©F. Hermine
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Les vins de Bandol qui soufflent avec le millésime 2021 leur 80e millésime en appellation d’origine contrôlée s’offrent une cure de jouvence avec une nouvelle organisation, une vraie communication et une rediscussion des règles de l’appellation.

D’abord avec un changement d’organisation et une professionnalisation. Aux côtés du président Cédric Gravier (La Suffrène), Olivier Colombano jusqu’à présent directeur technique a été promu directeur de l’ODG (Organisme de Défense et de Gestion) « pour gérer et suivre les affaires courantes mais également pour récupérer la gestion de l’Œnothèque des vins de Bandol qui relevait auparavant d’une structure différente présidée par Paul Bunan qui a choisi de partir à la retraite ». On va donc passer à une seule structure et donc un seul président avec une seule vitrine pour les vins bandolais. Un audit réalisé par Étienne Laporte a permis de définir une vision interne pour mieux analyser la perception des vins de Bandol et déterminer des actions ciblées qui seront progressivement mises en place. Une attachée de presse (Louise Massaux de W&S) a été choisie pour la communication collective. « Nous bénéficions déjà d’une belle image auprès des connaisseurs mais elle venait seulement de quelques domaines phares et elle tendait à devenir un peu vieillissante, reconnaît Cédric Gravier. Nous nous sommes rendus compte que nous étions en fait méconnus des 30-40 ans. Nous allons donc nous attacher à nous faire connaître de ces consommateurs en sortant de l’association avec les grives et les cuissots de sanglier ». Autre direction : assumer enfin les rosés qui représentent les trois quarts de la production, en parallèle des domaines qui ne parlent souvent que de leurs rouges (en moyenne 20% des volumes de l’appellation, la moitié chez certains). Le mourvèdre étant le cépage de caractère identitaire de l’AOP et commun aux deux couleurs, au moins 50% de l’encépagement en rouge, 20% en rosés), ce sera lui qui sera la colonne vertébrale de la communication

Un cahier des charges en évolution

L’ODG s’est également attachée à rendre les vins rouges plus accessibles dans leur jeunesse sans pour autant leur enlever leur potentiel de garde. Cela va passer par une évolution du cahier des charges, déjà votée mais à affiner pour trouver un compromis afin de fédérer. Premier sujet abordé en 2022, l’irrigation deviendra possible avec un dispositif mobile et non fixe en particulier dans des parcelles plus menacées ; elle devrait être validée par l’Inao dans les prochains mois. « C’est l’un des leviers à activer suite à l’étude sur le stress hydrique mais ce n’est pas le seul », insiste le président. Orienté plein sud et bénéficiant d’un ensoleillement d’environ 3000 heures par an, ce terroir à majorité calcaire et caillouteux doit faire face à une aridité quasi minérale. Le vignoble en balcon au-dessus de la Méditerranée pourrait aussi diminuer sa densité de plantation de 5000 pieds/hectare à 4400 « car une faible densité dans des zones sèches et en coteaux permet d’avoir moins de concurrence entre les pieds et peut aider à se passer de l’irrigation » précise Olivier Colombano.

L’ODG va aussi étudier la baisse de la clairette à 30% dans les assemblages de blancs au lieu des 50% actuels, ce cépage souffrant de la sécheresse avec des blocages fréquents de maturité contrairement à l’ugni blanc plus résistant et qui profite d’une acidité naturelle. Les blancs, de plus en plus demandés en France comme à l’export, ne représentent actuellement que 4% de la production mais les nouvelles plantations se font souvent dans cette couleur. Restera à se pencher sur la possibilité d’élaborer des vins en 100% mourvèdre, le cépage étant actuellement limité officiellement à 95% de l’assemblage en rosés comme en rouges. Histoire de ne pas retrouver trop de bandols en Vin de France avec un cépage aussi identitaire de l’appellation.

Olivier Colombano et Cédric Gravier ©F. Hermine