Tour antigel à St Nicolas de Bourgueil (photos I. Bachelard)
Tour antigel à St Nicolas de Bourgueil (photos I. Bachelard)

Journées estivales, matins glacials : sur les bords de Loire, les vignerons abordent les derniers jours d’avril avec inquiétude. Le gel avait fait des désastres l’année dernière. Il est de retour.

Claude Papin, président de Quart de Chaume, en Anjou, l’unique grand cru de la Loire, rappelle que les dix derniers jours d’avril représentent toujours un moment risqué, surtout lorsque le printemps a été aussi en avance que cette année. Pour l’instant les dégâts chez lui sont négligeables, mais avec la persistance des nuits froides et le retour de l’humidité, le risque peut s’accentuer.

Pour Patrick Baudoin en Anjou, qui avait perdu 40% de sa récolte l’an dernier, tout va encore bien, seul un tiers d’une petite parcelle a été touché. Les plus inquiets sont les vignerons de Bourgueil et Saint Nicolas de Bourgueil, qui avaient perdu 80% de leur récolte l’an dernier. Pour ne pas risquer une nouvelle perte cette année, beaucoup se sont regroupés pour installer des protections, soit des éoliennes qui brassent l’air et empêchent le froid de stagner, soit des systèmes d’aspersion qui enrobent les bourgeons d’un petit glaçon, dans lequel l’effet « igloo » emprisonne une « chaleur » suffisante. Ils ont investi entre 10 et 20 000 € l’hectare, un coût important, mais qui commence à se rentabiliser dès le premier gel évité, en l’occurrence dès la première année.

En Touraine, les vignerons de Montlouis, touchés à 70% en 2016 ont peut-être trouvé la solution rentable qui a le mérite de ménager le paysage par son côté non-permanent, en envoyant des hélicoptères brasser l’air. Les deux nuits du 19 et 20 avril ont été sauvées à plus de 90%. La météo prévoit qu’il faudra recommencer à partir du mercredi 26 avril, pour un coût assez raisonnable de 150 € l’hectare. Mais Damien Delecheneau, le président de Montlouis n’a pas la même chance dans ses vignes d’Amboise, où il sait déjà qu’il ne dépassera pas les 8 hl/ha de l’an dernier.

Pour les vignerons de la Loire, parmi les plus touchés par le gel en 2016, la perspective d’une 2è année sans assez de récolte est effrayante. Le spectre de 2011, dont les répercussions se sont fait sentir sur des années plane de nouveau. L’interprofession ne veut ni minimiser, ni affoler. Elle fera le point dans un mois. A froid.

Ci-dessous : François Jamet au pied d’une des nouvelles éoliennes de St Nicolas de Bourgueil