Lundi 16 Mars 2026
SONIA-PERRIN-Photo©ClaireCurt
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Date
16.03.2026
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Après une vie professionnelle dans l'univers de l'art, Sonia Perrin a pris ses fonctions de présidente du château Lagrézette, près de Cahors, en janvier. Même si ses études et sa vie professionnelle l'ont amenée à prendre le large – elle a notamment œuvré au sein de la Maison européenne de la photographie à Paris, puis, de la Fondation Cartier pour l'art contemporain – Sonia Perrin n'a jamais complétement coupé les liens avec le domaine acheté par son père, Alain-Dominique Perrin, en 1979.
Je suis très attachée au domaine de Lagrézette, à la région, aux liens que j’y ai construits et consolidés depuis bientôt 50 ans. Mon père Alain Dominique Perrin, qui a aujourd’hui 83 ans, a souhaité me transmettre les rênes du domaine. J’ai été touchée par sa confiance, c’est une grande responsabilité vis-à-vis de lui et de mon frère et mes sœurs. J’étais prête aussi. Depuis la pandémie du Covid-19, j'étais associée aux réunions du bureau du conseil d'administration. Je suis entrée dans les questions techniques de gestion d'une entreprise. De plus, les défis ne me font pas peur, j’ai le sens de la famille et des valeurs portées par l’univers viticole. Mon père n’avait donc pas à me convaincre.
Oui, car jusque-là ma vie professionnelle était à Paris. Depuis le mois de décembre, je suis à Caillac quasiment toutes les semaines. Il est important d'être présente pour l'équipe en place. J'ai conservé deux activités dans le domaine culturel. Ainsi, j'ai gardé mon agence de management de projets culturels et mon activité de présidente fondatrice de l'association Azé qui soutient l'accès à l'éducation à Madagascar.
J'ai découvert le vin de façon très joyeuse et festive à l'occasion des premières vendanges du château en 1983. Toute la famille était réunie. Sécateur à la main. Chose rare, on a foulé au pied le raisin cette année-là. Je crois que naturellement mon goût pour le vin s’est formé avec le Malbec et nos vins. J'ai eu la chance de goûter beaucoup de vin d'origine, de cépages, ou encore de millésimes différents, grâce à mon père. Le vin faisait partie des tablées familiales. Au-delà de ces moments, le plaisir que j'ai eu le plus récemment dans cette expérience, c'est quand il m'a été proposé de faire mon vin. C'était pour le millésime 2019. J'ai créé un vin qui évoque Madagascar afin qu'il soit lié à mon engagement associatif. Il doit être poivré, épicé, vanillé. C'est un vin qui s'appelle Maso.

En effet, j'espère apporter une vision créative dans la façon de dynamiser le domaine, notamment autour de projets œnotouristiques. Nous avons d’ailleurs dès à présent installé une sculpture de l’artiste contemporain Stéphane Thidet devant le chai, intitulée « Traversée ». Je souhaite à l’avenir présenter davantage d’œuvres d’artistes vivants, ouvrir à d'autres horizons, comme la poésie et le théâtre, afin que les visiteurs du domaine vivent aussi des émotions avec des œuvres d'art.
Bien sûr, nous ne faisons pas exception. Le vin a perdu dans le monde 70 % de ses consommateurs depuis les années 60, c’est énorme ! En 2025, nous avons rendu les fermages qui se trouvaient sur le terroir de Rocamadour. Il s'agissait de viognier, de syrah et de chardonnay. Nous n'avons donc plus en culture de cépages blancs, mais il nous reste en stock des vins blancs de ce terroir. Nous avons conservé le terroir de Landiech et de Caillac. C'est un vignoble planté à 95% de malbec et 5% de merlot. Nous sommes ainsi passés de 90 hectares à 52 hectares. Mais, nous gardons confiance, car nous produisons des vins de grande qualité et les amateurs savent faire la différence entre un vin de soif et un vin d’exception.
Il est vrai que nous avons été approchés il y a quelques années par de potentiels acheteurs chinois. Cet intérêt pour le vignoble nous a interrogés, mais nous avons finalement choisi de décliner l’offre. Je dédie aujourd’hui quasiment tout mon temps et mon énergie à accompagner la formidable équipe en place pour passer le cap de cette crise. Je suis soutenue dans cette aventure par notre conseil d’administration, par mon cousin Arnaud Perrin, mes frère et sœurs. Nous avons l’intention de garder le domaine dans la famille.
Nous sommes très fiers de nos vins rosés, 100 % Malbec, qui sont d’excellents rosés de garde très appréciés. Il faudrait développer davantage cette gamme. Nous cherchons également à produire des vins moins alcoolisés, un défi avec le réchauffement climatique. Nous sommes par ailleurs en agriculture raisonnée et détenons la certification HVE3 (haute valeur environnementale). Par ailleurs, j'ai ensuite des tonnes d’idées pour développer l’œnotourisme culturel, que ce soit dans le domaine des arts plastiques, de la photo, de la musique, du texte… C’est une question de temps et de priorités. Le vin, c'est du temps long.


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