Comme chaque année depuis neuf ans, une cuvée de Beaujolais Villages, produite par la cave de Bully-Quincié et qui sera commercialisée courant 2018, va porter le nom de l’illustre amateur de vin (auteur d’un « Dictionnaire amoureux du vin », paru aux éditions Plon), et habitant du Beaujolais, après une dégustation par un jury ce lundi 16 avril 2018, au restaurant Les Terrasses à Chiroubles.

Lyonnais d’origine, les liens qui unissent Bernard Pivot et le Beaujolais sont profonds et ont tissé jusqu’au canevas premier de sa carrière, lui valant probablement son embauche au Figaro Littéraire où, après un début d’entretien avec le rédacteur en chef Maurice Noël qui laissa Bernard Pivot sur le carreau, après une salve de questions littéraires dont il n’avait les réponses, la mention de son ascendance beaujolaise lui sauva la mise : « il m’a demandé d’où je venais, je lui ai dit que j’étais de Lyon et il m’a raconté ses souvenirs sur le Figaro qui s’était replié à Lyon en zone libre (…), les bouchons, les cochonnailles arrosées de délicieux beaujolais. (…) Je lui ai dit que ma mère avait une propriété dans le Beaujolais et alors d’un seul coup j’ai vu son visage s’éclairer. Il m’a demandé s’il pouvait avoir un caquillon contre un chèque. Je lui ai dit, ‘rien de plus facile. Dans 10 jours vous l’avez’. Et il m’a pris à l’essai pour trois mois. S’il n’y a pas de beaujolais, je ne suis pas pris.” (AFP).

La relation l’unissant au Beaujolais se poursuivra tout au long de sa vie. Il devient propriétaire d’une maison à l’ombre du Mont Brouilly, entourée d’un hectare de vignes, devenant ainsi coopérateur à la cave de Bully-Quincié en 1968. Le monde viticole ne lui était déjà plus du tout inconnu : sa jeunesse fut émaillé de vendanges, de labours, de soutirages, et autres manœuvres de vinification.
Si Bernard Pivot donne son nom à une cuvée de Beaujolais Villages plutôt qu’à un cru, ce n’est pas innocent : la mise au ban des vins du Beaujolais, et particulièrement des villages, lui paraît injuste, et si associer son nom à ces vins peut permettre de les sortir de l’ornière, sans verser dans l’élitisme, alors la mission serait accomplie.

C’est également dans cet esprit qu’il a co-fondé, en 2009, le Comité de défense du Beaujolais, avec Périco Légasse, chroniqueur gastronomique au journal Marianne, afin de « protéger un symbole de l’identité française « , et défendre la bonne simplicité du Beaujolais villages, son accessibilité qui en fait un vin de plaisir de tous les jours, sa jeunesse, son énergie et ses arômes rappelant « les jardins de curé ou d’ouvrier où il y a un peu de fruit rouges, de framboises, de cerises et cette année, plutôt de fruits noirs, plutôt de mûres ou du cassis ».

C’est dans cette lignée que le jury, composé donc notamment de Périco Légasse, Daniel Bulliat (président de l’ODG, organisme de défense et de gestion, du Beaujolais et Beaujolais Villages), Philippe Lacondemine (ancien président de la cave de Quincié, qui fait partie du groupement Agamy, aux côtés des caves coopératives de Bully, Saint-Bel et Trelins), et de Bernard Pivot bien entendu, ont choisi la cuvée qui incarne le mieux cette image et ces qualités des vins du Beaujolais: « Le jury a trouvé que cette cuvée était représentative d’un bon beaujolais villages, elle a à la fois beaucoup de fruit, ainsi qu’une matière et une structure qui en font un vin à déguster tout de suite, mais aussi à garder », selon Bernard Pivot.

Redonner ses lettres de noblesse à un vin qui le mérite, telle est l’ambition du membre de l’académie Goncourt.