Jeudi, Jean Nouvel était au château La Dominique, à Saint-Emilion, dont il a signé le nouveau chai. Une construction habillée de lames d’acier qui pourrait bien en appeler d’autres dans le Bordelais.

Avec comme voisin immédiat Cheval Blanc et son chai signé Portzamparc, Jean-Claude Fayat, le propriétaire de La Dominique et patron du groupe de BTP éponyme, ne pouvait pas faire dans la demi-mesure s’il voulait un tant soit peu pouvoir soutenir la comparaison, le jour où il se lancerait, lui aussi, dans les grands travaux. En choisissant Jean Nouvel, l’une des plus grandes signatures de l’architecture française et internationale, force est de constater qu’il ne s’est pas trompé comme chacun a pu le vérifier, jeudi lors de la visite de la propriété.

Si les travaux doivent s’achever en mars 2014, le chai, lui, ne cache déjà plus ses nouvelles lignes résolument contemporaines. Ainsi, les façades est et ouest, recouvertes d’un voile de béton, ont été habillées d’un ensemble audacieux de lames d’acier inoxydable. Posées horizontalement, celles-ci ont été polies et vernies d’une couleur rouge sombre. Avec ce supplément d’âme, qui fait toute la force de ce parti pris, que ces lames, de par leur inclinaison progressive, permettent un subtil jeu de lumière et de miroir dans lequel le ciel et les vignes se… réfléchissent.

Une approche sensorielle qui a fondé tout le travail de Jean Nouvel ici. « La première découverte avec le vin, c’est la couleur. On le regarde, on l’observe, confie ce grand amateur de vin rouge. Je trouvais intéressant de jouer avec ces sensations. Et ces sensations, on les découvre en arrivant à La Dominique. On va voir ce mur rouge ou sombre, ça dépend du soleil et de la lumière, mais on va savoir ce qui ce passe-là. Contempler ce mur devrait devenir un des petits rituels de la région. »

Surtout qu’à cette robe haute couture, qui rappelle bien entendu le rouge des merlots de La Dominique, Jean Nouvel a ajouté la transparence, un de ses éléments fétiches comme le prouve nombre de ses réalisations. Que ce soit avec la tour Agbar à Barcelone ou celle de Doha au Qatar, la lumière naturelle est toujours la bienvenue. Ainsi, le nouveau cuvier de 600 mètres carrés qui se trouve derrière ces lames d’acier, se conclu par une vaste… baie vitrée. Laquelle, de l’intérieur, offre une vue directe sur le vignoble, quand bien d’autres ont fait le choix de tirer les rideaux.

Mais ce n’est pas tout : cette extension du cuvier, qui a déjà accueilli la vinification du millésime 2013, s’est doublé d’un prolongement inattendu, même s’il serait plus exact d’évoquer une prise de hauteur. En effet, en montant sur le toit, l’architecte, le propriétaire et le directeur technique du domaine Yannick Evenou ont aussitôt perçu toute l’opportunité qu’offrait une telle surface aérienne : celle d’un belvédère unique. Ce qui ne devait être qu’une toiture s’est donc mué en une terrasse panoramique sur laquelle ouvrira, l’année prochaine, un… restaurant, piloté par Nicolas Lascombe, de la Brasserie Bordelaise.

Le clou de ce projet est là : au dessus des vignes, face à cet horizon dégagé qui, au-delà de la vue, révèle toute la grandeur des terroirs qui entourent La Dominique. Sous vos yeux se dressent Cheval Blanc donc, puis, dans l’axe de la terrasse : L’Evangile, La Conseillante, et au loin, derrière un grand cèdre, Pétrus. Ou comment déguster un premier grand cru de St-Emilion face aux stars de Pomerol, avec le seul le ciel pour témoin…

Hier, Jean-Claude Fayat, dont la famille possède La Dominique depuis 1969, pouvait donc avoir le sourire. Si la propriété a longtemps fait figure de belle endormie, elle est désormais réveillée : « Je suis persuadé que La Dominique va trouver la place qu’elle mérite. » Et ce n’est pas Michel Rolland, son œnologue conseil, qui dira le contraire : « Je suis entré à La Dominique en 1978, ça fait 35 ans et je suis prêt à en faire 25 de plus… » C’est ce qu’on appelle une déclaration en béton.

Jefferson Desport

LE BONUS
Déjà un autre chai pour Jean Nouvel ?

Le chantier de La Dominique touchant à sa fin, Jean Nouvel devrait donc se faire encore plus rare dans le Bordelais. A moins que… Interrogé, jeudi, sur la possibilité de le voir réaliser un nouveau chai dans le bordelais, l’architecte est loin d’avoir fermé la porte à cette hypothèse : « Ce n’est pas impossible », sourit-il. Si des discussions sont en cours, Jean Nouvel n’a donné aucun nom. Restera-t-il sur la rive droite ? Ou partira-t-il sur la rive gauche ? Les paris sont ouverts…