La traditionnelle conférence de presse de rentrée du CIVB (Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux) s’est tenue cet après-midi en présence de son président Allan Sichel et de son vice-président Bernard Farges. L’occasion de dresser un premier bilan sur le millésime 2017, et de tracer des perspectives d’avenir.

Bien sûr, d’abord, les sujets qui fâchent : après les réjouissances de 2015 et 2016, le millésime 2017 qui vient d’être récolté (les vendanges, très précoces, sont terminées dans la plupart des propriétés) a déjà un avant-goût de soupe à la grimace. Impacté par les gels historiques de la fin du mois d’avril et les épisodes de grêle du mois d’août, ce millésime sera avant tout marqué par de faibles volumes : l’estimation est, à ce jour, de 40 à 50% de volumes en moins que l’année dernière, où la récolte atteignait 5,77 millions d’hectolitres. Cela pourrait représenter un manque à gagner pour la filière de 375 millions de bouteilles et 2 milliards d’euros.

Toujours nuancé, le président du CIVB Allan Sichel a tenu à situer ce « niveau historiquement bas des vendanges » dans un contexte européen globalement sinistré. Au niveau européen, la production de vin est déjà estimée en recul de 14% par rapport à 2016 – 16% pour la France, 17% pour l’Espagne, 21% pour l’Italie. Aucun des vignobles majeurs n’est à la fête, donc.

Petites quantités, bonne qualité

Pour atténuer également cette déception, la qualité générale du millésime s’annonce bonne, aussi bien pour les rouges que pour les blancs et liquoreux. Certainement difficile à appréhender au niveau de la conduite de la vigne, des choix de vendanges et des vinifications, 2017 sera certainement un millésime moins « évident » que ses prédécesseurs mais devrait recéler quelques jolies réussites. A suivre dans quelques mois au moment des Primeurs…

Fatalement, cette petite production promet d’impacter les prévisions de commercialisation des vins de Bordeaux. Alors que le CIVB tablait sur 5,3 millions d’hectolitres en 2017, ce chiffre sera finalement revu entre 5 et 5,1 – ce qui aura fatalement des répercussions économiques en 2018 et 2019. Pour autant, la filière peut se réjouir d’afficher des chiffres à l’export en croissance : +6% en volume et +15% en valeur sur l’année écoulée. Dopé par les marchés chinois et américains, malgré des volumes toujours fébriles en Europe et un marché français à la baisse en grande et moyenne surface, le vin de Bordeaux peut aussi se targuer de voir son prix d’achat moyen augmenter : 5,86 € en grande distribution, soit une hausse de +2%. Cependant, c’est auprès des cavistes que Bordeaux veut redorer son blason, d’où la mise en place d’une grande opération auprès de 800 professionnels en fin d’année.

Toujours décidées à occuper un créneau de « premiumisation » à l’international, la filière bordelaise entend capitaliser sur le succès de ses Fêtes du Vin déclinées à Québec, Bruxelles et Hong Kong. Le vingtième anniversaire de « Bordeaux Fête le Vin », en juin 2018, sera aussi l’occasion de faire une démonstration de force.

Les enjeux environnementaux au cœur des réflexions

Mais les grands chantiers du CIVB sont, plus que jamais, environnementaux. La prise de conscience sur la nécessité de réformer les pratiques culturales en Gironde a connu un net coup d’accélérateur ces derniers mois. Ainsi, 7 organismes de défense et de gestion (ODG) couvrant 80% de la surface du vignoble ont adopté par un vote une modification de leur cahier des charges pour y intégrer différentes mesures agroenvironnementales : interdiction des herbicides sur la totalité de la surface cultivée, obligation de mesue des indices de fréquence de traitement, travail sur les cépages résistants, obligation de s’engager dans une démarche de certification environnementale. A cet égard, le Système de Management Environnemental (SME) lancé en 2010, confirme son succès avec 83 crus classés et un total de 700 entreprises déjà engagés, soit 20 000 hectares.

Décidé à sensibiliser les viticulteurs aux bonnes pratiques environnementales, le CIVB a ainsi mis à leur disposition des informations sur les produits contenant des agents cancérigènes mutagènes reprotoxiques, un atlas des zones sensibles, entre autres démarches visant à positionner la Nouvelle Aquitaine comme région référence dans la réduction des intrants en viticulture. L’occasion de rappeler que l’interprofession investit environ 400 000 € par an (le tiers du budget recherche) au soutien des recherches et travaux pour le réduction / suppression des produits phytosanitaires. Côté grand public, le lancement du site www.bordeauxvignobleengage.com vise à mieux faire connaître les initiatives et bonnes pratiques environnementales mises en place par les viticulteurs.

A ce jour, selon Allan Sichel et Bernard Farges, 55% du vignoble girondin est engagé dans une démarche environnementale, avec une accélération notable, plus importante que prévue (+10% par an depuis trois ans). Ainsi, ils espèrent qu’à l’horizon 2020, c’est l’intégralité du vignoble qui sera monté dans le train. D’ici-là, le CIVB aura mis en place son Plan stratégique « Bordeaux, ambitions 2025 », une feuille de route visant à préparer l’ensemble de la filière pour relever les défis de demain, autour de cinq grands chantiers : marché et commercialisation ; marque et lisibilité de l’offre ; stratégie digitale relationnelle ; pilotage de la filière ; responsabilité sociale et environnementale. Ce Plan 2025 devrait être entériné au premier semestre de l’année prochaine. Qui a dit que le vignoble bordelais se reposait sur ses lauriers ?