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Saint-Emilion : des vins pour spéculer ou à consommer ?

Auteur

La
rédaction

Date

13.09.2012

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Suite à la promulgation du nouveau classement de Saint-Emilion et aux premières contestations qui n’ont pas tardé à se soulever, le négociant Benoît Ricaud-Dussarget (Le Monde des Crus) dresse un état des lieux du marché, entre effets vertueux et effets pervers.

Le classement de Saint-Emilion que certains disaient consensuel soulève les premières contestations. Au fond, est-il bien utile ?

Saint-Emilion est une référence très importante. Partout dans le monde cela fait « tilt » chez les consommateurs. Cette appellation a eu le courage de faire un classement : en Gironde, les Médoc ou les vins de Pessac ne le font pas. Oui, il y a un effet vertueux. Cela crée une véritable dynamique. On le voit : qualitativement, on arrive à obtenir des vins remarquables. C’est un classement cohérent même si j’ai quelques regrets pour certains. Globalement, il consacre beaucoup de travail et d’efforts consentis. Mais il a également des effets pervers.

Lesquels ?
Il y a un effet grâce et disgrâce. Ceux qui n’accèdent pas au classement se retrouvent dans une situation économique compliquée. Un vin qui sortait à 20 euros au tarif négociant repart entre 8 et 10 euros. Cela met en péril l’économie d’une exploitation. C’est une perte colossale. Or, la qualité n’a pas baissé de moitié. L’autre effet pervers est à rechercher chez les promus. Il y a souvent inflation des prix et certains deviennent proprement inabordables. Débute alors une course à l’armement pour arriver tout en haut du classement.

Cela se vérifie-t-il déjà ?
Dès la publication de la liste, j’ai reçu des commandes d’Angélus et de Pavie (NDLR : ces deux châteaux ont été promus Premiers Grands Crus Classés A, rejoignant Cheval Blanc et Ausone). Les prix s’embrasent. Vous verrez que pour certains promus les bouteilles passeront de 8 ou 12 euros à 18 euros… pour le même travail. Plus le prix monte, plus on se coupe du gros de notre clientèle. Il faut se poser la question : qui boit ces vins ? Pour qui les fabrique-t-on ? Depuis quelques années c’est le marché chinois qui capte le très haut de gamme quand nos marché traditionnels (Europe du nord) se tarissent. Résultat, nous sommes fragiles, si la mode du vin passe en Chine… C’est une situation potentiellement inquiétante.

C’est le revers de la course à l’excellence ?
Le problème c’est que nous avons acquis l’image du cadeau, pas celle de la consommation. Nous sommes désormais sur un marché spéculatif. Le prix de la terre va s’embraser. Seuls les grands groupes investiront. C’est un peu de la cavalerie et l’on s’aveugle dans une bulle en occultant une réalité intangible : le vin est fait pour être bu. Car la réalité du marché est assez simple : les consommateurs avertis cherchent des vins de qualité à un coût convenable.

Propos recueillis par Xavier Sota.