(Photo Patrick Bernard / AFP)
(Photo Patrick Bernard / AFP)

Albert Frère, financier et homme le plus riche de Belgique, vient de disparaitre à l’âge de 92 ans. Passionné de vins, il fut également propriétaire de vignobles à Bordeaux.

Né le 4 février 1926, Albert Frère s’est éteint à l’âge de 92 ans, ce 3 décembre 2018. « Fils d’un marchand de clous », comme il aimait à le dire, c’est depuis sa modeste entreprise de ferraillage qu’il développa son empire financier.

Passionné de vins et amateur de bonne chère, il s’intéresse d’abord aux vins, grâce à une cave très éclectique selon les observateurs, puis à l’acquisition de propriétés. L’un de ses faits d’armes fut le rachat de Château Cheval Blanc, avec son « ami » Bernard Arnault. En 1998, ils emportent au nez et à la barbe des 42 actionnaires, la très célèbre propriété de Saint-Émilion. L’achat – selon les sources entre 150 et 210 millions d’euros –, a été effectué à parts parfaitement égales entre Bernard Arnault et lui-même.

En 2005, devant la volonté du fonds d’investissement américain Starwood Capital de se séparer des actions des champagnes Taittinger, il « pose officiellement sa candidature d’acquéreur potentiel ». Sans succès puisqu’il se retire du processus de vente en avril 2006.

En 2008, toujours avec son ami Bernard Arnault, ils prennent possession de Château Quinault l’Enclos à Libourne, puis de Château La Tour du Pin en face de Cheval Blanc où ce grand amateur de vins blancs poussera énergiquement pour la création d’un blanc à Cheval Blanc. Son niveau d’exigence est tel, que les équipes techniques du domaine attendront plusieurs millésimes avant de commercialiser officiellement ce dernier.

Enfin, il fut également actionnaire minoritaire via sa société CNP avec la famille Rothschild, branche Lafite Rothschild et Domaines Barons Philippe de Rothschild, de Château l’Évangile à Pomerol et de Château Rieussec – les parts avaient été revendues il y a quelques années.

Enthousiaste, fin négociateur, financier hors pair, homme de pouvoir et d’influence, c’était un homme qui débuta « sans diplôme, sans expérience et sans capital, mais doté d’un culot de corsaire malouin et d’un sens des affaires de paysan auvergnat », comme aime à le dire José-Alain Fralon, ancien correspondant du journal Le Monde à Bruxelles, pour se hisser parmi les plus grandes fortunes mondiales, à la 281e place selon le magazine Forbes, avec plus de 5 milliards d’euros de fortune personnelle.

Pierre Lurton, directeur général de Cheval Blanc, a salué la mémoire : « l’équipe de Cheval Blanc est triste, car nous l’aimions beaucoup. C’était un grand homme avec une certaine simplicité du contact terrien et du vigneron. Il venait souvent à Cheval Blanc, il avait un côté paternaliste et chaleureux qui s’exprimait par cette grande fidélité qu’il avait pour nous. C’était aussi un visionnaire, nous n’imaginions pas l’envolée lyrique du prix des Premiers Grands Crus Classés mais lui l’avait anticipé. Nous avons une pensée émue pour sa famille. »