Bordeaux Tasting s’est terminé ce dimanche 15 décembre avec une master class exclusive consacrée à quatre millésimes du Château Angélus : 1986, 1996, 2006 et 2016. Soit quatre pas vers le paradis.

Angélus. A moins d’un kilomètre de l’église creusée dans la roche de Saint-Emilion, le nom mythique du château, sur le fameux « pied de côte » exposé plein sud, évoque immanquablement le son des cloches. Il est aussi indissociable d’un autre nom : celui d’Hubert de Boüard de Laforest. La famille de Boüard est installée depuis le XVIIIe siècle à Saint-Emilion. Et avec audace, l’œnologue a fait du château un des crus les plus emblématique de son appellation, jusqu’à obtenir le rang de premier grand cru classé A. C’est désormais Stéphanie de Boüard-Rivoal, huitième génération de la famille et troisième femme à la tête du domaine, qui préside depuis 2012 aux destinées du Château Angélus.

Présentée par le journaliste de Sud Ouest Jefferson Desport, cette master class proposait à la dégustation quatre millésimes en « 6 » ainsi que le millésime 2014 du Carillon d’Angélus, éclairés des précieux commentaires de Stéphanie de Boüard-Rivoal et Serge Dubs, meilleur sommelier du monde 1989.

Le vignoble du Château Angélus
Le château rassemble 42 hectares, la plupart situés sur la côte et le pied de côte sud de Saint-Emilion, dans un amphithéâtre naturel qui concentre les températures chaudes l’été et augmente la précocité. Le sol se compose d’éboulis sablo-calcaire reposant sur des argiles. L’encépagement fait la part belle au cabernet franc (47 %), signature du domaine alors qu’à Saint-Emilion le merlot règne en maître. Le château Angélus est devenu premier cru classé A en 2012. Le vignoble est en conversion bio depuis 2018.

Le Carillon d’Angélus 2014
Assemblage : 70 % de merlot, 30 % de cabernets

Second vin est-il un terme approprié pour le Carillon d’Angélus, grand cru de Saint-Emilion ? « Il n’est en rien un vin par défaut », tranche Stéphanie de Boüard-Rivoal. Alors que le premier grand cru classé A est issu de 27 hectares de vignes d’un âge moyen de 38 ans, le Carillon d’Angélus est élaboré à partir de trois terroirs distincts à Saint-Emilion, soit 15 hectares dont 5 achetés en 2012 à l’arrivée de Stéphanie de Boüard-Rivoal. « Le Carillon a sa propre identité, rappelle-t-elle. Nous avons franchi un seuil avec ce millésime 2014 ». Vinifié à part dans un chai de 5000 m2 à 5 km de Saint-Emilion, c’est un vin qui a « une buvabilité beaucoup plus accessible que le grand vin. » L’attaque est précise, le milieu de bouche tendre, la finale persistante avec beaucoup de fruit. Un vin qui permet de patienter en attendant le premier cru se livre.

Château Angélus, millésime 2016
Assemblage : 60 % merlot, 40 % cabernet franc

Serge Dubs se lance : la robe annonce la concentration et la densité. Au nez, quelle harmonie ! La matière est dense, intégrée. Une certaine forme de minéralité s’exprime mais sans lourdeur.
« C’est une année extraordinaire », complète Stéphanie de Boüard-Rivoal. Le millésime 2016 est d’ailleurs surnommé le Rayonnant, en souvenir d’un été de trois mois sans eau. Premier millésime réalisé à quatre mains par Hubert de Boüard de Laforest et sa fille, ce millésime porte l’empreinte de Stéphanie de Boüard-Rivoal. « Dans la recherche de l’harmonie entre puissance et élégance, nous avons choisi de moins appuyer sur l’opulence, d’où un travail sur l’extraction. Ce sont des micro-détails, mais à ce niveau d’exigence, le moindre détail a son importante. » Un millésime net, précis à attendre encore plusieurs années, conseille Serge Dubs.

Château Angélus, millésime 2006
Assemblage : 62 % merlot et 38 % cabernet franc

2006 est un grand millésime passé dans l’ombre de 2005. « Il me fait penser aux fleurs de lys que j’aime beaucoup », compare Stéphanie de Boüard-Rivoal, en ce sens que le millésime réclame quelques heures pour s’ouvrir en carafe. « Il évolue de façon très agréable, avec beaucoup de fruit et une très belle chair en bouche. » Et toujours cette incroyable fraîcheur du cabernet franc.
« Le bouquet est magnifique, d’une largeur et d’une expression formidables », reprend Serge Dubs. Ce millésime promet encore d’aller vers la truffe noire. Les années l’ont-elles rendu caressant et tendre ? Mais non, coupe le sommelier, loin d’être fatigué, le vin reste rebelle en bouche avec une très belle concentration des tanins et toujours cette tension qui distingue le château.

Château Angélus, millésime 1996
Assemblage : 40 % merlot et 60 % cabernet franc

Une année marquante puisque le Château Angélus devient premier grand cru classé B à saint-Emilion. « C’est le fruit de plusieurs décennies de travail pour arriver à ce classement », relate Stéphanie de Boüard-Rivoal. 1996 est un des rares millésimes comprenant un pourcentage aussi important de cabernet franc, arrivé à une maturité quasi-parfaite. « Un millésime dans la force de l’âge, commente Serge Dubs. Il est soyeux, sans aucune aspérité. » Au palais, le vin offre une élégance incroyable avec une finale mentholée en fin de bouche et un côté zeste d’orange. Une merveille d’équilibre entre l’opulence du merlot et la fraîcheur du cabernet.

Château Angélus, millésime 1986
Assemblage : 40 à 45 % cabernet franc

Une dégustation rarissime tant les stocks du Château Angélus ont été victime du succès du domaine. 1986 marque une césure dans l’histoire d’Angélus. Le grand-père de Stéphanie de Boüard-Rivoal s’oppose alors à son fils, Hubert, pour une question… de vendange en vert. « Mon grand-père n’était pas le seul à trouver mon père un peu fou. Autour de Saint-Emilion, ils étaient nombreux à s’interroger sur cette nouvelle façon de faire », se souvient Stéphanie de Boüard-Rivoal. Hubert de Boüard introduit également la première table de trie sur la rive droite de Bordeaux. Angélus est en route vers l’excellence.
Au nez, ce millésime 1986 révèle des arômes de sous-bois, de cerise, de cuir, de cacao et de feuilles de cigare. Le bouquet explose en élégance, avec un côté délicatement végétal qui lui donne une jeunesse manifeste. Le vin est tout en finesse, soyeux, prêt à être bu mais « tel qu’il est parti, juge Stéphanie de Boüard-Rivoal, je ne vois pas d’obstacle à l’attendre encore une quinzaine d’années. »

Photos M. Boudot