Depuis leur retour sur le domaine familial, frère et sœur ont à cœur de faire évoluer leur production avec la ferme intention de valoriser leurs terroirs, de proposer de nouveaux styles de vins et de remettre le vigneron au centre du village.

Voilà deux jeunes trentenaires qui savent où ils vont. Après de longues études, Hélène et Antoine sont revenus à Zellenberg où se trouve le domaine familial Jean Huttard depuis 1860, non loin de Ribeauvillé. Fort respectueux du travail de leurs parents, il ne s’agissait pas de tout bousculer pour les choquer. Alors, dès 2016, ils y sont allés par étape. Tout d’abord les choses les plus simples comme le choix des bouteilles mais aussi dépoussiérer les étiquettes pour donner une image plus moderne de la gamme qu’ils allaient revoir plus tard en profondeur. Et s’ils imaginaient initialement produire des vins très élitistes pour montrer tout le potentiel de leur terroir, ils vont évoluer progressivement sur le sujet. Une extrême précision des gestes, oui, mais au service de vins qui puissent être bus par tous, en conservant un équilibre prix/plaisir. Avec une évidence tracée déjà par leurs parents, celle d’aller vers le bio. Ces derniers avaient déjà enherbé les vignes, diminué les rendements et donc la marche à franchir n’était pas si haute. Hélène et Antoine vont toutefois décider d’aller encore plus loin en engageant le domaine vers la biodynamie (la certification est attendue pour 2024). La tête bien sur les épaules, tous deux ont une vision très précise de ce qu’ils veulent. Et cela commence par des vins qui ne contiennent pas d’intrants afin qu’ils soient « au naturel » comme cela est déjà mentionné sur certaines cuvées comme le rouge « Louloukiki » 2019, un pinot noir dans son plus simple appareil gourmand, doté d’une belle structure qui lui donne un caractère affirmé et un beau potentiel de garde. Aujourd’hui, tous les vins ne sont pas entièrement vinifiés ainsi mais c’est bien dans cet esprit que le frère et la sœur avancent.

Une gamme bien dans son époque

Aux côtés des « exceptions » qui regroupent notamment les vins au naturel, la gamme des vins permet aussi de mettre en avant les « villages ». Comme une évidence, celle de mettre en bouteille toute la pureté des terroirs auxquels Hélène et Antoine sont viscéralement attachés. Et cela commence évidemment par Zellenberg où le terroir argilo-calcaire donne des vins d’une belle minéralité. Il suffit pour s’en convaincre de goûter le Sylvaner 2019 (14,5€) qui charme immédiatement avec un soyeux de bouche délicat, beaucoup de précision et de fraîcheur ainsi qu’une allonge notoire en fin de bouche. Il démontre ainsi tout le potentiel de ce cépage méconnu lorsqu’il trouve l’un de ses terrains de prédilection.

Côté sélections parcellaires, de très belles cuvées à l’image de ce riesling Mandelberg grand cru 2019 (25€) aux notes élégamment citronnées qui offre une grande largeur fruitée en bouche ? Ample, généreux et complexe, à l’acidité parfaitement intégrée et presque un peu salin, c’est assurément un vin de gastronomie qui n’a dévoilé qu’une petite partie de son potentiel.

Il ne faudrait pas oublier bien sûr les crémants qui font partie intégrante de l’histoire de la famille puisque leur grand-père fut l’un des pionniers des bulles alsaciennes après la seconde guerre mondiale. Avec l’envie dès le départ de produire de grands crémants ce qui passait pour lui par la plantation de chardonnay. Ces vignes existent toujours et ont plus de 50 ans. Naturellement, les cuvées blanc de blanc et rosé (12€) sortent en brut nature, là encore pour aller vers une version puriste. Toujours millésimé, le blanc de blanc impressionne avec son très long élevage sur lies de 42 mois. Sa finesse et son élégance risquent fort de dérouter plus d’un amateur… Mais s’il ne fallait zoomer que sur une partie de la gamme, ce serait assurément les « visages ». Assemblages de terroirs sur différents coteaux et villages, ils sont ceux qui expriment le mieux des personnalités fortes, des idées mises en bouteille par Hélène et Antoine. Ils témoignent de la direction qu’ils imprègnent jour après jour. Un exemple ? Le superbe Frach 2021, un vin orange magnifiquement ambré, d’une belle précision. Une ode aux fleurs, comme la rose sauvage, avec une immense suavité. Un vin harmonieux, sapide, réjouissant. Assurément, un domaine qu’il va falloir suivre dans les prochaines années.