Georges Vernay, 92 ans, s’en est allé dans d’autres vignes plus célestes. Pionnier et visionnaire, il était à l’origine du renouveau de l’appellation qui ne comptait plus que 7 ha en 1960. Président de l’appellation pendant 30 ans, il a redonné ses lettres de noblesse à l’une des plus grandes appellations de blancs de l’Hexagone.

Georges Vernay ne se souciait que de l’amélioration de la qualité des vins. Il avait le souci de la perfection d’abord dans les vignes grâce à une parfaite connaissance de ses parcelles, et en cave pour traduire avec toujours plus d’émotion l’expression du millésime dans ses vins, tout en finesse. Il a su inculquer sans le vouloir cette passion à sa fille Christine qui, après une première carrière de professeur de français et d’italien, est revenue en 1996 pour s’occuper du « Domaine Georges Vernay » devenu une marque mondialement reconnue. Georges devait songer à se reposer, il ne fallait pas laisser vendre le domaine. Christine a donc rejoint les vignes rhodaniennes avec son mari, Paul, abandonnant la vie parisienne. 1996 a été aussi la date de la révision de l’aire qui excluait les vignes au dessus de 300 m d’altitude pour ne garder que les coteaux les mieux exposés.

Transmettre sa passion du viognier

Ainsi a grandi le domaine créé par Francis, le père de Georges, au pied du coteau du Vernon, avec quelques plants de viognier qui se plaisaient si bien sur les sols granitiques. A l’époque, ce n’était pas encore un vin d’AOC (l’appellation date de 1940), juste ce qu’on appelait entre les deux guerres, un « vin de café » et la famille vivait surtout des arbres fruitiers. Au début, Georges travaillait à l’usine avant de reprendre les rênes du domaine en 1953. Il a replanté les coteaux tout en limitant les rendements à 40 hl/ha malgré la demande des chefs comme Fernand Point et André Pic qui voulaient toujours plus de ce blanc poussant sur les pentes escarpées au-dessus du Rhône. En 1960, on ne comptait plus que 6 ha de vignes en Condrieu, en 1986, 20 ha, 60 en 1990, et désormais 192 en production. Georges Vernay a su transmettre sa passion du viognier à toute une nouvelle génération de vignerons. Avant de passer la main à sa fille, il avait réussi à exporter ses vins outre-Atlantique sans parler un mot d’anglais, et avait même été sacré meilleur vigneron de l’année 1995 par The Viognier Guild. Le domaine Vernay aujourd’hui sur 17 ha dont 7 en Condrieu, est toujours réputé pour ses viogniers avec notamment l’historique Coteau de Vernon, Les Chaillées de l’Enfer et Les Terrasses de l’Empire, mais également pour ses rouges en Côte Rôtie (3 ha), Blonde du Seigneur et Maison Rouge, et Saint Joseph (1,5 ha) développés par Christine.