C’est dans des conditions délicates, oscillant entre pluie, humidité, rares fenêtres de soleil et maturité précoce, qu’ont démarré la semaine dernière les vendanges au château La Conseillante, propriété pomerolaise dont la renommée n’est plus à faire. 2017 s’annonce comme un millésime d’équilibriste pour la directrice du château, Marielle Cazaux.

Décidément, « tout fout le camp ». Même à Bordeaux, où les traditions ont la vie dure, l’été indien (qui vient souvent sauver ou peaufiner les millésimes) est aux abonnés absents. Partout dans le vignoble, les premiers coups de sécateurs sont donnés sous la pluie – un crachin tenace placé sur courant alternatif, comme sait l’inventer la façade atlantique. Entre averses impromptues et plages de soleil imprévues, dans des conditions d’humidité qui exigent une attention de tous les instants pour assurer un bon état sanitaire des raisins, ces vendanges 2017 se présentent comme un joli casse-tête pour les viticulteurs.

Pas de quoi affoler Marielle Cazaux. L’énergique directrice du château La Conseillante, superbe propriété de Pomerol dont elle assure la conduite technique depuis trois millésimes (après s’être notamment illustrée dans une propriété voisine, Château Petit Village), le concède en souriant : « on ne peut pas avoir tous les ans un 2015 ou un 2016 ! Et même ces millésimes de grand renom comportaient leur part de difficulté ». S’il faut donc passer entre les gouttes, Marielle et ses équipes sont parés. Mais la météo actuelle n’est pas le seul paramètre qui donne à ce 2017 un profil atypique : « tout le cycle a été très particulier, avec un hiver peu pluvieux, un printemps assez doux ponctué par le fameux épisode de gel qui nous a frappé à hauteur de 20% (principalement sur les terroirs destinés à produire le second vin de la propriété, NDLR), un débourrement et une floraison précoces, un été ensoleillé mais sans stress pour la vigne, qui a permis des maturités également assez précoces ».

Le sens du détail

Début septembre, le constat est là : les merlots, qui représentent 80% de l’encépagement (20% de cabernet franc sur une surface totale d’un peu moins de 12 hectares) sont bien équilibrés entre maturité et acidité, avec des alcools bas. « On est sur des équilibres plus proches de 2016 que 2015 », souligne Marielle Cazaux. « Les cabernets francs eux, ne sont pas encore prêts, il faut les attendre, tout en gardant un œil vigilant sur la menace du botrytis, avec ces conditions climatiques ». Les premiers coups de sécateurs ont donc été donnés la semaine dernière par la vingtaine de vendangeurs mobilisés pour l’occasion. « On sera au maximum une trentaine en cas de rush, les merlots devraient être ramassés en fin de semaine prochaine », explique Marielle, qui estime que les rendements devraient se situer en-dessous de 35 hl/ha (contre près de 40 en 2016). Mais au-delà de la question des volumes, ce qui préoccupe la directrice, en accord avec la famille Nicolas qui est propriétaire du château, est de signer un beau millésime dans la continuité des progrès constants de La Conseillante depuis une quinzaine d’années. « Nous accordons beaucoup d’importance à chaque détail, à commencer par la conduite de la vigne », souligne Marielle Cazaux. « Nous allons de plus en plus vers une conduite biologique du vignoble, sans tout de suite envisager de certification pour autant. Mais nous privilégions l’enherbement, l’utilisation de traitements bio voire issus de la biodynamie, des vinifications très précises sans adjonction de soufre, des élevages en douceur où la présence du bois ne se fait pas sentir »… De fait, pour les dégustateurs internationaux, la qualité des vins de La Conseillante (et leur « cote » sur le marché) ne fait plus de doute. On peut faire confiance à Marielle Cazaux pour que, même sous la pluie, elle s’inscrive dans cette belle dynamique et signe un 2017 qui passe entre les gouttes.