(Photo JC Gutner)
(Photo JC Gutner)

L’appellation Moulin-à-Vent bénéficie non seulement d’une belle histoire, mais aussi d’une notoriété plutôt confortable au sein de la constellation des crus du Beaujolais. Pour autant, éclaboussée comme d’autres par l’empire des Nouveaux, elle mérite une meilleure connaissance, notamment de ses lieux-dits.

Intrinsèquement, elle a, à l’instar de l’ensemble de la région, tout le nécessaire pour bénéficier d’une hiérarchisation de ses terroirs.
Au-delà de ses caractéristiques propres qui lui sont traditionnellement attribuées (finesse, structure, puissance, complexité), la diversité des sols qui la composent influencent grandement l’identité des vins produits sur chaque lieux-dits, qui auraient vocation à être reconnus comme des climats, voire directement comme des premiers crus.
La classification naturellement existante ne date pas d’aujourd’hui : dans la seconde moitié du 19è siècle, à la même époque où le classement de 1855 a vu le jour, une classification très précise de l’ensemble des climats de Moulin-à-vent (entre autres) avaient été effectuée par un Mâconnais, Antoine Budker, répartissant les lieux-dits en crus, premiers crus, etc. L’histoire ne dit pas (encore) pourquoi la démarche n’a pas été officialisée administrativement, alors qu’à cette époque les « vins des Thorins » bénéficiaient de la même aura que ceux de la Côte de Nuits.

Toujours est-il que la nature des terroirs et la qualité des vins produits n’a rien à envier aux bourguignons, et qu’il n’est pas présomptueux d’exhorter les amateurs de vins à faire fi des préjugés et à ne pas hésiter à les considérer à hauteur des climats bourguignons, et partir à la recherche du temps perdu.

La preuve par l’exemple

La preuve par l’exemple avec la dégustation de six lieux-dits parmi les plus reconnus de l’appellation, sur le très joli millésime 2016, un peu chaotique pour les vignerons d’un point de vue climatique, mais très révélateur des identités de chaque terroir, tout en équilibre.

On démarre avec l’un des climats les plus septentrionaux de l’appellation, situé sur la commune de Chénas, « Les Michelons ». Situé sur une parcelle évidemment granitique mais sur des sols très peu profonds, c’est le côté fin et floral du gamay qui va l’emporter. Beaucoup de délicatesse pour ce bouquets de fleur tout en subtilité, issu de vignes d’une cinquantaine d’années plantées plutôt en altitude. La prise du vent, la fraîcheur naturelle du lieu-dit, l’orientation sud-est et la proximité de la roche mère donne naturellement une délicatesse et une finesse aux vins qui sont issus de ce lieu-dit. Et l’occasion de redire que les caves coopératives font un excellent travail, comme en témoigne cette cuvée « Aux Michelons » de la Cave du Château de Chénas.

On retrouve ces caractéristiques au lieu dit les Vérillats, avec la cuvée du domaine Bourdon : situé un peu plus bas sur le versant, l’acidité est moins présente au profit de plus de douceur, et le fruit (autour de la cerise et de la griotte) l’emporte sur les notes florales, avec des tanins un peu plus marqués.

Quant à La Rochelle, voisine des Vérillats mais légèrement plus au sud-ouest, ce sont ici les notes épicées qui vont gagner la partie (fruits/fleurs/épices constituant le trio de têtes des arômes primaires du gamay), et la rondeur, la souplesse et la chaleur vont apparaître, tout en restant très minéral, ici avec la cuvée du domaine du Granit.

On change de registre avec trois autres climats : Les Thorins, Carquelin et Champ de Cour, tous situés plus au sud que les précédents et sur des sols granitiques beaucoup plus altérés et plus profonds, donnant globalement des vins dotés d’une structure tannique et d’une concentration plus importante.
Les Thorins, dégusté au domaine du Moulin d’Eole, révèle totalement ces caractéristiques. Même chose sur le lieu-dit « Carquelin » : situé en contrebas du moulin, ce plus petit lieu-dit de l’appellation dispose de ce qualités avec un petit supplément d’élégance, parfaitement mis en valeur sur la cuvée du Château des Jacques, où la complexité du nez se double d’une puissance toute domptée, fraîche et élégante. Cuvée à attendre un peu et surtout à garder, tout comme le « Champ de Cour » du Château du Moulin-à-Vent, où les sols granitiques mais riches en argiles livrent une version concentrée et un peu austère de prime abord, mais qui, comme tous les grands caractères, aura besoin d’air pour exprimer toute sa richesse, sa puissance et sa complexité.

La reconnaissance par l’INAO des lieux-dits en climats ou premiers crus n’est pas encore à l’ordre du jour, bien que dans les pensées de nombreux vignerons.

En attendant de fédérer l’ensemble des acteurs autour de cette démarche longue et coûteuse en termes d’efforts, les amateurs peuvent déjà profiter des très bons rapports qualités/prix des vins produits sur ces futurs premiers crus.