.

Pression immobilière, implantation historique ou pas, la vigne est souvent à proximité de zones d’habitation, occasionnant des débats souvent houleux entre habitants et viticulteurs lors des traitements, même en agriculture biologique. PestiRiv arrive donc en arbitre, afin de mesurer officiellement la dangerosité de l’exposition à une cinquantaine de molécules (glyphosate, folpel), mais les professionnels, qui une fois de plus n’ont pas été consultés sur la méthodologie, restent perplexes.

C’est la toute première fois qu’est réalisée en France une étude de cette importance. Surtout quand cette dernière est financée et menée par des institutions comme Santé Publique France et L’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation (ANSES), en charge de la veille et de la sécurité sanitaire. Pour rappel, PestiRiv est inscrite dans le plan Ecophyto 2+, ayant lui même pour objectif de réduire l’usage, les risques et l’impact des produits phytosanitaires.

PestiRiv a donc pour enjeu de connaître les différences entre l’exposition aux pesticides des personnes vivant à proximité des vignes et de celles vivant plus loin, dans un contexte d’inquiétude toujours plus fort envers les produits utilisés. Préalablement, entre octobre et décembre 2021, une première étape avait été initiée dans quatre communes des régions Nouvelle-Aquitaine et Grand Est. Étape qui a consisté à s’assurer de l’implication et de l’intérêt. L’ANSES et Santé Publique France avait alors testé la méthodologie, l’adhésion des riverains et a permis de mieux comprendre les attentes des participants afin d’améliorer son déroulement à l’échelle nationale.

Jamais une étude sur les pesticides menée par les pouvoirs publics aura englobé autant de régions, et pas uniquement celles à qui l’on reproche souvent une utilisation massive de produits de synthèse. Parmi elles, l’Occitanie, le Grand Est, la Nouvelle-Aquitaine, la Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’Auvergne-Rhône-Alpes et la Bourgogne-Franche-Comté où vivent les participants répartis dans les 250 zones d’études choisies pour PestiRiv. Concernant le choix des participants dans les zones choisies, ce ne sont pas moins de 3350 personnes dont enfants, adultes et personnes âgées (de 3 à 79 ans) qui ont été préalablement tirées au sort. Elles ont été sélectionnées dans deux zones bien distinctes afin de mesurer les différences d’expositions aux produits phytosanitaires. La première dans les zones viticoles, à moins de 500 mètres de vignes cultivées, et la deuxième, hors zones viticoles et à plus d’ un kilomètre de toutes cultures.

Deux zones bien distinctes pour deux périodes de l’année

PestiRiv analysera une première période entre octobre 2021 et février 2022 lorsque les traitements sont le moins fréquents et une seconde lorsque les traitements sont au contraire les plus fréquents, de mars 2022 à août 2022. Durant ces dernières, l’exposition sera mesurée avec l’aide d’analyses à la fois sur et chez les personnes concernées (urines, cheveux, poussières, jardin) et bien-sûr dans l’environnement (air extérieur dans et hors zones viticoles).

Pour compléter les mesures seront accompagnées d’analyses supplémentaires, à l’aide de questionnaires permettant d’analyser le quotidien des participants, de descriptions des conditions météorologiques, d’analyses du contexte agricole (pression des maladies) et des données de surveillance nationale de l’eau. Attendus en 2024, les résultats de plusieurs millions d’échantillons permettront enfin une analyse cohérente et pertinente de l’exposition des riverains aux nombreux pesticides de synthèse utilisés. Mais cette étude oublie les premiers concernés, les viticulteurs, et on se demande pourquoi. Hors la filière est entièrement mobilisée vers l’amélioration de ses pratiques, depuis la culture de la vigne jusqu’à l’expédition de ses flacons. Les différents labels de production respectueuse de l’environnement (dont l’environnement humain) connaissent tous des progressions sans précédent. Comment se fait-il que les professionnels soient exclus de cette réflexion par des institutions sensées travailler avec eux ? Ne se prive t’on pas d’un point de vue et de données essentielles ?