(photo Millésima)
(photo Millésima)

L’Union des Grands Crus de Bordeaux (UGCB) organisait il y a quelques jours une grande dégustation du millésime 2014 qui a révélé de belles réussites et une belle homogénéité.

Le temps est le sujet de conversation préféré des personnes qui n’en ont pas. Exception faite pour les artisans de la terre, vignerons en tête, pour qui la météo est une source bien curieuse de crainte et d’espoir. 2014 est sans nul doute de ces années où tout avait bien commencé. Dans tout le Bordelais, le très beau printemps qui s’était installé faisait espérer des jours meilleurs après un millésime 2013 accouché dans la douleur et le tourment. Mais les réjouissances furent de courte durée car l’été ne devait, cette année-là, n’être que pluie et froid. Un temps maussade qui aurait pu définitivement abattre le moral de tous. Fin août toutefois, les rayons du soleil décidèrent de faire leur retour pour ne plus finir d’irradier le vignoble jusqu’aux vendanges. Un été indien inespéré qui va permettre d’assurer une maturation lente des raisins jusqu’à des niveaux impressionnants. Évidemment, le manque de chaleur estivale n’a pas joué en faveur des merlots, surtout sur la rive gauche, où nombre de châteaux vont en diminuer la quantité dans les assemblages finaux au profit d’un cabernet-sauvignon tout en élégance, mûr sans excès, dense mais sans lourdeur. Le cabernet-franc s’en sort également plutôt bien et le petit verdot, fidèle à sa réputation, n’est pas toujours parvenu à pleine maturité.

Densité, fruité et délicatesse

Comment définir un grand vin voire un grand millésime ? Si vous êtes insomniaque, c’est un bon point car le sujet est âpre et hautement sensible. Les uns imaginent la concentration des jus comme un marqueur évident et indispensable, d’autres évoquent la pureté de fruits. Tous au moins s’accordent généralement pour attendre une certaine homogénéité sur une appellation donnée. A ce titre, 2014 interpelle. Dans la lignée de ses aînés 2006, 2008 ou bien encore 2012, c’est un discret qui n’a pas trop fait parler de lui. Il est vrai que lorsque vous n’êtes pas un monstre de puissance, les fées se penchent rarement précocement sur votre berceau. Pourtant, heureux ceux qui ont acquis des 2014, notamment en primeurs, car les réussites sont nombreuses et les émotions de dégustation réelles.

Le château Fourcas Hosten sur Listrac a, par exemple, livré une belle copie avec un vin déjà ouvert, charmeur avec des épices bien présents, doté de tannins fougueux et d’une acidité précise. A moins de 20 €, c’est du bel ouvrage. Dans l’appellation voisine de Moulis-en-Médoc, le roi Poujeaux s’est une nouvelle fois illustré avec une profondeur aromatique dès le premier nez (fruits noirs, réglisse) ainsi qu’une attaque ronde et un milieu de bouche impressionnant de fond et de densité. Son équilibre souverain en fait une pépite d’un très bon rapport qualité-prix (environ 25 €). Dans un budget similaire, le château Cantemerle confirme les progrès techniques constatés depuis plusieurs millésimes et offre un velouté de tannins admirable.

En remontant sur la rive gauche, on citera d’autres très belles bouteilles comme ce château Rauzan-Ségla à Margaux qui déploie une grande complexité aromatique (fleurs, épices, agrumes) et porte très haut le style tout en finesse des grands vins de Margaux. Le tout associé à une matière intense, vibrante dénuée de lourdeur. Un Bordeaux rayonnant toutefois un peu moins accessible (60/70 €). Saint-Julien n’est pas en reste avec de grandes réussites comme le château Léoville-Barton au nez bien typé avec des notes fumées, une bouche parfaitement structurée et une finale magistrale. Un vin parti pour durer longtemps. Le château Grand-Puy-Lacoste à Pauillac impose de son côté ses 82% de cabernet-sauvignon qui lui confère une véritable chair en milieu de bouche polie par une acidité parfaitement intégrée. Un très grand vin qui n’en a pas encore (tout à fait) le prix.

Mais n’oublions pas la rive droite qui présente des fruités admirables, comme sur le château Pavie Macquin. Un premier grand cru classé de Saint-Emilion marqué par les fruits noirs (myrtille, mûre). Et que dire du château Canon ? Peut-être l’un des 2014 les plus mémorables. Tout y est : profondeur, complexité aromatique folle, explosion d’épices en bouche, opulence sans lourdeur. Une allonge et un rebond incroyables. Les 2014 présentent ainsi des équilibres splendides, des acidités nettes gage de fraîcheur et des matières à la densité sans faille. 2015 est certes superbe, 2016 annonce un très grand potentiel qualitatif. 2014 joue sur un autre registre, tout aussi charmeur, et pourrait bien aussi devenir une référence.