(Photo F. Hermine)
(Photo F. Hermine)

Emmanuel Macron lors de son passage ce week-end au Pavillon des Vins l’avait annoncé haut et fort : « Je pense que nous pouvons faire du vignoble français le premier vignoble au monde sans glyphosate ». Jean-Marie Barillère, le président du comité national des interprofessions des vins AOP (CNIV) a confirmé dès lundi au même Pavillon des Vins que le pari était possible.

« Certes, nous pouvons aller très vite pour diminuer le glyphosate mais il faut d’abord penser à financer cette transition environnementale qui va de toute façon augmenter les coûts de production, a annoncé d’emblée Jean-Marie Barillère, le président du comité national des interprofessions des vins AOP-IGP (CNIV). D’abord en créant de la valeur, c’est à dire en vendant plus cher pour permettre aux entreprises d’investir, surtout dans un contexte de chiffre d’affaires stable grâce à l’export mais de baisse régulière de la consommation sur le territoire national ». La filière en est convaincue, les efforts doivent intervenir à tous les étages, dans les exploitations, les interprofessions mais également de la part de l’Etat qui doit mettre en place une politique nationale pour accompagner ces changements de pratiques (par exemple en facilitant l’autorisation des cépages résistants) et soutenir les investissements nécessaires ainsi que la promotion des certifications environnementales. « Une sortie du glyphosate, c’est bien sûr possible mais il faudra du temps, des moyens humains et financiers car on n’a pas de baguette magique » modère Jean-Bernard de Larquier, vice-président du CNIV et président de l’interprofession du cognac (BNIC).

Repenser la gestion de l’eau

Autre bémol, la suppression des herbicides ne pourra pas concerner tout le vignoble (qui compte 80 0000 hectares et 85 000 exploitations) mais plutôt 85% car il faut exclure des régions à très fortes pentes comme dans le Rhône septentrional ou le Roussillon et dans les vignes en terrasses sujettes à l’érosion. « Il faut en tout cas repenser toute la gestion du vignoble pour que l’enherbement ne vienne pas concurrencer la vigne et réfléchir à l’irrigation, non pas à partir des nappes mais via des retenues collinaires sur les exploitations, précise Michel Chapoutier, président d’Inter Rhône et de la fédération du négoce (UMVin). Cela se fait déjà dans le Nouveau Monde, notamment en Australie, et ça marche très bien !. »

Autoriser la mixité des domaines

La plupart des vignobles « déjà très structurés » comme Bordeaux, Cognac, la Bourgogne, la Champagne, et depuis quelques semaines, le Val de Loire et les Côtes-du-Rhône ont déjà mis en place des systèmes de management environnemental collectif et des référentiels de développement durables. Bernard Farges, président bordelais de la CNAOC (vins et alcools AOC) a d’ailleurs rappelé que la filière était déjà très engagée dans une stratégie de responsabilisation sociétaire et environnementale, notamment sur la réduction d’au moins 70% des produits phytosanitaires toxiques, dits CMR (cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques) et sur l’augmentation du nombre de domaines certifiés en développement durable (bio, biodynamie, HVE…) mais « cela pourrait aller beaucoup plus vite si l’état nous aidait à briser le plafond de verre en favorisant un changement de procédures pour accepter la mixité d’un domaine. On peut aujourd’hui être en bio sur un vin d’une couleur et pas d’une autre, quitte à jouer sur les entités juridiques, ce qui très hypocrite; Mais on ne peut pas l’être sur seulement une partie de l’exploitation… » «… quitte à imposer des analyses de résidus obligatoire dans les vins qui garantirait l’intégrité du producteur » complète Michel Chapoutier. Pour valoriser et sécuriser la filière, ce dernier étudie également un système de « VCI » financier qui permettrait, en collaboration avec les banques, de lisser l’inflation des cours dans le cadre de contrats pluriannuels sur 15 ans, « à condition de prévoir une réserve en cas de coup dur, précise le président rhodanien. Cela aiderait également les jeunes à s’installer et on éviterait la notion spéculative du marché ». Autant d’aides à investir dans un vignoble plus propre.