De tous temps entre les vignerons et les consommateurs, il a fallu des intermédiaires. Ces courtiers jurés-experts piqueurs de vins de Paris ont un drôle de nom, mais leurs compétences sont toujours utiles. Leur président Olivier Bouché entame son 2è mandat avec ambition.

Le vin, comme toute chose appréciée, a toujours suscité l’appétit des fraudeurs. En conséquence, est née la nécessité de recourir à des intermédiaires compétents et intègres pour juger de sa qualité et garantir son origine. Déjà à Rome, on faisait appel aux corraterri, mot qui donna corratier pour courretier et enfin courtier. En France, le premier texte connu sur le courtage des vins date de Saint-Louis, au milieu du 13è siècle. Ces courtiers prêtaient serment. Aujourd’hui, les courtiers jurés – experts piqueurs de vin prêtent toujours serment devant le Tribunal de Commerce du département.

Derrière ce curieux nom de courtiers jurés – experts piqueurs de vins de Paris se cache un petit groupe de professionnels. En termes simples ils sont courtiers, c’est à dire intermédiaires entre la production et le revendeur, caviste ou restaurateur principalement. Il sont aussi experts et peuvent trancher dans des litiges, estimer la valeur de bouteilles ou de caves. Ils sont regroupés en une « compagnie » qui existe officiellement depuis le 12 mars 1322. Leur travail a certes bien changé depuis le règne du roi Charles IV, qui institua leur rôle, la caution qu’ils devaient verser au Prévot des marchands (l’ancêtre du maire), pour exercer leur charge, les revenus qu’ils étaient autorisés à percevoir et leur effectif, limité à 80. Il leur était interdit de se faire payer en vin. Au siècle suivant, sous le règne de Charles VI, le terme de juré apparaît pour la 1ère fois. Consécration, ces jurés ont le droit de porter épée, privilège réservé à la noblesse, pour se défendre des clients insolvables qu’ils pourraient trouver « dans les lointains faubourgs le fer à la main ».

Piqueurs de vins

Lorsque le vin voyageait en barrique, il n’était pas possible d’en retirer la bonde pour le déguster. La solution consistait à « piquer » le bois, en perçant un petit trou dans le fût au moyen d’une vrille de métal appelé « coup de poing ». Le vin qui giclait était recueilli dans un taste-vin pour être dégusté. On rebouchait le trou avec une cheville de bois tendre qui gonflait rapidement au contact du liquide. Ceci n’est qu’un des témoignages du riche passé du vin présent dans les archives de la Compagnie.

Aujourd’hui, la Compagnie ne « pique » plus, sauf pour un film témoin visible sur son site www.courtiersenvinsdeparis.org. Elle ne compte que 21 membres, car y entrer ne se fait plus par simple cooptation, il faut passer un examen – avec dégustation à l’aveugle et rédaction d’un mémoire. Il est réservé aux personnes qui travaillent dans le monde du vin depuis cinq ans au moins. Olivier Bouché (photo ci-dessous), qui entame son deuxième mandat à la présidence de la Compagnie veut élargir le cercle, pour encourager et valoriser l’expertise dans le monde du vin : « Notre carte des millésimes éditée chaque année est connue dans le monde entier, mais peut-être pas assez en France ». Il voudrait trouver des membres en province, et fédérer des courtiers indépendants, qui maîtrisent entièrement leur travail et peuvent donner du temps à la Compagnie. « On pourrait ainsi répondre à plus de demandes de dégustations, d’animations, et donner de l’ampleur à notre concours des Lauréades ». Ce dernier concours met cette année en avant les vins de Chateaumeillant, une appellation de Centre Loire qui ne demande qu’à être découverte.