Renaud et Laurent Momméja. Photo Christel Jeanne.
Renaud et Laurent Momméja. Photo Christel Jeanne.

C’est la valeur montante du Médoc que les amateurs se gardent bien d’ébruiter. Propulsé depuis 2006 par les frères Renaud et Laurent Momméja (Hermès) et depuis 2010 par le savoir-faire de la directrice Caroline Artaud, le château Fourcas Hosten, en appellation Listrac-Médoc, s’offre une ambitieuse renaissance. Dont le dernier symbole est la production d’un vin blanc.

Qui mieux que les héritiers du fondateur de la maison Hermès peuvent savoir que le luxe se niche dans les détails ? En investissant il y a dix ans dans le vignoble bordelais, Laurent et Renaud Momméja n’ont pas jeté leur dévolu sur un grand cru classé ou sur une appellation rutilante, mais sur l’une de ces « belles endormies » dont le vignoble médocain avait encore – jusqu’à tout récemment – le secret, un peu négligée mais riche d’un fort potentiel. Le château Fourcas Hosten, situé au cœur du village de Listrac-Médoc à une altitude de 43 mètres, est une propriété jouissant d’une histoire passionnante et d’un charme authentique. Il n’en faut pas plus pour séduire les deux frères, qui investissent généreusement pour restructurer le vignoble, rénover l’outil technique (un chai récent et « sur mesure »), améliorer la qualité des vins, redéfinir la stratégie commerciale. Un travail de longue haleine qui commence aujourd’hui à porter ses fruits : « il m’aura fallu dix ans pour me dire ‘ça y est, on est en train d’y arriver’, confie Renaud Momméja. La marque existe, les vins commencent à être reconnus, les efforts payent enfin ».

L’arrivée en 2010 de Caroline Artaud au poste de directrice technique a permis aux vins de Fourcas Hosten d’accélérer leur évolution qualitative et surtout d’amorcer un virage vers une viticulture durable : certifié SME (Système de Management Environnemental) depuis 2013, le château Fourcas Hosten est aussi conduit partiellement en bio – 25 hectares sur les 35 en production, pour parvenir à moyen terme à une conversion de l’intégralité du vignoble. A cet égard, la production de vin blanc a fait office de « laboratoire » pour Caroline Artaud et ses équipes : « dès que nous avons commencé à planter des vignes pour faire du blanc, nous avons démarré en bio », explique-t-elle. Une surface d’un peu moins de 2, 5 ha (65% sauvignon blanc, 20% sémillion, 15% sauvignon gris) mais que Caroline, passée par Pessac-Léognan, entend bien augmenter dans les années à venir.

Dans quelques semaines sera commercialisé le premier millésime de ce Blanc de Fourcas Hosten, le 2014 : un peu moins de 1700 bouteilles, réservées en priorité aux « amis de la propriété » pour un prix de 25 €. Le 2015, dont les vendanges se sont déroulées du 7 au 12 septembre, sera pratiquement deux fois plus abondant, et commercialisé par le négoce. « A terme, on table sur 15 000 bouteilles », précise Caroline Artaud, consciente que les blancs du Médoc, dans la foulée du Cygne de Fonréaud et autres jolies réussites, ont su trouver leur public.

Bien qu’issu de très jeunes vignes, ce blanc 2014 présente un joli potentiel : élevage discret, nez de fleurs blanches et d’agrumes, bouche légèrement pâte d’amande, typicité maîtrisée du sauvignon… Il ne fait pas de doute que ce vin séduira les amateurs, tout comme les rouges, dont une dégustation verticale illustre parfaitement la belle progression (faut-il préciser que l’œnologue Eric Boissenot conseille la propriété, et que l’excellent Michel Duclos encadre la taille de la vigne). La netteté du 2010, notamment, avec sa densité, sa matière sphérique, onctueuse et sa trame acide, en fait un remarquable rapport qualité-prix à 19 € prix public. Renaud Momméja rappelle d’ailleurs qu’il y a dix ans, les vins de Fourcas Hosten étaient vendus moins de 10 €… Avec un millésime 2015 qui s’annonce flamboyant et beaucoup d’autres projets dans les tuyaux, le château Fourcas Hosten ne semble qu’au début de sa « cure de jouvence ».