Chenin blanc à Montlouis (photos I. Bachelard)
Chenin blanc à Montlouis (photos I. Bachelard)

Dans la vallée de la Loire, chacun vendange à son rythme depuis la mi-septembre. Partout le volume est réduit mais tout le monde s’accorde à voir de la qualité dans le raisin. On reste optimiste.

Toujours précoce, le Muscadet, à l’extrême ouest de la Vallée de Loire, proche le l’Océan a pratiquement terminé ses vendanges aux derniers jours de septembre, d’autant plus que la récolte est très réduite à la suite du gel de printemps. François Robin, délégué à la Fédération des Vins de Nantes annonce des rendements minuscules, de l’ordre de 15 hl/ha, c’est-à-dire moins que la pire année de mémoire d’homme, 1991, qui avait atteint 18 hl/ha. Mais l’état sanitaire était parfait, grâce à un climat idéal de mi-aout aux vendanges, sec et ventilé, avec des nuits fraîches. « Le moral est revenu devant la qualité, les vignerons avaient eu le temps de « digérer » le gel et ils étaient prêts » précise-t-il.

Un style classique en Centre Loire

A l’autre extrémité de la Loire, au pays du sauvignon, Katia Mauroy, président de Pouilly-Fumé avoue qu’à ce stade la quantité est très difficile à estimer, car l’attaque du gel est très hétérogène, même au sein d’une même parcelle. Elle constate que ce sont des endroits habituellement peu gélifs qui ont souffert cette année mais reste optimiste car « ce qui est ramassé est bon, un millésime classique, mûri au soleil de septembre, avec des acidités agréables et des degrés qui ne montent pas trop ». Même conclusion pour Edouard Mognetti, le directeur de l’interprofession du Centre Loire, qui regroupe toutes appellations autour de Sancerre : « Ce qu’on vendange est bon, les rouges aussi sont intéressants. Cette année, les vignerons doivent réfléchir et repenser leur façon de travailler, ne pas appliquer les règles par habitude, car la maturité des parcelles varie. Il leur faut vraiment observer et écouter le raisin ». La moyenne sera autour de 10 hl/ha.

Optimisme sur la qualité

« Le gel cela va être -70%, mais pour la qualité, je suis optimiste » déclarait Damien Moyer, vigneron à Montlouis, à la veille des vendanges avant d’expliquer : « Ça mûrit doucement, l’acidité est élevée, j’aime ce style ». Il produira beaucoup de blanc sec, et un peu de bulles, car c’est indispensable commercialement. Pour Séverine Lepaul, directrice technique d’Orchidées Maisons de Vin, qui a l’œil sur l’ensemble de la vallée de la Loire : « Il est encore difficile de projeter. Au début, les producteurs étaient pessimistes, mais au bout de dix jours, ils constatent que le peu de quantité se traduit par une grande qualité, avec de beaux éléments aromatiques. Grâce aux pluies des dernières semaines, il n’y a eu aucun stress hydrique, les grains sont charnus, le pressurage donne de bons rendements, la quantité est « moins pire » que prévu. On retrouve un style d’avant la trilogie solaire 18 19 20, très ligérien ». Quant à Dominique Sirot, un des deux copropriétaires du domaine Fief Noir en Anjou, il pense rentrer une demi-récolte, car certaines parcelles atteignent le rendement, quand elles ont été protégées soit avec des bougies, soit avec des voiles d’hivernage, dans un cadre expérimental. Mais d’autres parcelles de blanc tombent à 2 hl/ha. Pour les rouges, tout dépendra du temps qu’il va faire après le 1er octobre : « Les cabernets peuvent prendre 20 ou 30 mm d’eau, mais pas 60 ».