Et si le grand gagnant de cette Semaine des Primeurs, l’appellation qui a sorti le mieux son épingle du jeu sur le millésime 2012, c’était Pomerol ? Le merlot s’est épanoui sur ses terroirs frais, livrant des vins extrêmement séduisants…

Voilà le consensus de cette Semaine des Primeurs : sur ce millésime 2012 difficile, hétérogène, marqué par la pression des maladies, les baisses de rendement et les aléas climatiques, la rive droite a globalement mieux tiré son épingle du jeu que la rive gauche. Plus précisément, ce sont les terroirs précoces et à dominante de merlot qui ont livré les vins a priori les plus équilibrés et aboutis. L’avenir confirmera ou infirmera cette impression laissée par la dégustation de vins dont l’élevage est loin d’être terminé…

« Du rationnel dans l’irrationnel »

On sait que cet exercice de projection est périlleux, et que les vérités des primeurs ne sont pas toujours celles des « livrables ». En attendant, à Pomerol, on savoure l’instant. L’appellation est clairement désignée comme la « grande gagnante » de cette semaine, présentant une très belle qualité d’ensemble. La dégustation organisée par l’Union des Grands Crus au château La Conseillante a permis de le confirmer. Jean-Michel Laporte, directeur de La Conseillante, dresse le tableau sans détour : « oui, c’est un très bon millésime, meilleur que 2011, qui goûte déjà très bien, qui est globalement bien accueilli. Mais cela ne garantit rien sur la mise en marché : c’est cela qui va être compliqué ! On compare beaucoup au 2008, mais en 2008, on avait des vins de meilleure qualité qu’en 2007, et il a fallu baisser les prix ! C’est toute la difficulté de ce millésime… »

Bertrand Nicolas, co-gérant de la propriété, va dans le même sens : « dans une conjoncture aussi délicate, on ne peut pas faire de plan sur la comète. Certes, il y a eu beaucoup de monde durant cette semaine, des professionnels venus de loin, de Chine, de Grande-Bretagne, du Mexique… Mais les marchés vont-ils suivre ? Il est encore trop tôt pour parler de prix, mais nous avions déjà fait un gros effort entre 2010 (125 € HT prix négoce) et 2011 (60 € HT prix négoce). Nous allons devoir être à l’écoute du marché, et essayer de mettre du rationnel dans l’irrationnel… »

« Une logique de marque et de terroir »

Les hommes de La Conseillante se montrent néanmoins confiant dans ce millésime 2012 : « on a franchi un cap de qualité par rapport à 2011. Ce n’est pas seulement propre à nous : dès les premières dégustations collectives, on a senti qu’il y aurait de belles choses sur la rive droite. Ce millésime a demandé beaucoup d’efforts et d’attention, mais ceux qui ont bien travaillé leurs merlots ont obtenu de bonnes choses. C’est sans doute notre année la « plus merlot », qui entre à 89% dans l’assemblage de La Conseillante. Le cabernet franc a été plus impacté par la chaleur et les maladies, avec des baisses de rendement significatives. La chance que nous avons, c’est que Vinexpo, dans deux mois, permettra de re-déguster ce 2012, un peu plus évolué. »

Yann Jestin, fondateur de la société de courtage en vin Oenomédia, apporte un éclairage similaire : « Pomerol se distigue vraiment cette année, avec de beaux merlots, une belle qualité d’ensemble. Mais c’est une logique de marque et de terroir, davantage qu’une logique d’appellation ou d’opposition rive droite / rive gauche, qui va compter. Ceux qui ont bien travaillé, qui ont une bonne connaissance de leur marché et qui ont déjà baissé les prix l’année dernière tireront leur épingle du jeu. Les autres pourront difficilement faire l’impasse sur une baisse des prix… »

Les châteaux La Conseillante, Petit Village, Clinet, La Pointe et Gazin ont laissé une très belle impression à la dégustation. A suivre…

Mathieu Doumenge