Vendredi 21 Août 2026
©AlbertBichot
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Date
21.08.2026
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En Bourgogne, les vendanges sont déjà presque terminées, plaçant ce millésime 2026 sous le signe de la canicule et de la sécheresse. Si l’histoire a montré que les années sèches étaient généralement de bonnes années, les producteurs se montrent néanmoins vigilants quant au degré d’alcool attendu pour les pinots noirs et les chardonnays, des cépages traditionnellement associés à la fraîcheur et à la minéralité.
Partout en France, les vendanges ont commencé et la Bourgogne ne fait pas exception. Avec la date du 8 août enregistrée pour certaines parcelles dédiées aux crémants et du 17 août pour celles destinées aux vins tranquilles, c’est du jamais-vu dans l’histoire du vignoble.
D’après une étude réalisée par l'historien du climat Thomas Labbé sur sept siècles de vendanges des rouges à Beaune, la récolte se déroulait autour du 27 septembre en moyenne entre la fin du Moyen Âge et l’année 1988. Cette année, la plupart des viticulteurs ont annoncé avoir débuté les vendanges le 17 août pour les chardonnays et le 20 pour les pinots noirs. « Avant on n’y croyait pas, maintenant on est obligés. Le changement climatique révèle des phénomènes d’une intensité et d’une récurrence plus fortes qu’il y a quarante ou cinquante ans. Les étés sont caniculaires, les pluies sont diluviennes, la force des éléments est décuplée. À titre d’exemple, il y a vingt ans, un grêlon faisait 1 cm de diamètre, maintenant il en fait 5 », commente Albéric Bichot dont les équipes sont à pied d'œuvre depuis plus d’une semaine. « Nous n’avons pas le choix, il faut nous adapter. »
Le domaine Bichot n’est pas le seul à avoir anticipé une vendange précoce. De la Côte d’Or à Chablis en passant par Nuits-Saint-Georges, la plupart des domaines étaient prêts ou presque. « La floraison avait déjà eu lieu de manière anticipée, témoigne Jean-Philippe Archambaud du domaine Philippe Le Hardi, et, aujourd’hui, nous savons que la période théorique des 100 jours qu’il y a entre la floraison et la maturité des grappes est plutôt réduite à 80 ou 90 jours » et Albéric Bichot d’ajouter : « cela faisait déjà plusieurs semaines que nous allions quotidiennement dans les vignes, pour faire des prélèvements aléatoires afin de déterminer l’équilibre optimum des raisins pour vendanger ». Comme on dit en Bourgogne, on ne vendange pas une date, on vendange un raisin.
Dont acte ; mais il n’en reste pas moins que vendanger un 17 août plutôt qu’un 27 septembre n’est pas anodin. Pas seulement parce qu’il peut s’avérer délicat de trouver des vendangeurs disponibles - rappelons qu’en Bourgogne, on vendange très majoritairement à la main. Le véritable enjeu est bien celui du changement climatique. « Le principal risque d’une vendange précoce dans les conditions que nous avons eues cette année, à savoir une vague presque ininterrompue de canicule depuis le 20 juin, déclare Laurent Delaunay, du domaine Édouard Delaunay, c’est l’extrême maturité des raisins ou surmaturité. Même si on constate heureusement une belle acidité tartrique et des PH élevés, une bonne nouvelle pour la fraîcheur des vins, le millésime peut présenter un déséquilibre alcoolique. » Or, dans la région, même si l’on constate depuis une vingtaine d’années des vins plus alcooleux, et que le millésime 2020 a prouvé que degré d’alcool élevé et acidité pouvaient se conjuguer superbement, le niveau d’alcool attendu pour chardonnay ou un pinot noir se situe historiquement entre 12 % et 13,5 % volume - versus environ 14% en 2020 - pour des vins où se combinent subtilité, fraîcheur et minéralité. Pour Albéric Bichot, se pose aussi la question des rendements. S’il se réjouit que la récolte soit saine - l’absence de pluie ayant au moins permis d’éviter la prolifération de l'oïdium et du mildiou, principaux fléaux du vignoble - il explique que les raisins sont relativement petits et que le millésime, bien que qualitatif, sera limité.
Est-ce à dire, comme certains le pensent, qu’il n’y aura plus de pinots noirs et de chardonnays en Bourgogne dans vingt ans ? Qu’ils seront remplacés par des cépages plus solaires comme la syrah ? Nous n’en sommes pas là ; néanmoins, pour Laurent Delaunay, « cette nouvelle année placée sous le signe de la canicule sera charnière. Il faut impérativement changer nos manières de travailler si nous voulons perdurer, c’est-à-dire continuer à sublimer nos cépages existants ». Un avis partagé par nombre de ses confrères.
« À court terme, cela peut passer par moins d’effeuillage, explique Albéric Bichot ; car le feuillage protège le raisin contre la grillure et l’échaudage ». « Mais cela ne suffira pas, insiste Laurent Delaunay. À long terme, il faut opérer une véritable révolution : une révolution végétale - avec le remplacement de certaines vignes vieillissantes et la recherche de nouveaux porte-greffes, par exemple - mais aussi culturelle. L’enjeu de ce millésime, qui fait déjà parler de lui, sera de réussir à faire prendre conscience du problème et de changer les modes opératoires par rapport aux siècles derniers. »
Et niveau consommateurs alors ? Une vendange précoce, en plein cœur des vacances d’été, n’est-elle pas une opportunité unique d’aller au près du mystère de la fabrication du vin ? certains domaines comme le Domaine Philippe le Hardi accueillent volontiers les curieux dans des zones délimitées voire dans les équipes de vendangeurs pour les plus intrépides ; et, il se dit que le Château la Commaraine à Pommard aurait installé la cuverie de vinification au cœur de son nouvel hôtel 5* pour assister à la naissance d’un nouveau millésime. Avis aux amateurs.

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