Loïc Jamet (à gauche) avec son père Jean-Paul.
Loïc Jamet (à gauche) avec son père Jean-Paul.

Arrivé sans fracas dans un domaine familial aussi discret que mythique, Loïc Jamet forme désormais un duo de choc aux côtés de son père et s’affirme déjà comme un vigneron incontournable en Côte-Rôtie. Portrait publié dans Terre de vins n°52 de mars/avril.

Du haut de ses 24 ans, Loïc Jamet a hérité de ses parents une certaine discrétion mais aussi une générosité et une sincérité au moment d’évoquer son amour du vignoble. Ces vignes, ce ne sont pas n’importe lesquelles. Le domaine Jean-Paul et Corinne Jamet, du nom de ses parents, est unanimement reconnu comme l’un des référents de l’appellation Côte-Rôtie. Un statut qui aurait pu être pesant.
Mais Loïc se sent bien dans les vignes. Tout petit déjà, il aimait accompagner sa mère pendant les livraisons. Un premier pied dans l’univers des gens du vin. Un univers attirant qu’il a un temps mis en balance avec celui de la cuisine avant de décider de poursuivre l’aventure familiale.

D’autant qu’avec le départ en 2012 de son oncle qui était associé au domaine, trouver sa place a certainement été plus simple. Une fois son BTS en poche après deux années riches à Beaune, Loïc s’est aguerri au cours de deux stages, en Bourgogne puis dans le Var. De sa vinification bourguignonne, il va intégrer une meilleure compréhension de la gestion particulière d’une mosaïque de terroirs assez proche de la diversité présente sur ses collines natales. Les côtes de Provence seront l’occasion d’appréhender une manière différente de travailler et de vendre les vins. Un point non négligeable aujourd’hui pour un vigneron qui doit maîtriser toutes les facettes, y compris commerciales, d’un métier devenu plus global.

De l’Afrique du Sud aux collines granitiques d’Ampuis

La France et ses richesses vont toutefois vite s’avérer insuffisantes pour un jeune homme d’une vingtaine d’années rêvant de confronter son quotidien à une tout autre réalité. Il aurait pu faire comme beaucoup le choix des États-Unis ou de la Nouvelle-Zélande, mais il décidera de s’envoler pour ce bout d’Afrique rude mais tellement riche d’enseignements. Le domaine qu’il va choisir produit et achète des raisins de terroirs et de climats très variés. Une aubaine pour remettre en question des certitudes acquises avec la syrah et le viognier de la vallée du Rhône septentrionale. Syrah, grenache, chenin, cinsault en provenance tantôt de vignobles profitant de l’influence maritime, tantôt de climats beaucoup plus arides. Un kaléidoscope dans lequel Loïc va se découvrir un attrait tout particulier pour le chenin, cépage fantastique mais compliqué. Et au fond de la tête, l’idée un jour de pouvoir le retravailler. Mais en attendant, point de chenin sur les pentes escarpées des collines toisant le Rhône autour d’Ampuis qu’il va retrouver début 2015, date prévue de son installation officielle.

Un échange intergénérationnel intelligent et constructif

Dès le départ, Loïc va œuvrer en étroite collaboration avec son père, Jean-Paul. Ce dernier souhaite échanger, écouter, et tenter certaines expérimentations voulues par son fils. Une vinification de marselan (croisement de cabernet-sauvignon et de grenache noir) a ainsi été réalisée sans toutefois se montrer probante. 2015, premier millésime, sera aussi formateur pour Loïc. Cette année chaude et solaire nécessitait une vigilance à la vigne. « Nous avons effeuillé juste ce qu’il fallait pour pouvoir maintenir un maximum de fraîcheur dans les vins rouges. » Et une attention tout aussi grande sur les blancs dont s’occupe plus particulièrement Loïc depuis son arrivée.

Le résultat sur Condrieu est tout simplement impressionnant en 2015. Une matière superbe, dynamique avec une bouche dense et droite, sans pesanteur. Une bouteille qui en dit long sur les capacités de ce jeune homme à produire de très belles cuvées. Mais l’humilité chez les Jamet n’est pas un vain mot et Loïc rappelle sans cesse la parfaite collaboration avec son père. « Il n’y a pas de changements fondamentaux. Toutes les décisions de vinification sont prises en commun. À la vigne, j’essaie de pousser pour un travail encore accru des sols même si nous piochons déjà beaucoup ces terres pentues difficiles à travailler. » Les amateurs peuvent être rassurés. L’avenir du domaine Jamet est entre de bonnes mains. Et qui sait, Loïc sera peut-être celui qui, après Côte-Rôtie et Condrieu, permettra au domaine d’acquérir ses lettres de noblesse sur une originale cuvée de chenin rhodanien !