Nous avions gardé sous le coude quelques coups de cœur et belles rencontres suite à l’événement « Découvertes en Vallée du Rhône », qui s’est déroulé du 10 au 13 mai. Séance de rattrapage avant le week-end.

Saint-Antonin, le petit frère de La Janasse
On ne présente plus les vins du domaine de La Janasse, propriété figurant parmi les « stars » de Châteauneuf-du-Pape, conduite avec talent par Isabelle et Christophe Sabon. Après la récolte 2014, le frère et la soeur se sont lancés dans une nouvelle aventure : reprendre une propriété de 14 hectares pour décliner une autre gamme de vins. Après des travaux de restructuration au vignoble (le site, lui, nécessite encore de gros efforts de restauration bien que le paysage soit absolument grandiose, avec vue sur le Ventoux et les Dentelles de Montmirail), le millésime 2015 a dévoilé les premiers vins de ce domaine Saint-Antonin. A commencer par un blanc en IGP Principauté d’Orange (moitié clairette, moitié chardonnay), tout plein de charme, floral à souhait, un pur plaisir à 10 €. Le côtes-du-rhône rouge 2015 (grosse majorité de grenache, pienté d »un peu de syrah et mourvèdre, 100% cuve) se signale par une matière aérienne, délicate et fluide. A 9 € la bouteille, c’est le genre de vin que l’on pourrait mettre sur sa table à chaque repas. Gros coup de cœur pour le Plan de Dieu 2015 (50% grenache, complété de syrah et mourvèdre, terroirs de galets), plein de densité, séveux, charnu, aromatique et gourmand. Une jolie petite bombe pour 15 € seulement. A noter également, une petite production (8000 bouteilles) de Châteauneuf sous l’étiquette Saint-Antonin, issue de deux parcelles de grenache.
www.lajanasse.com

Domaine Saladin, vent de jeunesse depuis 1422
Domaine familial « transmis de père en fil et de père en fille » depuis 1422 (excusez du peu), le domaine Saladin est situé dans les Côtes du Rhône de l’Ardèche. Depuis une dizaine d’années, Anne-Laurence et sa sœur Elisabeth ont repris les rênes de cette propriété de 16 hectares, certifiée bio depuis 2007.La gamme se décline entre plusieurs cuvées aux identités très marquées, comme Loï (« Louis » en provençal, du nom du père, côtes-du-rhône rouge 80% grenaches noir et blanc, 20% carignan, 10 €), un pur fruit pimpant et aiguisé ; Paul (l’oncle, millésime 2016 pris en brut de cuve, 90% grenache 10% clairette, 14 €), un vrai coup de cœur sur la gourmandise ; Fan dé Lune 2015, un côtes-du-rône Villages à dominante de mourvèdre au profil saignant et atypique (17 €) ; Chaveyron 1422, un vin de table 95% syrah 5% viognier, très cuir, intense, un peu moka, tabac réglisse, tout en profondeur (20 €) ; et enfin Haut Brissan (2016 pris sur cuve), une parcelle historique de pur grenache noir, fluide, tout en dentelle, irrésistible (20 €). Un peu comme le sourire des sœurs Saladin.
www.domaine-saladin.com

Château de Lignane, reconversion réussie
C’est en 2008 que Siffrein et Gaëlle Gautier reprennent le domaine le château de Lignane, dans la famille de Siffrein depuis 1850. Mais ce n’est que depuis l’année dernière qu’ils sont totalement aux manettes après avoir pris le temps d’achever leur reconversion : Gaëlle travaillait dans la gestion de patrimoine, Siffrein était ingénieur électronique. Mais pour eux, l’évidence s’est vite imposée. Il n’était plus question de fournir les raisins à la coopé du coin, mais de faire leur propre vin, d’exprimer la qualité de leurs terroirs (quelque 60 hectares), et le tout en bio – certifié depuis 2012. Au fil des ans, l’intégralité du domaine a été restructuré, les vieux grenaches et autres carignans septuagénaires ont été conservés, et 5 hectares de blanc ont été replantés. On commence avec Les Dimanches, une entrée de gamme « à boire entre amis », toute en simplicité, comme ce blanc (80% viognier 20% grenache blanc) flatteur, gras juste comme il faut, sur un joli fruit haune, avec une touche miellée (7,20 €). Si le côtes-du-rhône rouge 2013 semble encore un peu austère, la Cuvée Jean 2013 (dominante de syrah en fût, grenache en cuve) produite sur les galets de Rochegude séduit avec son côté sapide, net, une matière fluide, souple, élégante, portée par une belle trame acide. Une pépite à 13 €). Enfin la cuvée A 2011 (Côtes-dRhône Villages Rochegude) assemblage de syrah, mourvèdre et grenache élevé 18 mois en fûts de 1 à 3 vins, est presque septentrional dans son style, avec beaucoup de matière, de densité, un côté sanguin mais délicat, une belle finale mentholée-réglissée (15 €).
www.lignane.com

