« C’est une récolte historique, la plus belle année en volume depuis 2011 voire 1974 avec un excellent état sanitaire », se réjouit d’emblée Baudouin de Chassey, le directeur des vins du Jura (CIVJ).
« Il était temps vu le volume a minima des stocks ».

La faute à la récolte de 2017, le gel ayant impacté 50 a 80% du vignoble. « Une telle rentrée de vins devrait nous permettre à nouveau de prospecter les marchés à l’international ». « Nos stocks étaient au niveau le plus bas jamais enregistré et quand on a fini de commercialiser les 2016, nous n’avions que quelques mois de vins à vendre sur le 2017 » explique Gabriel Dietrich, directeur de la Fruitière d’Arbois. « Chez nous, 2018 n’est pas non plus pléthorique mais équivaut à peu près à la récolte 2016 car nous avions pas mal de jeunes vignes, notamment de savagnins, sur les coteaux qui ont brûlé et elles n’avaient pas encore un système racinaire suffisamment résistant pour supporter la canicule du mois d’août ».

Même constat d’une légère mortalité sur les éboulis et les roches calcaires des coteaux du sud « où les grappes sont restées légères et petites et où il n’y a pas ou peu de vendanges mais les vignes qui ont souffert sont limitées à 50 ares à 1,5 ha par commune, cela reste marginal ».

De longues vendanges

Au global, la récolte 2018, qui devrait avoisiner les 100 000 hl, a réussi à tous les cépages. « Les conditions climatiques devraient nous donner des rouges magnifiques avec de belles matières et de jolies maturités sur les chardonnays et les savagnins qui vont permettre aux vignerons de bien s’exprimer après quatre petites récoltes et après avoir quasiment été contraints au silence en 2017, ironise Valérie Closset du domaine Champ Divin et nouvelle directrice des Côtes du Jura. Le printemps pluvieux a aidé au redémarrage des feuilles et à une belle sortie de grappes ; l’été sec et chaud et un mois de septembre avec moins de 20 mm de pluies a permis de planifier tranquillement les vendanges et de prendre son temps pour attendre les maturités optimum ».

Les récoltes des chardonnays pour les crémants s’étaient fait attendre fin août, les savagnins pour les vins de paille qui doivent souvent faire l’objet de tries successives étaient parfaits. Guillaume Tissot du domaine de Lahaye au pied de Chateau-Chalon confirme le parfait état sanitaire des savagnins et estime que « les chardonnays, surtout ceux qui avaient gelé l’an dernier ont été particulièrement généreux. Ces conditions exceptionnelles remontent le moral ».

Autre constat néanmoins : les vendanges n’ont jamais été aussi longues, souvent un bon mois a partir du 20-22 août « alors que tout était rentré en deux semaines l’année dernière, a constaté Fabrice Melet, responsable viticole des Grands Chais de France. Le ban des vendanges de Château Chalon était à peine lancé que l’on avait déjà ouvert le vendangeoir des vins tranquilles. cela a juste nécessité plus d’organisation sans compter la difficulté de trouver des vendangeurs : seules 5 personnes sur une équipe de 30 ont travaillé le mois entier ; les retraités étaient épuisés avant et les étudiants partaient début septembre pour faire leur rentrée ».

« Ça a été un casse-tête cette année encore plus que d’habitude, reconnaît Franck Vichet, président de l’interprofession des vins du Jura. Nous avons du faire appel à un prestataire Soelis, un groupement d’employeurs agricoles en collaboration avec la Chambre d’Agriculture car il nous manquait 300 vendangeurs. Du jamais vu ! »