Sébastien Vincenti
Sébastien Vincenti

Sébastien Vincenti œuvre au domaine de Fondrèche depuis plus de vingt ans et a fait de cette propriété familiale l’une des plus cotées de l’appellation Ventoux. Vingt ans durant lesquels il a entièrement restructuré le vignoble adossé au Géant de Provence.

Divergente. C’est le nom de sa toute dernière création. « Divergente, parce que “différente” et “située au-dessus” », explique Sébastien Vincenti, qui montre une fois de plus que l’appellation Ventoux, nichée au pied du mont éponyme, porte en elle tous les ingrédients – du terroir, en passant par l’altitude et le climat –, pour donner naissance à des vins inspirés et inspirants.

À condition de trouver la bonne adéquation sol, cépage, exposition. Divergente en est la preuve. Signe particulier, elle se compose de syrahs exclusivement. Mais pas n’importe lesquelles. Des syrahs à petits grains aux grappes fines et allongées, ancêtres de la serine, cépage de la Côte-Rôtie, cultivées sur une parcelle argilo-calcaire plantée en 1955. Un patrimoine que Sébastien Vincenti s’est attaché à conserver. « À partir de cette dernière, nous avons pratiqué des sélections massales, explique le vigneron. Toutes nos vignes de syrahs, à Fondrèche, en sont issues. »

Jusqu’à présent, il assemblait les jus obtenus à partir de cette parcelle avec les autres vins du domaine. En 2015, l’un des plus beaux millésimes de la décennie dans la vallée du Rhône méridionale, il décide de les vinifier seuls et de les élever en foudres durant une année. Divergente est née. Un vin au fruité éclatant, mûr et profond, où les tannins surprennent par leur très grande finesse. « Nous ne la produirons que dans les très grandes années, promet Sébastien Vincenti. À cet égard, 2016 s’y prête plutôt bien, mais rien n’est encore décidé. »

« le bon cépage au bon endroit »

En attendant, cette cuvée illustre son approche de la vigne, empruntant pour beaucoup à l’école bourguignonne. « Nous avons oublié la notion et surtout l’importance du terroir, estime-t-il. Je m’en suis rendu compte en Bourgogne, où les vignerons ont mis en évidence leurs fameux climats, qui désignent la relation entre les vins et leurs lieux d’origine. À 100 mètres de distance, tout peut changer ! Le Ventoux n’échappe pas à la règle. D’autant qu’il repose sur une formation géologique perturbée dont émane une très grande diversité de sols, calcaire, sable, argile, galets roulés… qui, conjuguée aux nombreux microclimats des monts, des plaines et des vallées, accentue les variations de goûts et de profils dans les vins. »

Partant de ce constat, il a entièrement revu la configuration de son vignoble. « Mettre le bon cépage au bon endroit, tout en travaillant le plus naturellement possible, pour créer une harmonie entre le sol, la plante et son environnement : voilà ce qui a constitué notre feuille de route au cours de ces vingt dernières années », résume-t-il. Les rouges élaborés à partir de grenache, de syrah et de mourvèdre ont été implantés tout autour du domaine sur un vaste plateau de 28 hectares composés de cailloutis argilo-calcaires. Un sol filtrant, mais qui en cas de pluie retient l’eau entre 5 et 10 mètres, empêchant ainsi la vigne de souffrir de stress hydrique. Les rosés sont à base de cinsault, de grenache et de syrah, cultivés sur des sols de sables et de limons dont les pentes sont légèrement inclinées au nord. Les blancs, enfin, proviennent de grenache, de roussanne, de clairette et de rolle plantés sur des calcaires et des sables en altitude. « Ce travail nous a poussés à acheter des parcelles sans vigne, que nous avons entièrement déboisées pour y installer les cépages adéquats », précise Sébastien Vincenti. Résultat, la superficie du vignoble, de 23 hectares à son arrivée, a quasiment doublé.

Chemins de traverse

Le maître des lieux s’autorise aujourd’hui de nouvelles expériences. En 2016, il a isolé de vieux mourvèdres pour vinifier un rosé plus vineux et structuré que l’élégant rosé élaboré chaque année. Il rentre dans la gamme Persia : le haut du panier de Fondrèche. « Nous voulions sortir des codes, expose Sébastien Vincenti. Notre idée a été de proposer un rosé d’assiette et de gastronomie, certes plus puissant, mais sans lui ôter de la fraîcheur. » Un pari relevé haut la main. Il est vrai que ce Vauclusien aime les chemins de traverse.

En 2007, il a ainsi été l’un des tout premiers vignerons de la vallée du Rhône à lancer un ventoux rouge sans soufre ajouté. Baptisé Nature, le vin a d’emblée rencontré son public pour sa justesse de ton et sa formidable buvabilité. « Surtout, il nous a conduits à travailler autrement, révèle son auteur. Nous avons divisé par deux les doses de sulfite sur l’ensemble de nos vins. Dès lors que l’on cueille des raisins sains et à maturité parfaite, on peut travailler dans cette direction. » Il y a deux ans, année où les vignerons bio ont été confrontés à des attaques de black-rot sans précédent dans la région, il a rendu le tablier de sa certification.

Ses explications ont créé une telle polémique qu’il préfère aujourd’hui ne plus s’étendre sur le sujet. « Il faut cesser d’opposer bio et conventionnel, dit-il simplement. Le plus important est de produire bon, dans le respect de l’environnement et du consommateur. Je ne veux plus avoir à choisir entre l’agriculture biologique et la conventionnelle, mais produire simplement de manière écologique et environnementale. » Toujours en quête de nouvelles expériences, il veut tester la vinification en amphores… En quête du contenant idéal, une nouvelle étape dans l’exploration du potentiel du Géant.

Cet article a été initialement publié dans le « Terre de vins » n°51 de Janvier/Février