Domaine La Pierre Laine, un grenache nommé désir
« Pierre-Laine » comme Pierre-Marc et Marjolaine, le prénom des deux enfants de Francis Allègre qui baptise ainsi le domaine (dans la même famille depuis cinq générations) en 1989. Pierre-Marc le rejoint en 2007, et dès son arrivée motive son père pour arrêter les produits chimiques, travailler les sols et passer au bio. Certifié depuis 2014, le domaine de 20 ha ne met toutefois que 20% de sa production en bouteille, le reste étant vendu au négoce. La gamme se compose d’un blanc, un rosé et quatre rouges. Ce sont indéniablement ces derniers qui tirent leur épingle du jeu, en particulier la cuvée La Désirée (80% grenache, 20% syrah, 7,50 €), un jus suave, flatteur en 2015, plus éclatant et ample en 2016. La cuvée Le Village 2015 (50% grenache 50% syrah, 8 €) se singularise par son bel équilibre, de la fraîcheur, un fruit bien plein et juteux.
www.domainelapierrelaine.com

Domaine du Grand Clos, place aux jeunes
Ils n’ont que 22 et 24 ans, une belle tignasse brune et frisée en commun mais Bastien et Benoît Brousse ont bien la tête sur les épaules et les idées claires. Ils ont repris l’année dernière le domaine familial, toujours épaulés par leur père. La propriété de 25 hectares en production (plus 10 hectares en préparation et 16 hectares d’amandes de Provence) est certifiée bio depuis 2009, avec une belle diversité de terroirs ardéchois allant de l’argilo-calcaire aux coteaux en galets. Deux cuvées sont présentées : Lou Trempe-Cul, côte-du-rhône 2016, un assemblage grenache syrah carignan 100% cuve (6 €), un poil austère à ce stade malgré son nom engageant, mais qui devrait joliment se déployer en lui laissant un peu de temps. Plus classique, la cuvée Renaissance 2016 (60% syrah, 35% grenache, 5% carignan, 6,50 €), affiche une belle typicité, avec une matière bien poivrée et salivante. Deux jeunes à suivre.



On a aussi aimé, on vous en reparlera :

– Domaine Pichon, le Baron de Condrieu.
Président de l’appellation Condrieu, Christophe Pichon vinifie avec ses deux fils Corentin et Alexis des blancs de toute beauté, des viogniers sur la délicatesse et la fraîcheur. C’est suffisamment rare pour être souligné, et il faut noter qu’il produit aussi de très beaux saint-joseph blancs et du rouge à Corneas, Seyssuel et en Côte Rôtie.

– François & Fils, toujours en progression.
On vous en parlait il y a deux ans, c’est l’un des petits domaines à suivre en Côte Rôtie. Yoann François, 33 ans, pilote avec son père 4 hectares sur l’appellation et signe des vins élégants, floraux et profonds, d’une irrésistible délicatesse, et qui plus est à prix doux. A 26 €, sa cuvée entrée de gamme est imbattable.

– François Merlin, éternel magicien
Ce n’est pas le plus médiatique des vignerons du Rhône nord mais certainement l’un des plus doués. Il fête cette année ses 30 ans de carrière, lui qui a planté sa première vigne en 2017. Son condrieu Jean Raude 2016 (45 €) est un modèle de tension et de précision, ses Grands Ducs 2015 (saint-joseph rouge, 25 €)) sont sanguins, salivants et vibrants, et sa cote-rôtie 2015 (39 €) est un appel à la gourmandise avec sa touche viandée – un vin qui donne faim !