(photo ERIC FEFERBERG / AFP)
(photo ERIC FEFERBERG / AFP)

Grandes inquiétudes du côté de la filière champagne. Les ventes, très tributaires de la logistique et du moral des Français, sont en chute libre en France depuis l’émergence du mouvement Gilets Jaunes.

8h00 ce matin au service expéditions du Champagne Chanoine. Trois camions attendent d’être chargés, et le flux se poursuit de manière fluide toute la matinée. Soulagement alors que les transporteurs menaçaient, la semaine dernière, de tout bloquer. Autant dire la catastrophe quand, optimisation logistique oblige, les hypermarchés et supermarchés de France sont livrés en flux tendu. Mais les revendications sur le diesel routier ayant été entendues, les gilets jaunes – ceux là du moins – ont été rangés.

Un seul grain de sable et c’est toute la machine logistique qui s’enraye, alors qu’elle doit au contraire tourner à plein quand approchent les fêtes de fin d’années où se fait l’essentiel du chiffre d’affaires. Songez plutôt : à la grande époque, celle où la France consommait 180 millions de bouteilles de champagne par an, ce sont 90 millions de bouteilles expédiées sur l’Hexagone dans le dernier trimestre. 30 millions de cols par mois, 1 million de bouteilles par jour, transitant par La Poste, les transporteurs, les salons, les tournées des vignerons et les venues au domaine des clients !

Ce chiffre n’est plus. La France, avec 150 millions de cols, a perdu cette année sa place de premier marché de consommation du champagne au profit de l’export. Les dernières statistiques officielles, celles du mois d’octobre 2018, font état d’un volume en hausse de presque 2% par rapport à octobre 2017 (statistiques du seul mois d’octobre, non cumulées). Mais cette croissance provient essentiellement des exportations vers l’Union européenne (+12%), biaisés d’effets de stockage en Grande-Bretagne par anticipation d’un Brexit dur, du reste des pays du Monde (+6%), alors qu’au contraire le marché français est en repli de plus de 5%.

Moral en berne

Lors de la grand’messe de la filière champenoise jeudi dernier, Jean-Marie Barillère, président de l’Union des maisons de champagne, ne cachait pas son inquiétude. « Sur le plan commercial, 2018 va marquer le pas. Une année où le pessimisme l’emporte un peu plus avec sans aucun doute un volume en berne et peut-être aussi une légère baisse du chiffre d’affaires de la Champagne [NDLR : l’année dernière, il avait atteint le record de 4,9 milliards]. La faute à quel marché ? A la France et uniquement à la France. »

Les projections françaises, si elles se confirment, pourraient en effet conduire à une perte de 6 millions de bouteilles. Et les images des Gilets Jaunes, qui tournent en boucle dans les médias et donnent l’impression d’un pays en état de siège, n’incitent guère à l’optimisme pour un produit aussi saisonnier et festif que le champagne.

Grandes heures d’inquiétude donc en perspective sur ces dernières semaines de l’année, et nul doute que les Champenois suivront eux aussi, avec attention, le discours ce soir du Président Macron.